Benoit Vermette

Ce que j’ai appris en travaillant avec des personnes agées

Un coup de marchette dans mes préjugés !

J’avais 4 ans lorsque le dernier de mes grands-parents est décédé. J’ai passé toute mon existence sans la présence d’un proche de plus de 35 ans mon ainé au point où les personnes âgées sont dans la tache aveugle de ma vie.

Même en fiction, la personne d’un âge avancé que j’ai suivie de plus près durant mon adolescence c’est Vince McMahon à la lutte… et je ne pense pas que ce soit une bonne chose!

Sinon, j’entendais les échos de ce que mes amis me rapportaient : rendre visite à ses grands-parents c’est plate en maudit, mais ils te donnent de l’argent à ta fête et à Noël.

Au mieux, ces gens n’étaient perçus dans ma tête que comme des portefeuilles ennuyants.

L’appel du travail

Je dis l’appel, mais le tout s’est passé sur Messenger. Patrick Tremblay, le formateur en chef et animateur du Gala des retraités, m’a écrit pour que je l’assiste dans sa tâche.

Ensemble, nous allions diriger 10 retraités âgés de 68 à 83 ans dans la création de leur premier numéro de stand-up. Nous passerions de nombreuses heures en leur compagnie à travailler sur leur texte et leur jeu.

Même si je n’avais jamais parlé à une personne de l’âge d’or  plus de 15 minutes dans ma vie, j’ai accepté spontanément. Je ne suis pas du genre à refuser les défis. Et je suis encore moins du genre à refuser de « faire de l’argent ».

Des gens woke en marchette

La conclusion facile quand on lit certains commentaires de personnes du troisième âge sur Facebook, c’est que malheureusement leur ouverture d’esprit n’est pas exactement leur point fort. Du moins, c’est ce que je croyais.

Mes étudiants et étudiantes m’ont démontré exactement le contraire. Par exemple, après qu’une apprentie humoriste nous ait lu pour la première fois son anecdote dans laquelle elle raconte avoir vu un genre de madame déconnectée courir toute nue dans la rue, elle nous a demandé :

« C’était une madame grosse, mais j’ai pas besoin de dire qu’elle était grosse hein? Et elle était noire, ça ne rajoute rien à l’histoire hein? On dit pu ça quand ça ne donne rien hein? »

«C’était une madame grosse, mais j’ai pas besoin de dire qu’elle était grosse hein? Et elle était noire, ça ne rajoute rien à l’histoire hein? On dit pu ça quand ça ne donne rien hein?»

Cette femme se posait déjà plus de questions que quelques-uns de mes collègues afin de déterminer ce qui est drôle ou pas en 2019!  Elle a peut-être des rabais au Jean Coutu à cause de son âge, mais elle était plus woke que bien du monde du milieu.

Sachant qu’elle a grandi à une époque où ce qui était acceptable ou pas en humour était complètement différent d’aujourd’hui, c’est encore plus impressionnant de les savoir du bon côté de la force.

Tout ça pour dire que ce qu’on peut lire dans les commentaires sur internet ne représente jamais une génération complète et qu’on devrait suivre plus de contenu positif.

La mort est omniprésente

Dans un élan d’humour noir avant notre première rencontre, je me souviens avoir dit à la blague à mon partenaire : « Hey, on fait quoi si un de nos humoristes trépasse avant le show? »

J’étais loin de me douter que cette blague était ancrée dans le réel. Bien que tous nos humoristes se soient rendus au spectacle, la femme d’un d’eux a rendu l’âme durant la formation.

Sans grave signe de maladie, elle lui avait dit : « Si quelque chose m’arrive, je veux que tu fasses le show quand même ».

Après 30 ans de vie commune, notre veuf devait trouver l’énergie de faire le comique. Sans grave signe de maladie, elle lui avait dit : « Si quelque chose m’arrive, je veux que tu fasses le show quand même ».

La mort et la maladie font maintenant partie de leur quotidien. Alors que le corps perd en efficacité, j’ai assisté à des discussions où ces personnes âgées semblaient cumuler les connaissances en pharmacologie comme le plus compétent des pharmaciens.

Chose certaine, même s’ils apprennent régulièrement le décès d’un proche, d’un résident ou d’un proche d’un résident, ils étaient tous plus vivants que jamais.

Parfois, se frotter à la mort nous force à apprécier la vie.

Une aisance variable avec les outils technologiques

J’ai de la misère à imaginer ma vie avant YouTube. Je peine à me souvenir de la façon dont je procrastinais deux heures dans mon lit avant de m’endormir quand Google n’existait pas.

Pour moi, l’évolution de la technologie, c’est de passer de la Nintendo 64 au iPhone. Et même les consoles de rétrogaming avaient leurs propres problèmes.

Nos humoristes novices, eux, ont assisté à un gigantesque bond technologique au cours de leur existence. Certains ont suivi la puck et sont à jour, d’autres ne savent pas du tout comment utiliser un ordinateur et ont très bien vécus sans ça. 

Heureusement, l’entraide était au rendez-vous : certains résidents se proposaient pour taper le texte des autres pour rendre service. Dans d’autres cas, les récréologues de la résidence prenaient le relais.

Parfois, on s’est même appelés. Oui, on s’est parlé au téléphone. Incroyable! Bref, on peut encore survivre sans beaucoup d’outils technologiques, faut juste prendre le temps.

Ça faisait en sorte qu’on pouvait avoir un petit délai vintage avant de recevoir une révision de texte ou avant qu’un de nos courriels se rende jusqu’à eux. Parfois, on s’est même appelés. Oui, on s’est parlé au téléphone. Incroyable! Bref, on peut encore survivre sans beaucoup d’outils technologiques, faut juste prendre le temps.

Juste des humains

Essentiellement, j’ai rencontré 10 humains extraordinaires. Au début de ce texte je disais que j’avais fait l’erreur de généraliser à partir de ce que je lisais sur Facebook, alors je ne vais pas faire l’erreur de généraliser à partir de mon expérience avec 10 personnes. Je ne saurais dire que ces humains extraordinaires sont de dignes représentants de leur groupe d’âge ou pas. L’échantillon serait trop petit. Mais mon regard a changé sur leur génération, c’est certain.

Le gala se déroulait à la salle Ludger-Duvernay du Monument National. Alors que les humoristes font leurs classes dans les bars, nos retraités allaient casser leur numéro dans une salle de 804 places. Il faut être game.

Au moment du spectacle, j’étais en coulisse derrière le rideau pour souffler leur texte au cas où le stress l’emporterait. Je vous dirais que pour souffler à une personne dont l’ouïe n’est plus ce qu’elle était, il faut avoir de la force dans les poumons!

Les retraités ont livré de solides performances sur la scène du Monument-National. J’étais profondément fier d’eux à la fin de la soirée.

Bien que je comprenais le point de vue de mes amis lorsqu’ils étaient enfants, les personnes âgées ont un bagage différent, varié et précieux qu’aucun de mes amis ne pourrait me transmettre.

Une de nos humoristes a été l’amoureuse du lutteur André The Giant durant quelques années et si vous pensez que je n’ai pas cherché à tout savoir sur le sujet, vous vous trompez!

Le Gala des retraités va revenir en 2020. Et honnêtement, j’ai vraiment hâte à l’été prochain.

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