La taverne du mois : la Caserne 40 (à Québec)

Visite enflammée de ce jeune bar de la capitale.

Auparavant repaire de beuverie entre hommes, en raison d’une loi de Maurice Duplessis qui y interdisait l’accès aux femmes, la mythique taverne québécoise est maintenant considérée comme un lieu plus ou moins salubre dans lequel il fait bon se retrouver pour ingurgiter quelques bocks glacés. Bien au-delà de ce qui la différencie au sens légal d’une brasserie ou d’un bar, la taverne se définit officieusement par son incroyable capacité à figer le passé dans tout ce qu’il a de plus miraculeux : des prix dérisoires, des tables collantes et, surtout, des affiches de bières désuètes en guise de décoration.

Décidés à trouver la plus authentique taverne qui soit, nous poursuivons cette évaluation approximative des plus prodigieux débits de boisson avec la Caserne 40, nouvel incontournable de la rue Saint-Jean à Québec.

AMBIANCE

C’est en comptant le nombre de cigarettes qu’il y a dans le bucket qu’on se rend compte qu’on est à la bonne place.

Auparavant appelée le Blues Berry Bar, la Bar Fly et, surtout, le Mon Calme, la Caserne 40 épate par sa façon bien à elle de se câlisser constamment de son héritage pour tout recommencer à zéro. En témoignent ces rideaux bien candides qui nous donnent l’impression qu’on va rentrer à quelque part de nouveau.

Ainsi placardée dans la fenêtre, cette affiche anti-drogues ne dénonce que le cannabis et l’héroïne, alors qu’au même moment, les cigarettes et les pilules vivent leurs vies respectives bien tranquillement sans avoir peur d’être barrées. Cette discrimination inquiète autant qu’elle rassure.

En ce vendredi soir déjà bien entamé, la soirée Karafun s’apprête à s’inaugurer impétueusement. Nous vivons un moment de fébrilité.

Si jamais vous aviez en tête l’idée d’interpréter deux tounes de Slipknot en même temps, crissez votre camp aussi vite que possible.

Pendant ce temps, 2-3 boys de TVA Sports jouent une petite game de limbo en attendant d’avoir de quoi à dire contre Jonathan Drouin.

ALCOOL

Les produits Molson sont légion à la Caserne 40 – un bar qui, en fin de compte, n’a que 16 points de plus que la bonne vieille série télévisée avec Francis Reddy et le beau Germain Houde.

Mais malheureusement, la vie étant aussi décevante que prévue, nous devons momentanément nous abstenir de plaisir pour boire une bière néerlandaise dénuée de pertinence.

PRIX DÉRISOIRE

Tentez vous-mêmes l’expérience bien normale d’essayer de lire les prix qui vous intéressent, tout en vous rendant compte que 6,50$, ça revient cher pour une petite Black Label.

Au moins, il y a de NOUVELLES PROMOTIONS qui vous permettent de sauver 1,25$ sur chaque grosse Coors que vous venez boire icitte un dimanche soir.

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SERVICE

Le week-end s’amorce, et notre serveuse le sait pis ça paraît. Loin de se contenter de faire uniquement sa job, elle fait partie intégrante du party. Résultat : un service bien festif, mais bien inégal. Vous pouvez autant recevoir votre consommation en sept secondes qu’en sept minutes (genre si vous tombez sur le moment où elle starte une conversation avec un client).

D’ailleurs, la chimie entre notre bardmaid et quelques génies de la place est considérable. «Hey tabarnak de calice, va chier», lance-t-elle gentiment à un gars bien jovial qui pénètre l’établissement avec un style d’enfer, c’est-à-dire avec des pantalons antiques (comme dans «crissement passés de mode») et une casquette du Québec.

DÉCORATION/MOBILIER

En termes de bar qui désire beaucoup trop respecter la thématique que présuppose son nom, difficile de faire mieux/pire qu’à la Caserne 40.

D’abord, les lampes sont des cerises de pompier OU des casques de pompier.

Ensuite, le fût à bière est une bonbonne de pompier.

Enfin, la décoration du derrière de bar est notamment constituée de toutous Pat’Patrouille.

À lui seul, le derrière de bar mérite le déplacement, ne serait-ce que pour ce mini-coin cuisine décorée par des casques de pompiers illuminés et un beau drapeau de la nation.

Petit zoom sur cet agencement d’objets plutôt coquin.

À l’extrême droite du bar, ce message papillonné nous donne envie de «fréqueter» davantage cet établissement.

Échafaudée à partir de ce qui semble être des planches rescapées d’usines incendiées, la déco rustique de la Caserne est magnifiée par plusieurs objets métalliques de grandes circonstances.

La fixation qu’entretient le bar pour les objets à l’effigie de Harley-Davidson s’harmonise bien avec le moyen de transport qu’utilisent généralement les pompiers pour aller sauver des gens.

Au fond de la Caserne, le coin karaoké attire l’attention par son allure déglinguée et par le fait que la personne qui s’en occupe préfère faire autre chose que d’attendre là. Ici, le fonctionnement diffère des autres endroits de karaoké classiques : aucun livre n’est disponible et chaque interprète en herbe doit venir dire au gars le nom de la chanson convoitée (quand il finit par s’asseoir). C’est ensuite la magie de Youtube qui opère.

À gauche du coin karaoké, le vestiaire a des airs de hall d’entrée de salon de massage.

PROPRETÉ

Mis à part le comptoir du bar qui est un peu collant, la Caserne semble atteindre certains standards de propreté. Seul hic à l’horizon : une odeur prononcée de parfum cheap qui revient sans cesse nous hanter.

TOILETTES

Près de l’entrée des toilettes, ce coin asphalté et craquelé donne envie de faire nos besoins direct à terre.

Mais cette photo de Marilyn Monroe posée sur la porte nous ramène vers le droit chemin. Impossible d’avoir un comportement aussi ridicule devant une gente dame de la sorte.

Dès qu’on ouvre la lumière, une autre dame tapissée sur le mur nous saute pratiquement au visage. Au moins, elle regarde pas directement vers la cuvette, donc c’est moins gênant.

En fait, la dame semble davantage surveiller la saleté incrustée sur les murs et les planchers de la toilette.

À droite, cette brosse est encore très propre pour la seule et bonne raison qu’elle a sûrement dû servir un bon nombre de 0 fois.

Une autre preuve que l’audace n’a pas de limites : du savon mauve.

Pour les bienfaits de la propreté ambiante, il serait tentant de s’allumer une petite cigarette pour faire partir la douche au plafond.

Du côté féminin, l’équipe en charge de la D.A. de la Caserne y est allée d’une décoration pour le moins originale.

Absent de la toilette des hommes, l’avertissement anti-drogues est en vedette dans le cabinet des femmes.

Tirez-en vos propres conclusions.

BOUFFE

Côté alimentaire, l’offre de la Caserne est surprenante, considérant le fait que la serveuse a déjà de la misère à répondre de manière prompte aux demandes alcoolisées de ses clients.

Bref, pour éviter de scléroser davantage le service, nous avons délibérément choisi de ne pas nous aventurer sur le terrain des sous-marins et des pizzas faites à la main.

Milles excuses.

CLIENTÈLE

À proximité de la Seigneurie de Salaberry, une résidence pour personnes âgées, la Caserne 40 profite d’une clientèle vieillissante qui se connaît plutôt bien. La camaraderie y est franche, et les marchettes y sont légion.

Les résidents de Montcalm n’ont pas mis de temps à apprivoiser ce bar convivial, qui a ouvert ses portes en janvier 2018. La complicité entre les clients y est impressionnante. «Ayoye, c’est tu tes vrais totons? Sont crissement beaux…» lance notre homme aux pantalons antiques (voire journalistiques) (voir la photo)  à une dame dont la réponse demeurera malheureusement floue.

Signe que l’établissement acquiert ses lettres de noblesse, certaines vedettes viennent y prendre une consommation bien tranquillement, sans avoir peur de se faire déranger. C’est le cas de Patrick Kane, célèbre joueur des Blackhawks de Chicago, qui s’est arrêté à la Caserne avec tout son stock avant son séjour bien mérité au Château Frontenac.

RAPPORT À LA TECHNOLOGIE

Même si elle a ouvert ses portes il y a à peine plus d’un an, la Caserne 40 donne l’exemple en refusant d’accorder une importance à la technologie – dérive sociale qui contamine actuellement la plupart des tavernes à grands coups de Wi-Fi rapide et de jukebox qui prennent la carte de débit.

À elle seule, cette photo témoigne bien du manque de considération technologique de ce bar.

BILAN DE L’ÉVALUATION

Pas vraiment ivres, nous prenons soin d’écrire sur une napkin le résultat de nos différentes observations. Pour chacun des 10 critères, la taverne bénéficie d’emblée d’un total de cinq points, auxquels sont ajoutés ou retirés des points en fonction des motifs précédemment évoqués.

Bilan de l’évaluation : 71/100

BONUS : Un concours à ne pas manquer en mars 2020 (+1)

De la tôle en back-up (+1)

Des paroles prodigieuses au karaoké (+2)

C’est vrai que c’est drôle (+1)

Un zoom sur le beau pompier des toilettes (-1)

Chanter La guitare de Jérémie (+1)

Une soirée d’Halloween qui semble avoir dérapé (+3)

Note finale : 79%

Classement

Bar des chums : 92 %

Bar de nos aïeux : 86,49%

Sel et Poivre : 83%

Bar Rocky : 81,45%

La Caserne 40 : 79%

Gaspé Broue et Funki Munki : 78 %

Bar Dickson et Bienvenu Bar Salon : 77 %

La Chic Régal : 76,5 %

Taverne La-Paz : 76 %

La Remise : 71%

Bar Le Gagnant : 70 %

Brasserie Québécoise 2006 : 66 %

Primetime : 65 %

Bar 99 : 61 %

Bruno Sport Bar : 60%

VV Taverna : 49 %

Idéation et/ou photos : Olivier Boisvert-Magnen, Romain Thibaud et Nahila Amor.

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