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« As-tu pensé te partir une business ? »
Que tu fasses de la peinture, de la musique, du tricot ou des colliers en macramé, vous avez sûrement déjà entendu cette phrase.
Vivre de sa passion, n’est-ce pas là le rêve ? Ou, à défaut d’avoir une passion, vivre dans le luxe en faisant quelques heures de travail par-ci, par-là, au gré de vos besoins et envies. La liberté financière vous est tout à fait accessible, à condition de transformer vos temps libres en occasion de monétisation.
C’était la promesse des Airbnb, Uber et Fiverr de ce monde ; en créant une économie semi-parallèle de travailleurs autonomes, ces entreprises faisaient miroiter des revenus tangibles grâce à des side hustles. Ainsi, votre maison, votre voiture, vos habiletés : dans la gig economy, tout est monnayable!
On dirait que c’est trop beau pour être vrai.
Les side hustles, ou emplois d’appoint, n’ont rien de nouveau. Mais l’arrivée presque simultanée d’Airbnb en 2008 et Uber en 2009 a contribué à amplifier le phénomène. Tout le monde n’a peut-être pas le talent nécessaire pour fabriquer des bijoux dans ses temps libres, mais presque tous ont un appartement et une voiture à monétiser.
Peu avant la pandémie, l’entrepreneuriat et la littératie financière étaient de plus en plus valorisés. Au Québec, des émissions comme Dans l’œil du dragon, et le livre En as-tu vraiment besoin ? de Pierre-Yves McSween ont fortement influencé les milléniaux à prendre leurs finances en main. À ce phénomène s’ajoute le fait que la confiance envers les employeurs pour assurer non seulement un revenu décent, mais aussi un fonds de retraite est à la baisse. Pour bien des milléniaux, la retraite est un rêve inatteignable. Alors, tant qu’à travailler toute sa vie, aussi bien vivre de sa passion, non?
Puis, arrive la pandémie avec son lot de mises à pied combiné à l’arrivée massive du télétravail. Confinés à la maison, plusieurs travailleurs y ont vu la possibilité, non seulement d’apprendre un nouveau passe-temps, mais aussi de le monétiser.
« Vivre » de sa passion, c’est bien, mais il semblerait que ce soit surtout l’argent qui motive les jeunes générations (oui, oui, les milléniaux sont encore considérés comme jeunes).
Si les raisons de se trouver un side hustle sont principalement monétaires, ce besoin s’explique de plusieurs manières. L’augmentation du coût de la vie, les milieux de travail en constante réinvention et les crises majeures comme la pandémie ont créé un sentiment d’insécurité. Et que fait-on quand on veut se sentir en sécurité ? On travaille plus.
La majorité confie également voir leur deuxième travail non pas comme une solution à court terme, mais comme un plan à long terme. En résumé, on travaille beaucoup, souvent, et pendant longtemps.
Et c’est justement là où le bât blesse. Car contrairement aux loisirs et aux passe-temps, le travail d’appoint a ses exigences, ses heures de tombée et ses horaires. Et il semblerait qu’au-delà de 8 heures supplémentaires, les impacts sur la santé mentale sont réels.
Collectivement, la folie du side hustle se poursuit, mais c’est individuellement qu’on finit par frapper un mur.
Manque de sommeil, impact sur les relations sociales, dépression. All work and no play. La promesse de monnayer chaque heure de notre existence nous conduit tout droit au burn-out, ce qui est déjà le cas pour 67 % d’entre nous.
Le danger est réel, mais la machine a besoin d’être nourrie. Avec l’insécurité financière et la pression de la performance qui ne diminuent pas, l’intérêt pour les sides hustles est loin de disparaître. Pour ce qui est de notre santé mentale, bien, elle attendra la retraite, si retraite il y a.
Rendus là, serons-nous capables de nous occuper sans travailler ? De déambuler sans but? De peindre pour le plaisir? Bref, de fabriquer sans monétiser, juste pour la joie d’être humain et de créer ?
Serait-ce ça, la société des loisirs ?
Et c’est en plein ce qu’on a fait. Chez les adultes de 18 à 44 ans, 36 %, soit plus du tiers, confient avoir un side hustle, soit un revenu d’appoint, et ce, indépendamment de leurs revenus. En plus de contribuer à arrondir les fins de mois, le revenu d’appoint servirait aussi à atteindre la liberté financière (comme les adeptes du mouvement FIRE (Financial Independence Retire Early)). De ce chiffre, 59 % se serviraient de leur revenu d’appoint pour gonfler leurs épargnes.