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L’été, les salles de cinéma grand public présentent généralement deux types de films : le blockbuster à 200 millions de dollars et le film d’horreur à petit budget.
Le premier attire principalement les familles et les curieux, alors le deuxième attire plutôt les amateurs de sensations fortes. D’ailleurs, les enthousiastes de films d’épouvante semblent les plus fidèles aux salles de cinéma depuis la pandémie. Les succès au box-office s’enchaînent à l’ombre des monolithes de Disney : M3GAN (181 millions), Longlegs (128 millions), Sinners (370 millions), Weapons (270 millions), The Conjuring : Last Rites (500 millions), et j’en passe.
La peur est devenue une (belle) activité de groupe.
Il n’y a pas tout à fait deux ans, Curry Barker, alors âgé de 24 ans, réalise le film Milk & Serial avec un budget famélique de 800 $. Faute d’entente de distribution, Barker rend le film disponible sur YouTube, où il devient rapidement un phénomène viral. Il compte aujourd’hui près de trois millions de visionnements.
Aujourd’hui, Barker réussit un double exploit : en plus que son nouveau long métrage, Obsession, soit sur toutes les lèvres, les recettes qu’il cumule au box-office ne font que grimper. Généralement, les films présentés en salle accusent une baisse de recettes prononcée dès leur deuxième week-end (The Mandalorian & Grogu a chuté de 70 %). Obsession, pour sa part, en est à sa troisième semaine en salle et continue d’enfler ses profits ! Le dernier film à avoir accompli un tel tour de force est E.T, de Steven Spielberg, sorti en 1982. C’est l’année de ma naissance, ça. * émoji de papi *
Alors, quel est le secret derrière le succès d’Obsession ? Je suis allé le voir pour tenter de percer le mystère (et, aussi, parce que j’aime les films d’horreur).
Et ça fonctionne. Oh que ça fonctionne. Trop, même.
Oubliez vos préjugés, on est loin du thriller érotique à la Fatal Attraction. Obsession est plutôt dans la déconstruction d’un phénomène culturel qui me fascine depuis longtemps : l’idée que le petit gars gêné finit toujours avec la fille. Que la pureté et l’intensité de ses sentiments suffiraient à la séduire.
Ce qu’Obsession met de l’avant, c’est que pour gagner le cœur de quelqu’un, il ne suffit pas de le souhaiter très fort. Il faut faire preuve de vulnérabilité et s’ouvrir à l’autre pour qu’il fasse un choix éclairé.
Ce que vit Nikki, c’est une dépendance affective qui révèle la fragilité de l’égo de Bear. Le résultat est on ne peut plus désastreux.
Si Obsession avait été une comédie romantique, le souhait de Bear aurait fini par s’exaucer. Ici, on a plutôt affaire à un film d’horreur qui en expose les dangers.
Que diable, pour les bonnes raisons ! Parce qu’il crée une véritable conversation.
L’horreur d’Obsession émerge de cette perte d’agentivité de Nikki et de cette prise de possession de son corps par Bear, qui n’est aucunement concerné par ses désirs et ses besoins. Même si Nikki commet plusieurs atrocités au cours du film, c’est elle, la victime. Et personne ne l’aide. D’ailleurs, les amis de Nikki et Bear, témoins de l’autodestruction de Nikki, sont eux aussi des monstres en demeurant muets devant sa déchéance.
Allez le voir, soyez choqués et parlez-en. Ça fait partie de l’expérience.
C’est un film qui risque de changer votre façon de regarder des films.
Au moment d’écrire ces lignes, Obsession a fait 150 fois son budget au box-office et continue de remplir les salles, malgré l’arrivée d’un autre film d’horreur nouveau genre, Backrooms, ce dernier doté d’un budget fort plus appréciable de 10 millions.
Obsession raconte l’histoire du très ironiquement nommé Bear (Michael Johnston), un jeune homme secrètement amoureux de sa collègue, Nikki (Inde Navarrette). Lorsqu’il échoue à lui avouer ses sentiments, Bear décide spontanément d’utiliser le cadeau qu’il avait prévu lui offrir : un petit bout de bois qui sert à faire un souhait acheté dans une boutique Nouvel Âge. Enragé par sa propre lâcheté, Bear formule le souhait que Nikki tombe éperdument amoureuse de lui.
C’est un problème, et Obsession en fait la preuve avec une efficacité redoutable. Bear reçoit l’amour inconditionnel de Nikki, sans faire d’efforts (et en outrepassant son consentement), dès le début du film. Ne vous méprenez pas : ce qu’il vit avec elle n’est pas une relation amoureuse. C’est plutôt une manière pour Bear de combler un vide affectif en emprisonnant une pauvre jeune femme à l’aide d’un sort. Parce que Nikki n’aime pas Bear. Un parfait inconnu aurait pu formuler le même souhait et obtenir le même résultat.
Nikki et son intarissable « désir » sont présentés comme deux entités partageant le même corps et, pendant une scène particulièrement lugubre, la vraie Nikki refait surface et demande à Bear de la tuer pour mettre fin à son calvaire. Au lieu de lui venir en aide ou de faire un quelconque examen de conscience, Bear écarte la demande, préférant lui demander si être avec lui, c’est si pire que ça. À ça, Nikki répond : « Bear, je n’ai jamais été avec toi ». J’en frissonne encore.
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Obsession est un film confrontant qui déconstruit un mythe culturel qui nourrit une misogynie qu’on peine encore à comprendre. Sans être dans le masculinisme flamboyant à la Andrew Tate, on en retrouve une forme plus insidieuse, qui refuse de se voir comme telle. Pour plusieurs, Bear est une victime. Un pauvre gars qui ne demande rien, sinon être aimé et accepté par la fille pour qui il éprouve des sentiments. Pour preuve, ma collègue Audrey, qui a elle aussi visionné le film ce week-end, m’a raconté avoir entendu plusieurs spectateurs traiter Nikki de crazy ou psycho bitch pendant la projection.
Le scénario crée des désaccords, fait jaser et donne le goût aux non-initiés d’aller voir le film. Il a aussi pour sujet une conversation difficile qu’on repousse constamment. Les masculinistes et les incels ne naissent pas dans les choux. Ce sont des mouvements qui ont comme principe qu’un homme « a droit » à une femme s’il respecte certains codes. Ces attentes sont en partie créées par une culture qui récompense constamment les hommes et enlève aux femmes leur libre arbitre.