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Manif Anti-IA
Photo : Salomé Maari, URBANIA

« On vit dans une dystopie » : une manifestation contre l’IA dégénère

De plus en plus de voix s’élèvent contre l’intelligence artificielle.

18 septembre 2026
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C’est en marge du plus grand événement consacré à l’intelligence artificielle (IA) au Canada, le sommet « ALL IN », qu’une manifestation « contre l’enfer de l’IA » a dégénéré, mercredi, à Montréal. Un photojournaliste qui allègue s’y être fait violenter par des policiers s’est confié à URBANIA.

La nuit précédant l’événement, les bureaux de l’institut québécois d’IA Mila, situés à Montréal, ont été vandalisés par des activistes.

Ces deux événements s’inscrivent dans la foulée d’un mouvement grandissant de contestation face à l’IA, ici et à travers le monde.

Dans les dernières semaines, le chercheur britannique Jacob Coxon a claqué la porte de son employeur, Anthropic (la compagnie derrière le robot conversationnel Claude), affirmant que l’IA finirait par « tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Sa démission est survenue peu après la cyberattaque de la plateforme Hugging Face par quelque 700 agents IA (des programmes autonomes) d’OpenAI.

Analyse d’une peur apocalyptique.

Photo : Salomé Maari, URBANIA
Photo : Salomé Maari, URBANIA
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DES OPPOSANTS INQUIÉTUDE

C’est sous un éclairage tamisé que se sont rassemblés plus de 6 500 travailleurs de l’industrie de la tech et de l’IA à ALL IN, un sommet ayant pour but de « façonner l’innovation et la collaboration » au sein du domaine. Entre les murs du Palais des congrès, les conversations sur le futur de l’IA battaient leur plein sur fond de musique électro.

Photo : Salomé Maari, URBANIA
Photo : Salomé Maari, URBANIA

À l’extérieur, une tout autre atmosphère se déployait au cœur de la Place Jean-Paul-Riopelle, des manifestants — une bonne partie masquée — s’étaient réunis pour contester la tenue de l’événement. Ils chantaient des slogans comme : « tout le monde déteste l’IA » et « burn down data centers » (« brûlez les centres de données »).

Geneviève de Breyne-Gagnon prononçant un discours. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
Photo : Salomé Maari, URBANIA
Geneviève de Breyne-Gagnon prononçant un discours. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
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Geneviève de Breyne-Gagnon s’était déplacée de Sherbrooke pour dénoncer le projet de méga centre de données de l’entreprise Keel Infrastructure. En entrevue, elle a qualifié les centres de données de « monstres qui prennent de l’eau, de l’électricité, et qui vont faire du bruit ».

« À Sherbrooke, les maisons qui vont être à côté du projet de méga centre de données se trouvent à 600 mètres », a-t-elle déploré.

Photo : Salomé Maari, URBANIA
Photo : Salomé Maari, URBANIA
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« Au-delà de tout ça », a-t-elle poursuivi, « c’est aussi une infrastructure qui permet des projets de surveillance, de ciblage automatisé, comme on l’a vu à Gaza, en Iran et au Liban. Et je pense que c’est inacceptable qu’ils construisent ça dans notre cour arrière. Il faut vraiment qu’on empêche ces projets-là. »

Jeremy Eliosoff, membre du collectif PauseAI. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
Photo : Salomé Maari, URBANIA
Jeremy Eliosoff, membre du collectif PauseAI. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)

Jeremy Eliosoff fait partie du collectif canadien PauseAI, qui sensibilise le public aux risques liés aux systèmes d’IA avancés. Il s’est dit « inquiet » par les propos des récents lanceurs d’alerte. « Il y a beaucoup de gens qui suivent ce sujet depuis des années, voire des décennies. Donc, je suis en quelque sorte content que ça devienne un sujet mainstream. Que les gens prennent peu à peu conscience des risques. »

L’activiste écologiste Jacob Pirro. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
Photo : Salomé Maari, URBANIA
L’activiste écologiste Jacob Pirro. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
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L’activiste écologiste Jacob Pirro, connu pour avoir grimpé le pont Jacques-Cartier en 2024 dans le cadre d’une action pour la justice climatique, était lui aussi présent. « On ne se fait pas écouter et les choses vont dans la mauvaise direction, autant d’un point de vue social que climatique », a-t-il déclaré.

Mercredi, l’ex-candidat du Parti vert du Canada n’était pas qu’un simple manifestant : il jouait le rôle de « médic de manif ».

« Le but, c’est de s’assurer qu’on est capable d’avoir un minimum de sécurité parce que là, on voit qu’il y a énormément de présence policière », a-t-il dit, avant que tout n’éclate, environ une heure et demie plus tard.

« On vit vraiment dans une dystopie », a déclaré Olive, 18 ans. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
Photo : Salomé Maari, URBANIA
« On vit vraiment dans une dystopie », a déclaré Olive, 18 ans. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
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UN PHOTOJOURNALISTE ALLÈGUE AVOIR ÉTÉ ATTAQUÉ PAR LA POLICE

Le photojournaliste indépendant William Wilson, qui collabore souvent avec le média anglophone The Rover, couvrait la manifestation lorsqu’il aurait été aspergé au visage de poivre de cayenne par un policier, raconte-t-il.

Le moment où William Wilson aurait été aspergé de poivre de cayenne. (Photo fournie par William Wilson)
Photo fournie par William Wilson
Le moment où William Wilson aurait été aspergé de poivre de cayenne. (Photo fournie par William Wilson)

Il aurait par la suite été « poussé au sol » par la police. « Au moins deux agents ont commencé à me donner des coups de pied alors que j’étais à terre », dit-il. « J’ai aussi senti des coups de matraque, bien plus violents. Ils me frappaient aux jambes, à l’abdomen, à la colonne vertébrale, au cou et à la tête. » Il aurait alors crié « je suis blessé » avant de recevoir un coup de matraque au visage.

William Wilson, par terre, lors de son altercation avec les policiers. (Photo fournie par Hugo Genest)
Photo fournie par Hugo Genest
William Wilson, par terre, lors de son altercation avec les policiers. (Photo fournie par Hugo Genest)
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Wilson souligne qu’il est connu des policiers, qu’il s’est identifié comme un journaliste à plusieurs reprises et qu’il portait une identification visuelle de membre de la presse.

Le photographe dit avoir passé environ huit heures à l’hôpital à la suite de la manifestation. Il n’a aucune blessure majeure, mais URBANIA a tout de même pu consulter des photos de ses blessures, qui comprennent des ecchymoses et des lacérations.

Wilson, qui couvre souvent des manifestations de ce genre, constate une montée de la répression policière à l’égard des manifestants et se dit « dégoûté par la manière dont [les policiers] traitent les journalistes ».

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a pas pu confirmer ses allégations. Toutefois, il a confirmé que du gaz irritant avait été utilisé par les policiers pour disperser les manifestants, affirmant que le corps policier a été visé par des objets lancés par des protestataires. Une personne de 19 ans a été arrêtée pour agression armée.

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Une vidéo publiée sur le compte Instagram d’un photographe montre une altercation musclée entre un manifestant et plusieurs policiers.

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Lors du passage d’URBANIA devant les bureaux de Mila, mercredi après-midi, un employé d’entretien s’affairait à réparer les dégâts d’un acte de vandalisme. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
Photo : Salomé Maari, URBANIA
Lors du passage d’URBANIA devant les bureaux de Mila, mercredi après-midi, un employé d’entretien s’affairait à réparer les dégâts d’un acte de vandalisme. (Photo : Salomé Maari, URBANIA)
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LES BUREAUX DE L’INSTITUT MILA VANDALISÉS

C’est dans la nuit de mardi à mercredi que des vitres des bureaux rosemontois de l’Institut Mila, dont le fondateur est le très prisé chercheur et professeur Yoshua Bengio, ont été fracassées. Des graffitis tels que « Fuck AI » et « Burn data centers » (« Brûlez les centres de données »), ainsi qu’un symbole anarchiste, ont été peints sur les façades de l’immeuble.

Photo : Salomé Maari, URBANIA
Photo : Salomé Maari, URBANIA

Selon le SPVM, un groupe d’une dizaine de personnes serait derrière cet acte de vandalisme et une femme de 25 ans a été arrêtée en lien avec l’affaire. On l’a emmenée en détention, avant de la relâcher sans condition. Une enquête est toujours en cours.

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L’Institut de recherche Mila « déplore » cet acte de vandalisme et « d’intimidation » et rappelle que bon nombre des travaux menés par ses équipes « portent précisément sur l’encadrement des risques sociétaux, la protection de la vie privée, l’alignement de l’IA sur la sécurité humaine et la justice sociale ».

Une autre manifestation contre l’IA aura lieu le 26 septembre, à Montréal.

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