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Crise du logement : l’appel à l’aide de Rimouski
Difficile de faire escale à Rimouski sans évoquer la crise du logement qui fait rage actuellement dans ce magnifique coin de pays, marqué par le deuxième taux d’inoccupation le plus bas à l’échelle provinciale (après Granby).
« On a entendu parler de 2 ½ annoncés à 1100 $ par mois », cite en exemple – parmi tant d’autres -– le maire de la municipalité Guy Caron. Dans un reportage publié en juillet, l’Office d’habitation de Rimouski-Neigette (OMHRN) soulignait vivre sa pire année en matière de crise du logement, mentionnant que les 3 ½, 4 ½ et 5 1⁄2 étaient pratiquement introuvables sur le territoire. Une situation qui a même forcé pour la première fois les autorités à relocaliser des ménages temporairement dans des hôtels.
À la tête de la plus grosse ville du Bas-Saint-Laurent, Guy Caron a pris part au point de presse organisé mardi afin d’exhorter les candidat.e.s en lice aux présentes élections à prendre des engagements fermes pour mettre en chantier du logement social dans sa ville.
Le hasard a voulu que cette rencontre soit prévue le jour même de notre passage dans le coin, durant notre tournée électorale en VR à travers la province. Nous avons donc garé notre rutilant véhicule (qui commence à sentir le road trip en promiscuité) en face du couvent de la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire, où se tenait la rencontre.
La raison? Le magnifique couvent est pressenti pour un vaste projet de « requalification » en logements sociaux, un cadeau des religieuses à la communauté devant le déclin de leur nombre (elles seraient encore une centaine dans l’immense bâtiment).
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C’est l’organisme à but non lucratif spécialisé en immobilier social Serviloge qui gère l’ambitieux projet et a convoqué les médias, mais d’abord les candidat.e.s de la campagne électorale en cours.
Après avoir obtenu du financement des gouvernements provincial et fédéral pour la construction de 44 unités de logement, l’organisme est incapable d’amorcer les chantiers à cause de l’inflation et de l’explosion des coûts de construction. Serviloge avait aussi reçu le feu vert à la construction de 47 logements supplémentaires, mais aucune enveloppe budgétaire n’a encore été déposée.
À terme, le projet final devrait abriter quelque 200 logements sociaux et abordables (incluant la construction d’une centaine de logements sur le terrain en face), en plus d’une garderie, d’un centre culturel et de quelques organismes communautaires. Ce vaste chantier à vocation multigénérationnelle constituerait une bouffée d’air majeure pour désengorger la liste d’attente de 400 ménages qui souhaitent présentement accéder à un logement social ou abordable à Rimouski.
Si elle se réjouit de l’obtention du financement pour démarrer la première phase, la présidente de Serviloge réclame des candidat.e.s en campagne un appui politique ferme et l’assurance d’un soutien financier réaliste en phase avec l’inflation et l’explosion des coûts.
Un cri du cœur presque désespéré, qui illustre bien la gravité de la situation.
« Nous souhaitons que ces deux projets se réalisent le plus rapidement possible afin de répondre aux besoins urgents », a simplement résumé la présidente de Serviloge Francine St-Cyr devant quelques journalistes locaux et une poignée de religieuses.
Seulement trois candidats sur six ont répondu à l’appel à l’aide de l’organisme, soit Québec solidaire, le Parti québécois et Climat Québec.
Les candidat.e.s de la Coalition avenir Québec, du Parti libéral et du Parti conservateur brillaient par leur absence.
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Même s’il réitère l’urgence de la situation, le maire Guy Caron n’a pas voulu casser du sucre sur le dos des absent.e.s. « Ç’a été une grosse déception de ne pas avoir entendu parler de pénurie de logements durant le premier débat des chefs », admet-il cependant.
Rappelons que le comté de Rimouski est un bastion péquiste depuis 1994. L’ex-député Harold Lebel avait remporté une victoire écrasante en 2018, avant de quitter ses fonctions pour siéger comme indépendant en 2020 à la suite d’accusations d’agression sexuelle.
« Ici, l’augmentation des coûts est causée par l’inflation et la pénurie des logements disponibles. À Montréal, c’est surtout à cause de la spéculation », nuance le maire Caron, soulignant qu’avec un budget annuel d’environ 105 millions de dollars, Rimouski n’a pas les reins assez solides pour éponger des dépassements de coûts liés à des projets de plusieurs millions de dollars. À titre d’exemple, l’inflation, les coûts de main-d’œuvre et ceux des matériaux auraient fait grimper en à peine un an la facture de la première phase de 12 à 20 millions de dollars.
«Personne ne s’est heureusement retrouvé à la rue en juillet, mais l’itinérance est un phénomène de plus en plus visible à Rimouski», déplore le maire.
L’organisme Serviloge souhaite également la création d’un groupe de travail interministériel, puisque le projet de conversion du couvent toucherait les compétences d’une demi-douzaine de ministères des deux paliers de gouvernement.
En attendant, la situation empire de semaine en semaine, avec un taux d’inoccupation des loyers frôlant 0,2 %. Il y aurait par ailleurs plus de 100 étudiant.e.s sur la liste d’attente des résidences de l’UQAR et on ignore toujours où loger la quarantaine d’infirmières africaines qui viendront s’installer sous peu pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre.
Et pour couronner un tel casse-tête logistique, les organismes de lutte à la pauvreté locaux constatent une hausse des personnes en situation d’itinérance. « Personne ne s’est heureusement retrouvé à la rue en juillet, mais l’itinérance est un phénomène de plus en plus visible à Rimouski », déplore le maire.
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« Un signe de leur désintérêt »
Présent à la convocation, le candidat péquiste (et ancien attaché de d’Harold Lebel) Samuel Ouellet salue le projet de Serviloge et estime aussi que la solution à la crise passe par le logement social. « Il faut arrêter de tergiverser, le problème est crucial. L’absence de la CAQ aujourd’hui est un signe de leur désintérêt des enjeux sociaux », écorche le péquiste, ajoutant que c’est encore plus gênant de la part d’un gouvernement se décrivant comme celui des régions.
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De son côté, la candidate solidaire Carol-Ann Kack rappelle que les besoins criants en logements et en garderie sont depuis toujours en tête des priorités de sa formation. « Nos engagements sont clairs : créer 50 000 logements sociaux à l’échelle de la province, dont la moitié dans le premier mandat (incluant 1100 au Bas-Saint-Laurent). On n’était pas là en 2018. Mais la pandémie a attiré beaucoup de famille à Rimouski et malgré la pénurie de main-d’œuvre, tout bloque au niveau du logement », dénonce la candidate, qui en est à sa deuxième campagne dans le comté et qui accuse le gouvernement sortant d’avoir pelleté le problème de logement sur le perron des municipalités.
Lueur d’espoir, la solidaire estime avoir plus que jamais l’oreille des gens de son comté, puisqu’elle fait campagne principalement sur ces enjeux cruciaux.
Avant de partir, son attachée me tend un macaron sur lequel on peut lire « Ma Kack est meilleure que la tienne », délicieux slogan de campagne de la candidate solidaire.
Ça ne règle peut-être pas les problèmes de logements, mais en attendant, ça fait sourire.
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