L’étrange fascination d’Internet pour l’orientation de Taylor Swift
Faites donc entrer l’accusée : Anna Marks, journaliste et autrice d’un essai publié dans le New York Times ce 4 janvier dernier intitulé Look What We Made Taylor Swift Do.
Son contenu si décrié? Cinq mille mots de spéculation ouverte sur la non-hétérosexualité potentielle de Taylor Swift.
Et ces indices seraient nombreux!
« SCANDALEUX! Une indication de plus que le VRAI journalisme est malade et mourant », PEUT-ON LIRE SOUS LE LIEN X DE L’ARTICLE.
Bon.
Le moins qu’on puisse dire est que l’essai – qui a désormais sa propre page Wikipédia – continue de créer des remous principalement négatifs sur son passage. Nombreux voient dans sa simple parution un clair manque d’éthique ainsi qu’une grave violation de la vie privée de Taylor Swift.
Si on résume donc poliment, c’est un shit show.
Toutefois, après avoir lu ces 5 000 mots, une question demeure sur toutes les lèvres : comment une telle conspiration a-t-elle même pu voir le jour?
Pour y répondre, pas le choix de tomber dans un rabbit hole qui dépasse Anna Marks… et même Taylor Swift.
Voyage au bout de l’iceberg
L’iceberg de ce lore est vraiment, vraiment profond.
Tout est scruté à la loupe.
Pour Coralie, une autre Swiftie voguant à bord du bateau gaylorien, ces théories ne tuent personne. Elles ne sont qu’un réconfort personnel entre fans LGBTQIA+ ayant majoritairement grandi avec Taylor Swift et espérant apercevoir en elle leur propre reflet.
« Je pense que la plupart des personnes queer ou lesbiennes comme moi cherchent une forme de représentation, tu sais? », m’explique-t-elle.
« Ce ne sont pas des personnes majoritairement hétéros qui fétichisent une relation entre deux personnes du même sexe », ajoute celle qui se dit voir dans certains textes de Taylor Swift la plume de la poétesse lesbienne Virginia Woolf.
Mais si certains Gaylors sont heureux d’ajuster les paroles de Taylor Swift à leur propre quotidien, d’autres, comme B., considèrent les chansons comme étant déjà queer à l’origine. L’ablation de cet élément serait donc purement inconcevable.
« Écouter sa discographie, de l’album Red jusqu’à maintenant, sans une lentille queer ne ferait aucun sens. C’est ce qui élève la signification et l’écriture des chansons », me confie B.
« Elle ne pourrait pas être une aussi bonne compositrice si elle n’était pas gaie », maintient B. pour qui ces démonstrations hétérosexuelles renforcent la raison d’être du Gaylor.
« Le Gaylor, c’est un message des fans à Taylor qui dit : “nous sommes là, nous te voyons, nous t’aimons et nous sommes comme toi! S’il te plaît, sois fière de la personne que tu es!” », l’exhorte-t-elle.
« Même si nous savons qu’un coming out serait impossible pour elle », se résigne-t-elle.
L’exception Swift
Gagner un débat contre les Gaylors est une chose difficile, pour ne pas dire impossible.
En effet, pour comprendre leur conviction inébranlable, il faut aussi comprendre que le ciment de leur croyance est le même ciment qu’utilise depuis toujours Taylor Swift pour établir un lien de complicité avec sa communauté : laisser des messages codés, des indices ésotériques et autres petits easter eggs à chaque recoin de ses œuvres pour que ses fans les découvrent.
Un bon Swiftie connaîtra donc l’artiste suffisamment par cœur pour distinguer du premier coup ce qui passerait par-dessus la tête de novices comme vous et moi.
Selon Robin, un Swiftie dans l’ADN qui s’identifie comme gai, ce lien tout d’abord innocent et affectueux a été lentement perverti par la montée des théories du complot.
« À la base, elle le faisait pour interagir avec nous et générer de la discussion. Pas pour que les gens surinterprètent et spéculent sur sa sexualité », affirme-t-il.
À ses yeux, le problème n’est pas tant de déceler des éléments queer dans la discographie de Taylor Swift – lui-même en trouve dans les chansons New Romantics et Seven – mais de faire de ce constat spécifique une réalité englobante et incontestable.
L’étape suivante serait alors celle de la déshumanisation, les Gaylors ne la voyant plus comme une simple personne au fil de leurs analyses, mais comme « un animal dans un zoo, un personnage fictif ou un objet dont on peut disposer ».
Se pourrait-il toutefois que ce phénomène soit systémique ? En effet, déduire la sexualité des célébrités est désormais devenu une tradition sur Internet.
La différence avec Taylor Swift?
Aucune de ces spéculations n’avait encore été traitée avec le sérieux d’une recherche académique et la passion ardente d’un manifeste communiste, puis publiée dans un média de renommée mondiale.
Ça, c’est une première. Et peut-être une dernière – du moins, c’est ce qu’espère Coralie.
« D’habitude, le contenu Gaylor reste relativement restreint à l’intérieur des comptes de fans de Taylor. Là, c’était vraiment cringe de voir que ça devenait un débat public », grimace celle qui a vu passer dans le tas quelques réactions homophobes.
« Je déteste voir les gens agir comme si des rumeurs gaies étaient la fin du monde ou que la possibilité qu’elle soit lesbienne soit si terrible… genre, on a compris », soupire-t-elle.
Car, aussi invasif que soit l’article d’Anna Marks, il s’appuie tout de même sur une prémisse nouvelle :
et si, peut-être, hypothétiquement, sans que rien ne soit confirmé, Taylor Swift n’était pas totalement hétérosexuelle? Serait-ce un si grand drame que ça?
Mais tous ces efforts sont rapidement balayés par l’affirmation de spéculations qui, quand bien même seraient-elles vraies, forcerait Taylor Swift à un coming out en dehors de ses propres termes, sans son consentement. Donc, contre-productif, de tous les côtés.
Alors, peut-être n’y avait-il aucun débat ou théorie à avoir sur ce sujet, finalement. Ou alors très, très loin des yeux du New York Times.
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