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Vous rappelez-vous de Barbenheimer, ce programme double inattendu (et inespéré) combinant les films Barbie et Oppenheimer qui avait fait revivre les salles de cinéma à l’été 2021 ?
L’euphorie collective avait duré le temps d’un week-end. On en a tiré beaucoup de plaisir, mais très peu d’apprentissages, signifiant qu’une fois la vague passée, les cinémas ont recommencé à perdre de l’argent. Personne n’a pensé à répéter l’expérience, jusqu’à ce que cela se reproduise, encore une fois par pur accident. Ainsi, une semaine après que le film d’horreur à microbudget Obsession ait enflammé les chaumières, Backrooms est arrivé en salles comme une excroissance aussi improbable que parfaite.
Deux réalisateurs dans la vingtaine. Onze millions de dollars investis et plus de 400 millions générés en trois semaines au box-office. Un véritable triomphe du talent et de l’audace sur le cynisme corporatif qui semblait avoir avalé l’industrie.
Tout ça est bien beau. Mais la question qui se pose est la suivante : cette fois-ci, saura-t-on en retenir quelques leçons ?
Une des nombreuses raisons pour lesquelles on devrait célébrer Backsession est que ce sont deux projets pilotés par de jeunes créateurs qui ont d’abord fait leur marque sur YouTube. Avec l’emprise des Netflix, Disney+, Prime et Paramount+, qui se resserre sur nos habitudes de consommation culturelle, c’est une excellente nouvelle que des créateurs indépendants percent notre bulle algorithmique habituellement vendue au plus offrant.
Parce que si vous vous intéressez le moindrement au cinéma, il est fort probable que vos fils de réseaux sociaux soient tapissés de contenu ayant rapport au programme double impromptu de Backrooms et Obsession.
Des memes :
Des réflexions :
Des analyses :
Ou, simplement, des preuves de participation :
Pour une rare fois, le système fonctionne et récompense les bonnes personnes — et non celles choisies par les studios Disney ou Warner Brothers. La qualité et la complémentarité de Backrooms et Obsession en font cette expérience dont on ne savait pas qu’on avait besoin, et c’est grâce au bouche-à-oreille s’étant propagé via les réseaux sociaux qu’advient ce nouveau phénomène culturel.
Tout ce qu’il faut faire, c’est vous rendre au cinéma et passer le mot à votre façon.
Même s’il s’agit de deux productions indépendantes, les deux films sont aux antipodes des conventions de l’horreur, provoquant un contraste esthétique prononcé. C’est peut-être pas aussi ironique et coloré que l’expérience Barbenheimer, mais le mariage des saveurs est beaucoup plus facile et agréable en bouche.
Même si j’ai personnellement visionné Obsession quelques jours avant la sortie de Backrooms en salles, je vous conseillerais plutôt de faire le contraire. Le film de Kane Parsons saura vous mettre en état d’apesanteur émotionnelle qui vous rendra on ne peut plus vulnérable à toute la violence de l’impact d’Obsession. Le contraire amoindrirait ce momentum. Du moins, c’est mon avis.
Les deux films étant toujours en salle (ainsi qu’en deuxième et troisième position du box-office), il est encore possible de vivre l’expérience Backsession. Courez faire un tour en salle pour vivre une bonne frousse en gang avant que Spider Man : A Brand New Day et L’Oddyssée de Christopher Nolan ne viennent accaparer tous les écrans en juillet.
En espérant qu’on n’ait pas à attendre un autre cinq ans avant qu’on nous offre une nouvelle expérience cinématographique à assembler soi-même, comme au IKEA.
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Non seulement ça se passe, mais ça se passe de la bonne façon. Personne n’a triché. Personne n’a déchargé un camion plein d’argent sur le yacht de Mark Zuckerberg. Simplement, les visions de Curry Barker et Kane Parsons ont trouvé leur public. Ils ont à la fois réalisé de bons films, audacieux et originaux, qui défient les formules canoniques du cinéma, mais leur succès prouve aussi que c’est possible de réussir tôt dans la vie sans avoir à vendre son âme au diable (Curry Barker a 26 ans et Kane Parsons, 21).
Obsession est un film aux enjeux réalistes, malgré la prémisse surnaturelle. L’horreur est portée par les personnages. Elle est directe et d’une violence aussi physique qu’émotive. Backrooms, c’est tout le contraire. C’est un film d’horreur dite « liminale », où l’espace agit comme reflet du monde intérieur tourmenté et distordu de son protagoniste, Clark, coincé dans une spirale de souffrance dont le contrôle lui échappe. L’horreur de Backrooms émerge d’une perte de connexion avec le réel et tout ce qu’il prodigue en termes de balises morales et sociales.