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« Sur le fil » : faire oeuvre utile en divertissant le public
La nouvelle série de Pascale Renaud-Hébert met des visages et des noms sur l’itinérance.
De tous les maux qui affligent le Québec, la hausse dramatique de l’itinérance figure parmi les plus préoccupants. En 2022, on signalait une hausse de 20 % des personnes en situation d’itinérance visible, un chiffre qui grimpe à 30 % en région. C’est plus de 12 000 âmes sans logement.
Et on ne parle ici que de celle dite « visible ». Ces chiffres ne recensent pas les gens qui dorment dans leur voiture, sont hébergés chez des amis ou qui tolèrent une situation abusive pour garder un toit sur leur tête.
Alors, comment en parler ? Une question qui peine à trouver une réponse, puisque le commun des mortels préférerait se défenestrer plutôt que d’avoir une conversation difficile. Malgré tout, c’est le pari qu’a fait l’autrice et comédienne Pascale Renaud-Hébert avec sa nouvelle série, Sur le fil. Inspirée par l’expérience de sa mère avec l’itinérance, la nouvelle création de l’autrice de Veille sur moi met des noms et des visages sur une peur encore trop abstraite.
Une peur de l’autre, du futur, d’une mise à l’écart. Perdre son toit est un scénario catastrophe auquel personne ne veut penser, mais Sur le fil lève le voile sur cette dure réalité.
Entre divertissement et éducation
Sur le fil raconte l’histoire de Nathalie Lavoie (Céline Bonnier), cofondatrice et directrice générale d’un refuge pour personnes en situation d’itinérance. Débordée, mais incapable de déléguer, elle doit jongler avec les situations d’urgence et son rôle de mère, tout en essayant de ne pas disparaître derrière ses fonctions.
Commençons avec un aspect de la série qui m’a franchement dérangé : les dialogues bourrés d’exposition et pas toujours nécessaires. Par exemple, lors d’une conversation tendue entre Nathalie et son ex (qui s’adonne à aussi être le président du conseil d’administration du centre), ce dernier prend la peine de souligner qu’il est son ex et président du conseil d’administration du centre.
C’est peut-être un caprice de gars qui regarde beaucoup trop de télé, mais ça me donne l’impression que les scénaristes ne me font pas confiance pour saisir certains détails franchement évidents.
Sur le fil est aussi ancré sur le processus d’intervention. On y entend beaucoup de langage spécialisé qui tire aussi vers la surexposition, mais j’y vois là une bonne chose. Même si ça vient parfois drainer la tension dramatique, ce genre de dialogue normalise tout en démystifiant la relation d’aide pour monsieur et madame Tout-le-Monde, et au-delà de mes attentes de critique, c’est peut-être là le but plus noble que la série cherche à atteindre.
Lors d’une scène particulièrement marquante, Nathalie explique à Anne-Marie (Anne-Marie Cadieux) la différence entre les appellations « personne itinérante » et « personne en situation d’itinérance ». Une notion toute simple et somme toute très théorique, mais qui réussira à atténuer le choc et la honte que ressent Anne-Marie de se retrouver dans la rue. Tout en insufflant un peu d’espoir au personnage, le public est éduqué sur le pouvoir qu’ont les mots.
Pendant les deux premiers épisodes, j’ai entretenu une relation amour-haine avec les dialogues, mais cette tension entre exposition et tension dramatique m’a aussi amené à remettre en question l’importance de mon appréciation quant à la mission que la série cherche à accomplir. Si Sur le fil réussit à donner un visage humain à un enjeu de société, plaire à la critique devient une considération secondaire, voire optionnelle.
Certaines séries nous forcent à nous questionner sur les raisons qui nous poussent à les regarder. Sur le fil en est une.
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La marmite bouillante du communautaire
Deux autres aspects de Sur le fil sur lesquels j’ai moins à redire sont le rythme effréné de la réalisation et les nombreux coups de circuit au niveau de la distribution.
Ça va vite, ça se bouscule, les problèmes dévalent les corridors du centre Lavoie comme une tempête qui refuse de se calmer. Coréalisée par Sébastien Gagné et Mariloup Wolfe, Sur le fil nous fait ressentir l’intensification de la crise du logement. Ça se regarde tout seul parce que les intrigues défilent à un tel rythme qu’elles n’ont pas le temps de s’essouffler. Chapeau également à Pascale Renaud-Hébert dont l’écriture parvient à saisir l’urgence perpétuelle dans laquelle se retrouve le communautaire.
Pour ce qui est de la distribution, Ariel Charest crève l’écran dans le rôle de l’explosive Sandra, Sam-Éloi Girard interprète un Keven aussi attachant que digne de son prénom, Mickaël Gouin joue, dans les mots du regretté Marc Messier, un très efficace « père qui a beaucoup de choses à se reprocher », mais la plus belle surprise vient de George Nti dans le rôle du concierge neurodivergent Julien, un personnage de soutien qui ponctue les conversations avec un comique qui prodigue quelques moments de relâchement dans une série fort anxiogène. Vous allez l’adorer.
En termes de ton et d’ambition, Sur le fil est plus près du registre d’À cœur battant que d’Empathie, même si la série cherche à émouvoir plus qu’à divertir.
Pascale Renaud-Hébert met des visages sur des enjeux, saupoudre un peu d’espoir sur les peurs et met des mots sur les sentiments difficiles qui émergent lorsqu’on parle d’itinérance.
C’est une série qui saura faire œuvre utile et ça commence le 14 septembre prochain à 20 h, au beau milieu d’une campagne électorale en grand besoin d’humanité.
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