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Mes congés m’angoissent plus que ma job
Si nous attendons tous nos vacances ou la fin de semaine avec impatience, au moment d’activer la réponse automatique de son courriel ou d’éteindre son ordinateur pour quelques jours, c’est moins facile d’oublier le travail pour un congé bien mérité… et réparateur.
Bienvenue dans l’univers du stresslaxing, ou quand prendre un temps d’arrêt génère plus d’anxiété que de repos.
C’est un phénomène qu’on observe surtout chez les personnes qui ont déjà du mal à décrocher, que ça soit au travail ou aux études : lorsque vient le moment de s’arrêter, leur cerveau semble avoir oublié comment fonctionner sans objectif ou sans pression. Cette absence d’occupation mentale provoque alors de l’anxiété chez la personne censée profiter du congé pour se reposer.
En ligne, le Urban Dictionary définit le stresslaxing comme le fait d’être tellement sur les nerfs que vous songez constamment à ce qui vous stresse pendant que vous vous reposez… ce qui annule les bienfaits dudit repos.
Malgré moi, je suis une victime du stresslaxing. J’ai réalisé que dans mes rares moments d’inactivité, je doomscroll à l’infini, parfois même sans m’en rendre compte, tout simplement parce que je ne suis pas capable de ne rien faire. Ne pas savoir comment m’occuper l’esprit, parce que pour une fois, mon agenda n’est pas autant rempli que celui d’un premier ministre, m’angoisse plus que ça ne m’apaise.
Bref, c’est un véritable cercle vicieux : on travaille fort, on ne se repose pas quand on devrait parce qu’on pense au travail, et don,c on a davantage besoin de se reposer… et ainsi de suite.
La course à l’épuisement
Le phénomène n’a rien de nouveau.
Déjà, en 1983, le Journal of Consulting and Clinical Psychology en parlait, estimant que de 30 % à 50 % était aux prises avec le stresslaxing. Et ça, c’était bien avant les téléphones intelligents, Internet et le télétravail. Imaginez!
Pas étonnant alors que quarante ans plus tard, les arrêts maladie pour épuisement professionnel et autres troubles de santé mentale soient à la hausse. Selon une étude réalisée par l’assureur Canada Vie il y a quelques mois, près de quatre travailleurs sur dix au pays seraient au bord de l’épuisement.
De ce nombre, à peine la moitié d’entre eux prendraient du temps de repos pour se remettre sur pied, à en croire une autre étude menée par Manuvie. Dans celle-ci, ce sont plutôt 57 % des travailleurs qui seraient épuisés.
L’oisiveté, l’ennemi à abattre
Ce qu’il faut savoir, c’est que l’anxiété qu’on ressent au moment de se reposer, c’est de la culpabilité.
Plus précisément, la culpabilité de ne rien faire, de ne pas contribuer à quelque chose… parce que le temps qui passe ne se récupère pas. Il est perdu à jamais, alors je ne devrais pas le « gaspiller » en ne faisant rien pendant que les projets, les contrats ou les idées s’accumulent.
Sous ces couches de culpabilité, on retrouve aussi la peur de rater quelque chose d’important au travail, ou bien de ne pas être considéré pour une promotion ou d’être moins bien vu par ses collègues et patrons.
Bref, on est nombreux à avoir ingéré et digéré, inconsciemment ou non, le Kool-Aid qui nous fait croire que ne rien faire, c’est être sciemment paresseux. C’est comme si se reposer équivalait à faire une croix sur le succès, la réussite et l’avancement professionnel.
Le repos fait alors figure de simple choix, voire de luxe que seuls certains privilégiés peuvent s’offrir. Et à voir le coût de la vie augmenter, qu’il s’agisse du tarif à la pompe, de la facture d’épicerie ou du loyer, il n’est pas surprenant que certaines personnes doivent cumuler les emplois pour joindre les deux bouts.
Pour certains, refuser un quart de travail afin de recharger ses batteries peut signifier devoir se priver ailleurs. D’ailleurs, c’est moi ou le fait de devoir travailler en permanence pour vivre décemment – et là, je ne dis même pas confortablement —, c’est pire que de s’offrir un break pour décompresser?
J’ai l’impression qu’aujourd’hui, tout comme les entreprises, nos vies doivent être rentables. Suffit de jeter un coup d’oeil aux réseaux sociaux : tout le monde incarne sa propre marque, certains parvenant carrément à monétiser leur lifestyle.
Même la gig economy est parvenue à nous convaincre que nos passe-temps doivent nous permettre de faire de l’argent. Le contraire équivaudrait plutôt à perdre son temps.
J’ai bien tenté de me trouver un loisir : crochet, scrapbooking, confection de bijoux, et même la peinture à numéros. Rien n’a collé, parce que rien ne m’a permis de décrocher. Le problème : aucun de ces passe-temps ne me paraissait assez productif.
Le repos, ça se travaille!
La bonne nouvelle, c’est que le traitement du stresslaxing est assez simple : il faut tout simplement réapprendre à ne rien faire, indiquent plusieurs chercheurs.
Le Stress, Psychiatry and Immunology (SPI) Lab du Kings College à Londres recommande d’inclure la relaxation et le repos dans sa to-do list. « Au lieu de considérer ce moment comme un obstacle à votre réussite, entrevoyez-le comme un moyen de développer votre potentiel », suggère-t-on.
Vous pourriez aussi déterminer quelles activités de détente vous pratiquerez durant cette période de répit. Yoga, coloriage, méditation, lecture, etc. en ayant quelque chose de concret à faire, vous aurez moins l’impression de « perdre » votre temps, suggère le SPI-Lab.
Parce que oui, ce qui est fascinant avec le stresslaxing, c’est qu’on a fini par traiter le repos comme une autre tâche à gérer dans un horaire où respirer semble être optionnel.
Et si vous lisez cette chronique pendant vos vacances entre deux courriels de job, j’ai une mauvaise nouvelle : votre problème n’est peut-être pas le manque de temps.
C’est peut-être que vous avez oublié que votre valeur ne dépend pas de votre productivité.
Et pour y remédier, commencez par fermer votre téléphone et profiter du moment présent.
C’est ce que je m’en vais faire, drette là.
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