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Hugo voyage

Le dernier voyage

Écrire à l’air climatisé pendant qu’autour, tout brûle.

7 août 2026
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Capotez pas.

C’est pas « le dernier voyage » au sens poético-mortuaire. Je laisse ça à mon taciturne collègue Jean Bourbeau. Je ne suis pas malade et j’ai l’intention de vivre super vieux, soit jusqu’à 52-53 ans.

À mes funérailles (nationales), les gens diront : « Avec sa tuque orange, il contribuait à rendre URBANIA full accessible pour les jeunes. »

Ou encore: « Wow, il a l’air plus en forme embaumé dans son cercueil que la dernière fois que je l’ai vu au Normandie. »

Ne-non, je parle du dernier périple en famille. Du moins pour un boutte. Comme vous le savez peut-être, on a beaucoup voyagé en famille. Vous avez même été nombreux à nous suivre ici. Sept mois en Asie en 2019, puis de six mois en Amérique du Sud en 2023.

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Même si Alfa Rococo nous a un peu volé notre gig, on s’est offert un dernier tour de piste avant de déposer nos sacs à dos (et deux valises à roulettes). Je l’avoue, je suis peut-être un peu trop fataliste. Après tout, on va sûrement finir par un jour partir quelque part, tous ensemble. À Vegas pour voir Criss Angel (nope) ou à Paris, mais après la tournée de Céline.

À 18 et 14 ans, mes rejetons adorés ont moins envie de passer du temps avec leurs géniteurs. Encore moins depuis que j’ai commencé à porter à temps plein ce chapeau de voyageur provençal qui me donne fière allure.

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Notre deuil du traditionnel voyage en famille s’est amorcé il y a quelques mois lorsque Charlotte, la blonde de mon fils, a dit vouloir partir avec nous. Détrompez-vous, on l’aime, la belle Charlotte. C’est juste que je peux moins maltraiter mes enfants quand elle est là.

C’est la première fois que Charlotte traversait l’Atlantique. Mes enfants n’ont pas trop visité l’Europe non plus, un continent qu’on préfère enjamber à cause des coûts.

Pendant que les champs brûlent

Alors, pourquoi l’Europe, de surcroît au moment où l’édition 2026 de la canicule estivale s’avère pire que jamais, comme en font foi les dizaines de milliers d’hectares en train de flamber en Espagne et en France ?

C’était pas notre premier choix. Mon beau-frère, Éric, épousait sa Charlotte à lui (ce prénom n’est pas obligatoire pour entrer dans la famille) près de Montpellier, événement qu’on ne pouvait pas rater.

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Les tourtereaux (elle d’origine française) ne pouvaient prévoir non plus que la chaleur serait aussi intense, ou peut-être qu’ils ne voulaient juste pas se jurer fidélité éternelle au Groenland (avant que Trump ne l’envahisse).

Promis, moi, si je me marie un jour, je ne vais pas déplacer la famille plus loin que la Bicolline. Faudra juste attendre sa reconstruction (d’ailleurs, si vous voulez contribuer, c’est ici. Les risques d’incendie sont hélas réels au célèbre duché médiéval, sans doute en raison de TOUS CES DRAGONS).

Partez pas, ça commence à peine.

Le Bigster

Avant notre arrivée, nous avions loué une voiture à Toulouse. En allant la chercher, j’ai constaté que j’aurais dû prendre le temps de lire les p’tits caractères au bas du contrat.

⎯ Euh, c’est pas ça, le char que j’avais loué.

⎯ Ouais, du coup, ça disait « ou modèle similaire » dans le contrat.

⎯ C’est pas très similaire, je trouve

⎯ Du coup, tout est relatif.

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Je me suis vite rappelé pourquoi je détestais les Français (c’est pas du racisme, c’est de l’anticolonialisme). Cet escroc m’a finalement proposé un modèle plus spacieux pour « seulement » 10 euros de plus par jour (400 piasses de plus au total).

C’est les vacances, que je me répète comme un mantra en mâchant ma gomme dans le parking souterrain. Je redeviendrai pauvre plus tard.

C’est de même qu’on se retrouve à rouler à 130 sur l’autoroute (j’ai l’doua) au volant d’un Bigster flambant neuf, un monstre valant au moins mon salaire annuel chez URBANIA (soit un million de dollars).

Je connais rien aux chars, mais c’est sûrement un cousin français du Cybertruck. Ce serait sûrement aussi mon nom d’acteur porno : « Ne manquez pas le tout nouveau Hugo Meunier, AKA Le Bigster, dans Rififi pendant la cani-cul. »

Bref, le Bigster allait me faire jurer comme un charretier pendant un mois, sa grosseur n’étant aucunement compatible avec l’étroitesse des rues et des stationnements européens.

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Passion yourte

Le mariage se déroulait au Domaine de la Grangette, un ancien vignoble situé à Montignac, à une heure de Montpellier. Un site enchanteur, vraiment, avec des grillons qui chantent et une grosse piscine creusée.

Les osties de grillons qui deviendraient nos ennemis jurés une couple d’heures plus tard en nous empêchant de dormir, mais ça, on l’ignorait au moment de poser nos sacs dans une yourte où on allait dormir quelques nuits.

Oui, oui, une yourte. Une bonne idée bien champêtre sur papier, mais qui, hélas, n’a pas passé l’épreuve de la canicule.

Située parmi une douzaine de yourtes, chaque « tente » du « village des tipis » était baptisée d’un nom autochtone : iroquois, sioux, etc. Le temps de crier « appropriation culturelle » et on sirotait une bière pression bien fraîche autour de la piscine en compagnie des autres invités du mariage, parmi lesquels les favoris jouissaient d’une chambre climatisée.

Et ils vécurent heureux

Je ne m’étendrai pas trop sur le mariage, puisque je ne veux pas spoiler le plus beau jour de la vie de mon beau-frère, mais, outre les grillons qui prennent jamais de break et l’impression d’avoir dormi dans un sauna sec plusieurs nuits d’affilée, ce fut une réussite.

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Les promis étaient cutes, les convives sympathiques, la bouffe divine et l’alcool coulait à flots. La famille française de la mariée — des Toulousains capables de picoler — m’a tué en nous initiant à une séance de body surfing complètement débile sur l’air de l’hymne de l’Aviron bayonnais, leur équipe de rugby préférée.

Parfois, une image vaut mille mots.

Carcassonne

Après les noces, on a repris la route vers Carcassonne où on allait se poser quelques jours. Les nuits blanches et l’intense promiscuité de la yourte ayant passablement joué sur nos nerfs, on méritait un peu de confort.

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« Nous allons faire de la limonade avec des citrons ! », s’est exclamée ma blonde, une indécrottable optimiste.

Elle avait raison. Pas question de laisser Justin et Katy gagner l’été 2026. Roh-la-la, aucune pudeur ces deux-là ?! Est-ce digne d’un ancien chef d’État de se pavaner en bedaine à Saint-Tropez ?! D’ailleurs, dans la catégorie « surexposé », le tatouage tribal de Justin est sans conteste le grand gagnant.

Sinon, avez-vous déjà vu ça, Carcassonne ? Sans farce, ça vaut le détour. J’étais sur le cul devant cette cité médiévale construite au XIIe siècle, qui surplombe d’une centaine de mètres une rive du fleuve l’Aude et la ville basse.

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C’est Charlotte qui a googlé pourquoi la ville s’appelle de même. TW : c’est niaiseux rare.

Dame Carcasse voulait faire fuir les envahisseurs stationnés devant le château. Elle leur a pitché de la viande pour montrer qu’ils pourraient endurer le siège longtemps. C’était une ruse : eux aussi crevaient de faim. Ça a toutefois fonctionné et les envahisseurs sont partis en se disant : « Yo, s’ils garochent de la bouffe par les fenêtres, on est foutus ». Pour souligner sa victoire, dame Carcasse aurait sonné les cloches, suite à quoi, un dude se serait exclamé : « Carcasse… sonne ! »

Fin.

J’en ai vu, des affaires cool, dans ma vie, genre un glacier en Argentine, le Taj Mahal et un show surprise de Megadeth au Métropolis. Carcassonne mérite une place dans la liste.

Après avoir sillonné les ruelles et les environs, nous avons regagné notre logement où nous avions enfin un peu d’intimité. Il n’en fallait pas plus pour que ma blonde se transforme en véritable succube lubrique médiévale.

⎯ Sire, par saint Denis, je vueil que vos me foutez orestre !

Franchement.

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Je lui ai finalement proposé de ressortir le Scrabble pour lui calmer la libido. Étant donné que sa dernière victoire remonte à quand PK Subban jouait pour le Canadien, mon plan a fonctionné.

Puisque ma vie est une longue bucket list, j’ai voulu cocher trois items avant de quitter Carcassonne : me baigner en Speedo dans une piscine publique, aller dans une maison hantée et visiter le musée de la torture.

Pour le Speedo, c’était zéro prévu, mais comme on crevait de chaleur, j’étais prêt à tout pour me rafraîchir. Mon maillot bermuda étant jugé « non hygiénique », j’ai dû m’en acheter un à 13 euros dans une machine distributrice. J’ai pris un small pour des raisons personnelles et j’ai été bien servi. J’avais l’impression de porter une ceinture de chasteté et ma virile voix s’est muée en celle d’un frêle castrat.

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La maison hantée, c’était du n’importe quoi, mais j’ai crié tout le long comme une fillette même si j’avais pu mon Speedo.

Le clou aura certainement été la visite du musée de la torture. C’est fou comme le cerveau humain déborde d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de tourmenter ses semblables. C’était à lever le cœur, avec des répliques d’instruments et des dessins pour qu’on comprenne bien de quoi ça a l’air, un homme suspendu par les pieds en train de se faire scier par deux bourreaux.

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Fun fact : les familles de bourreaux se tenaient et se reproduisaient ensemble, puisque ça devait pas être simple de chiller au bar avec des gens dont t’avais découpé les proches.

Mon moment fort a été la « cape d’ivrogne », une sorte de tonneau rempli de pisse et d’eau dans lesquels on plongeait les saoulons pour les humilier publiquement.

Cadaqués, amor mio

On a repris la route vers l’Espagne pour couler des jours heureux au bord de la mer.

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À la radio, les nouvelles nous faisaient feeler cheap en relatant la recrudescence des feux et ces migrants marocains qui tentaient de fuir à la nage pour atteindre Ceuta.

J’ai un drôle de karma avec les voyages. Chaque fois que je vais quelque part, ça pète. En 2004, j’étais en Inde quand le tsunami a frappé, au Sri Lanka en 2019 lorsque des kamikazes se sont fait exploser dans trois églises chrétiennes, et au Pérou en 2023 pendant une crise politique.

Les feux étaient loin de nous, à peu près la distance entre Montréal et Gaspé. On a donc préconisé l’habile stratégie de « l’aveuglement volontaire » pour poser nos culs sur les plages en galets de Cadaqués.

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Un coup de cœur général. Le paysage est à couper le souffle, on avait l’air climatisé et des chambres pour tout le monde.

Comme il faisait 40 000 degrés, on a fait de la plage et de la lecture. Un plaisir que je m’autorise rarement, même en vacances. Habituellement, c’est le moment où j’écris mes romans, mais pas cette fois, puisque le petit dernier vient de sortir en mars.

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D’ailleurs, si vous n’avez pas prévu acheter un de mes romans le 12 août prochain (sans doute parce que vous les avez déjà tous), je vous recommande vivement La maison du rang Lynch, d’Alexie Morin. Sinon, j’ai clenché le dernier Ken Follet sur Stonehenge, un désopilant Ghislain Taschereau dont la sortie est prévue pour septembre, et l’addictif Demon Copperhead de Barbara Kingsolver.

En fait, je ne prévoyais écrire aucune ligne jusqu’à ce que ma boss et de moins en moins amie Rosalie me rappelle que je devais rentrer mardi et que j’avais à nouveau pris mes vacances tout croche.

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Ne me reste qu’à la convaincre que cet article m’a pris quatre jours à écrire pour ne pas être forcé de piger dans mes journées sans solde. J’ai un voyage à rembourser, quand même.

De retour à l’Espagne, si vous passez dans le coin, je vous conseille la visite de la maison-musée où Salvador Dalí a écoulé ses derniers jours. Sculptures d’œufs éparpillées un peu partout, pièces étranges, piscine en forme de pénis, culte des pneus Pirelli : il n’y avait pas que la moustache de l’artiste qui était weird.

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Barcelone à ciel ouvert

Après le farniente, il fallait remettre un peu de vitamine dans nos cerveaux. On a mis le cap vers la vibrante Barcelone, troquant le surréalisme de Dalí pour le modernisme catalan de Gaudí.

On a marché la ville de long en large, du Parc Güell à la plage de Barceloneta, en passant par la Sagrada Familia et La Rambla, incluant un arrêt obligatoire à La Boqueria pour des fraises nappées de chocolat et une paella. Une ville fascinante, foisonnante, où la vie se passe dehors, idéalement après le coucher du soleil.

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Pendant que Martine et moi, on se la pétait « vrais voyageurs » en sortant un peu des sentiers battus, les enfants écumaient les boutiques américaines et les McDo, en quête d’un peu de répit (de nous, je crois). Ma fille s’est acheté un t-shirt de New York, et Charlotte, trois Labubu espagnols.

Au moins, le soir, on se retrouvait autour d’une bouffe à ciel ouvert, flanqués de dizaines de familles avec de jeunes enfants, même si minuit approchait.

Mon bonheur ne tient à pas grand-chose.

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Les plus beaux jours de ma vie

Après la frénésie, on a fini ça en beauté à Tossa de Mar, un pittoresque village de pêcheurs de la Costa Brava pris d’assaut par les touristes en raison de ses plages et de sa vieille ville médiévale fortifiée. Ça couronnait bien le voyage, puisqu’on aurait cru que Carcassonne et Cadaquès avaient eu un bébé.

À part pour la colonie de fourmis qui a décidé de louer le même Airbnb que nous (sans climatisation, « barnak), je crois que ça a été le highlight du voyage.

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Chaque jour, la même routine. Café/smoothie près de la plage, baignade, lecture, victoire au Scrabble, apéro sur notre terrasse et souper au bord de la mer.

Ma blonde a même fait un peu de monokini à l’insu des ados. Une maudite chance, parce qu’ils auraient vomi dans leur bouche pendant deux jours.

Bref, j’ai su, en arpentant la Vila Vella fortifiée, que j’aurais les blues dans quelques jours en arpentant la rue Masson.

Une saucisse pour la route

J’ai pris le volant du Bigster une dernière fois en direction de Toulouse, d’où j’écris ces lignes dans le confort climatisé d’un café. Cet article me donne envie d’écrire mon prochain roman. L’actualité du Québec m’a déjà inspiré, après avoir lu que de grands requins blancs rôdaient près de la Gaspésie.

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Ça s’appellerait Les dents du Saint-Laurent, et personne ne mourrait, sauf d’hypothermie si quelqu’un avait l’idée de se pitcher dans le fleuve. Shotgun l’idée.

Notre périple prend fin dans la quiétude de cette ville mignonne, qui se marche en quelques heures à peine. On n’avait pas beaucoup d’objectifs, sinon manger une saucisse, un cassoulet et ne pas nous entretuer après un mois d’étroite cohabitation.

On part heureux, et pas juste parce que je vais remplacer le Bigster par une Communauto. Plutôt parce que si c’était la dernière fois qu’on partait à quatre (+ Charlotte), ç’aura été formidable de se retrouver ensemble pour placoter au souper, marcher, se baigner et rire.

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Une dernière puff familiale avant que tout le monde retourne s’enfermer dans sa chambre.

Une surprise pour moi, qui ne s’attendait pas à grand-chose de ce voyage, sinon qu’on allait dépenser presque la moitié des coûts de sept mois en Asie en un seul (ce qui est arrivé).

Un dernier voyage avant ceux qu’ils feront de leur bord, avec leurs amis, leur Charlotte, leurs enfants.

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Quant à nous, on va continuer à deux. Du moins, c’est ce que j’espère. Parce que c’est encore ça que je préfère faire dans le vaste monde, même si ça détruit la couche d’ozone. J’ai toujours besoin d’aller ailleurs me rappeler ma chance de vivre ici.

Pis, j’aime ça gagner au Scrabble.

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