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3 affaires qui m’ont fait capoter cette semaine
Heyyyy ! Ça faisait longtemps que j’avais pas écrit par ici.
Mais bon, l’actualité m’a encore une fois rappelé que, même quand j’essaie de décrocher et d’aller toucher du gazon, le monde trouve toujours une façon de me ramener devant un écran. Alors, comme ce gars avec qui vous avez matché une fois en 2023, voilà que je débarque dans votre boîte de réception sans crier gare, à la recherche d’attention.
Pour votre plus grand plaisir, voici trois affaires qui m’ont fait capoter cette semaine.
1. Les filles, il faut qu’on se parle de Bonnie Blue
J’suis tannée.
Pour ceux qui savent pas, Bonnie Blue, de son vrai nom Tia Billinger, est une créatrice de contenu pour adultes britannique qui s’est fait connaître en repoussant constamment les limites de la décence et de la vulgarité, dans une industrie qui carbure déjà sur ces deux éléments.
Madame Blue affirme notamment avoir eu des relations sexuelles avec 1 057 hommes en 12 heures, un record qui lui a valu une notoriété internationale. Comprenant que la niche du gang bang était payante en matière de visibilité, la star du X a enchaîné les marathons de sexe avec des hommes masqués jusqu’à ce que… surprise ! Elle tombe supposément enceinte d’un homme non identifié. Mais Bonnie Blue n’allait certainement pas ralentir ses activités en raison d’une grossesse. Qu’est-ce que la gestation, sinon une activité de plus à monétiser ?
On a donc eu droit à un journal de grossesse hors norme ponctué de vidéos hardcores en guise de souvenirs. Bonnie s’est même offert un baby shower durant lequel elle et ses invités ont mangé de la bouffe pour bébé — du mommy play grossier pour des hommes immatures qui en redemandent. L’événement a culminé avec un autre type de shower de type golden, cette fois. Un shower dans un shower. J’imagine qu’elle et son entourage se trouvaient clever.
Bref, après des mois à provoquer des controverses ici et là, Bonnie a annoncé avoir accouché à la fin du mois d’août. Perso, j’ai encore de gros doutes sur toute cette histoire. Disons que j’ai beaucoup de misère à croire que cette femme a vraiment donné la vie. Je crois plutôt à la prothèse et à l’opportunisme crasse.
Bonnie Blue se fout de notre gueule et j’en ai marre.
Je ne suis pas une fan de l’industrie pornographique. Je la trouve profondément misogyne, entre exploitation et marchandisation du corps féminin. Mais je ne suis pas abolitionniste pour autant. Je suis capable de concevoir que des femmes puissent choisir d’y travailler, qu’elles puissent y trouver une forme d’émancipation, de l’argent, voire même du plaisir, et que leur expérience ne soit pas nécessairement celle de Fanny, la fille à sauver dans Fugueuse.
Plusieurs choses peuvent être vraies en même temps.
Ce qui me dérange, avec Bonnie Blue, c’est cette logique de la surenchère où absolument tout devient du contenu à exploiter pour le shock value : le sexe, la grossesse, la maternité, l’accouchement, le bébé naissant. Parce que oui, elle est rendue à mettre en scène un bébé (qui a l’air d’une poupée) au visage brouillé dans des vidéos promotionnelles.
Flirter avec la pédophilie pour du clout, c’est non. Si Bonnie Blue a le droit de consentir au spectacle de sa propre déshumanisation, elle n’a pas pour autant carte blanche pour transformer tout ce qui l’entoure en objet de consommation. Son corps lui appartient. Son bébé, lui, n’est pas en mesure de consentir à devenir du contenu pour adulte ni à nourrir du rage bait sur les internets.
Fuck les hommes qui participent au contenu de Bonnie Blue et qui lui donnent des vues. Vous êtes le cœur du problème. La demande est aussi problématique que l’offre.
2. Justice pour Mamdani
Parlant de déshumanisation, je suis accablée par la campagne monstrueuse qui vise actuellement le maire de New York, Zohran Mamdani dans le contexte des commémorations des événements du 11 septembre, à cause de son bagage identitaire. Apparemment que le premier maire musulman de l’histoire de la Grosse Pomme devrait avoir honte de ses origines et passer ses journées à s’excuser d’être musulman.
Eille.
J’avais 11 ans, le 11 septembre 2001. J’étais en 6e année. Zohran a deux ans de moins que moi. Le calcul n’est pas très compliqué et, malgré tout, on demande à un gars qui était prépubère durant le 11 septembre de prendre son trou à l’occasion du 25e anniversaire des attentats.
Dans une superbe manifestation de racisme ordinaire qui refuse de s’assumer (parce que les personnes racistes refusent d’admettre qu’elles le sont), des voix, dont celle du vieux crisse à Rudy Giuliani, se sont élevées pour exiger que Zohran Mamdani soit écarté des cérémonies officielles en raison de ses croyances religieuses.
J’aimerais qu’on se pose une question toute simple : pourquoi demande-t-on constamment aux personnes racisées d’être tributaires des actes barbares commis par des individus randoms simplement parce qu’ils leur ressemblent ?
Aux États-Unis, pays des tueries de masse, on ne demande pas aux Blancs de s’excuser au nom des Blancs lorsqu’un des leurs (souvent un homme) liquide des enfants dans une école.
Alors pourquoi, lorsqu’il est question des musulmans, l’individu doit-il répondre au nom de la collectivité ?
Les années qui ont suivi le 11 septembre 2001 auraient pourtant dû nous apprendre quelque chose : l’amalgame entre terroristes, musulmans et Arabes est extrêmement dangereux et nourrit un cycle infernal.
Avons-nous déjà oublié que les premières victimes du terrorisme djihadiste sont les populations arabes et musulmanes ? En Irak, en Afghanistan, en Syrie, au Soudan et aux États-Unis aussi. Des musulmans sont morts le 11 septembre. Des musulmans ont perdu des proches. Des musulmans ont combattu le terrorisme et des musulmans ont aussi subi de plein fouet les conséquences de la stigmatisation qui a suivi.
Mamdani n’est pas responsable du 11 septembre. C’était un enfant au moment des faits. 25 ans plus tard, cet enfant est rendu un homme qui a évité le piège de l’essentialisation.
Plutôt que de laisser la peur, le racisme et la stigmatisation de l’après 11 septembre dicter qui il devait être, il a choisi de faire exactement le contraire, soit de s’engager dans la vie publique pour construire une ville dans laquelle des gens comme lui n’auraient plus jamais à s’excuser d’exister.
3. Le lanceur d’alerte d’Anthropic vient nourrir mon sentiment de mort imminente
Vous savez qui devrait s’excuser d’exister? Les caves de la Silicon Valley qui misent plus sur l’intelligence artificielle que sur l’humanité.
Cette semaine, on apprenait qu’un chercheur d’Anthropic, la compagnie qui exploite Claude, le rival de ChatGPT, a quitté l’entreprise en tirant la sonnette d’alarme sur la direction que prend l’industrie de l’intelligence artificielle.
Jacob Coxon, 27 ans, est le digne successeur des Edward Snowden et Julian Assange de ce monde, mark my words.
Comme d’autres chercheurs avant lui, Jacob, qui a également travaillé chez OpenAI, a évoqué des menaces d’extinction humaine dans un avenir relativement rapproché (genre, d’ici la prochaine décennie), tellement la course échappe à tout contrôle.
Le détail qui me donne particulièrement envie de faire l’étoile par terre en fixant un point au plafond : Jacob a quitté son poste quelques mois seulement avant que ses actions dans l’entreprise ne soient acquises. Ça, ça veut dire qu’il a renoncé à un montant potentiellement important parce qu’il estimait que participer à cette course à l’IA était désormais incompatible avec ses préoccupations éthiques.
Ça, c’est sans compter d’autres nouvelles perturbantes : cette semaine encore, Anthropic a révélé avoir détecté et bloqué des tentatives d’utilisation de ses modèles pour des opérations de cyberattaque, de surveillance, de propagande et de développement d’armes biologiques.
Tabarnak, man.
Pendant ce temps-là, nous autres, on est là à demander à ChatGPT ou Gemini de nous préparer un plan d’intervention en santé mentale à la suite d’une rupture amoureuse ou de nous pondre une image sur mesure pour un texte écrit su’l fly, un vendredi après-midi.
Je me demande quand est-ce que je vais me tanner de mourir. Finalement, c’est moi, c’est vous, c’est nous les caves.
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