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Ça risque de sonner comme une réponse licheuse à la fameuse question posée dans tous les entretiens d’embauche « quel est votre pire défaut ? », mais au travail, j’ai cette vilaine manie de toujours dire oui à tout.
C’est devenu une sorte de réflexe, comme si mon cerveau était programmé pour accepter tout ce qu’on lui propose.
Le pire, c’est que j’ai quitté un emploi stable (où je disais toujours oui à tout), pour avoir la liberté de faire seulement ce que j’aime en tant que travailleuse autonome. Au lieu de ça, je me retrouve encore à accepter n’importe quoi.
Peur de manquer de job ? Peur de déplaire ? Pur masochisme ?
Mais pourquoi est-on incapable de dire non au travail ?
J’aime qu’on pense à moi comme étant une personne motivée, fiable et qui travaille bien en équipe. Je me vends comme la fille sur qui on peut compter et qui ira même au-delà des attentes. Ce ne sont là que de belles qualités, non ?
Certainement. Mais elles ne font pas nécessairement de moi une bonne personne.
Avoir de l’ambition et s’appliquer à bien faire son travail, c’est bien. Là où ça devient problématique, c’est quand on confond productivité et valeurs. Oui, être occupé, ça remplit les coffres et ça donne le sentiment d’être utile. Mais être débordé.e ne signifie pas être important.e. (C’est plutôt la recette du travail mal fait, du ressentiment et, éventuellement, du burnout.)
Ne pas être capable de dire non, ça part d’une bonne intention, mais ça part aussi d’un sentiment de culpabilité et d’un manque de confiance en soi. Le « scarcity mindset » ou « mentalité de pénurie », c’est cette petite voix qui nous répète sans cesse que chaque opportunité pourrait être la dernière et qu’on a désespérément besoin de travailler. Cette petite voix qui, bien sûr, oublie de mentionner à quel point nous, on apporte beaucoup à notre employeur grâce à notre travail. Je me reconnais tellement là-dedans, c’en est déprimant.
On a appris à rédiger un CV, à se donner des objectifs de carrière, à pitcher des idées et — si on est chanceux.se — à négocier son salaire. Mais bizarrement, personne ne nous a jamais appris à dire non dans un contexte professionnel. Alors, j’ai décidé de me prendre en main.
Première étape : tracer mes limites. Qu’est-ce que j’ai le goût de faire ? Quelle est ma valeur ? Combien de temps par semaine je veux travailler ? Combien je veux gagner ?
Deuxième étape : dire non pour la première fois. Il s’agit de le faire le plus simplement possible. Pas besoin de trois tonnes d’excuses ou d’explications. Quelque chose du genre : « Merci d’avoir pensé à moi. Je vais passer mon tour pour cette fois. J’ai décidé de me concentrer sur les projets de plus longue haleine et en lien avec mon champ d’expertise. Au plaisir de travailler à nouveau ensemble ! »
Troisième étape : constater que la planète continue de tourner. Personne n’est fâché contre moi. Mieux encore, mon client est maintenant à jour sur les services que j’offre ainsi que mes tarifs.
En conclusion, je ne suis pas devenue soudainement une personne qui dit non avec aplomb et sérénité. Je suis encore en train de désapprendre des réflexes profondément ancrés, mais j’essaie au moins de me laisser le temps de réfléchir au lieu de dire oui par défaut, histoire de ne pas me brûler. Et chaque jour, j’entraîne ma petite voix à changer de discours. Répète après moi, petite voix : « Dire non ne veut pas dire disparaître ».
À cause de cette petite voix, je dis oui à n’importe quel projet, y compris ceux qui ne m’intéressent pas, ceux que je n’aurai pas le temps de faire et ceux dont je n’ai vraiment pas besoin. Et plutôt que de passer pour une personne travaillante, savez-vous quel message j’envoie? Que je suis le larbin de service. Au lieu de m’offrir de belles opportunités à la hauteur de mes objectifs, vous êtes bienvenus de m’envoyer n’importe quelles demandes, dans n’importe quelles conditions. Je vais les accepter comme un chien en manque de gâteries.