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Photo fournie par : Karine Dufour/Radio-Canada

« Angles morts » : le commerce de la compassion

Sous le vernis de la comédie noire, Jacques Davidts et Normand Daneau soulèvent d’importantes questions.

23 septembre 2026
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Même si elle est partout, personne n’aime penser à la mort. Surtout pas à la sienne. On veut tous trépasser subitement, préférablement pendant notre sommeil, question de ne pas avoir le temps ni la capacité de contempler notre propre fin.

C’est un peu le dilemme dans lequel nous plonge l’aide médicale à mourir, domaine dans lequel le Québec est devenu leader mondial depuis sa légalisation en décembre 2015. Choisir le moment et les circonstances de sa mort est une chose, mais est-ce qu’une personne condamnée ferait un choix différent si on offrait de meilleurs soins de fin de vie aux mourants? Mourir dignement ne devrait pas vouloir dire mourir le plus vite possible.

Cette épineuse question est au cœur du malaise qui mine l’humeur du chirurgien-oncologue Marc Lamarre (Mani Soleymanlou), protagoniste d’Angles morts, la nouvelle série de Jacques Davidts et Normand Daneau Angles Morts. Avec l’aide de ses deux meilleurs amis (Guillaume Cyr et Pier-Luc Funk), Lamarre décide de financer un centre de soins palliatifs en rachetant les assurances vie de ses clients.

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L’équilibre entre la série policière à l’américaine et la réflexion philosophique est parfois périlleux, mais l’ambition et l’originalité d’Angles morts rendent à elles seules la série à la fois pertinente et intrigante.

La mort, la maladie et les choix de marde qu’on décide de faire

Au départ, le pari de Marc, Philippe (Cyr) et Lambert (Funk) semble on ne peut plus sûr. Après tout, s’il y a bien une certitude en ce bas monde, c’est que tout le monde finit par mourir et un oncologue est la personne la plus à même de savoir quand est-ce qu’un patient est susceptible de passer l’arme à gauche.

Saviez-vous que, même si la pratique de racheter une assurance vie à une portion du prix est certes immorale, mais pas illégale? Le coscénariste d’Angles morts Jacques Davidts a eu l’idée pour la série en voyant une annonce pour ledit service lors d’un voyage à Houston, au Texas. Vous l’aurez deviné, c’est exercé de façon beaucoup plus décomplexé chez nos voisins du Sud.

« C’est la même machination qu’avait mis en œuvre le personnage de Marc Messier dans la première saison d’Avant le Crash », a-t-il précisé à la table ronde de journalistes.

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Tout se passe bien pour notre trio de boys à la morale douteuse jusqu’à ce qu’un patient de Marc Lamarre cogne à leur porte et demande à encaisser son immense police suite à un diagnostic lui laissant quelques semaines à peine à vivre. Lorsque leur vache à lait disparaît avec une somme qu’ils ont dû largement « emprunter », le trio est soudainement confronté à la possibilité d’une mort qu’ils n’avaient pas prévue : la leur.

À cheval entre deux registres où la mort n’a pas du tout la même signification – la comédie noire et le drame –, Angles morts choisit la légèreté. Dans une esthétique bédéesque, le côté interlope prend le pas sur l’exploration des sentiments qui habitent Marc. Et c’est parfois frustrant parce que les blagues sur la mort sont frondeuses et très réussies, mais elles sont trop peu nombreuses.

Lors du premier épisode, sans minimiser le phénomène, une blague sur le suicide illustre à merveille la corruption morale de Lambert, qui mise avec un inconnu sur la possibilité que l’homme en crise ne saute pas du balcon.

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Mais Angles morts trouve son élan lorsque la dissonance entre les intentions de Marc et l’escalade de violence propre au projet est mise de l’avant. L’écriture de Jacques Davidts est à son meilleur lorsqu’il se permet d’être cynique et, surtout, de critiquer. Lourds en détails narratifs, les premiers épisodes d’Angles morts font justement briller cette écriture.

Photo fournie par: Karine Dufour/Radio-Canada
Photo fournie par: Karine Dufour/Radio-Canada

Être ou ne pas être Pier-Luc Funk

Même si certains affirment en avoir soupé de Pier-Luc Funk, le jeune comédien canalise ses forces dans le rôle de Lambert Lanthier, un enquêteur privé aux mille et unes combines foireuses visant à s’épargner le trafic sur l’autoroute du succès.

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Le langage corporel exubérant et le talent naturel pour le burlesque de Funk font de lui un choix parfait pour cette série qui semble beaucoup emprunter à Fargo et Breaking Bad. Une scène du deuxième épisode où Lambert doit soutirer des informations à une jeune réceptionniste démontre l’étendue des capacités de son interprète et l’importance d’utiliser l’espace quand vient le temps de faire un gag à teneur visuelle.

Oui, Pier-Luc Funk est partout. Je l’ai vu dans le métro pas plus tard que ce matin, sur une affiche promotionnelle pour Volkswagen où il jongle avec trois ballons de soccer aux couleurs d’Équipe Canada (come on, Volkwagen, ça fait deux mois que la Coupe du Monde est finie), mais ça ne veut pas dire qu’il ne mérite plus sa place dans notre culture. Peu de comédiens auraient pu interpréter Lambert Lanthier avec cette touche d’originalité un peu TDAH. Sans dire que Funk disparaît derrière son rôle, il est franchement difficile à haïr quand il joue les détestables.

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Angles morts saura-t-elle trouver l’équilibre entre originalité et lourdeur logistique de sa prémisse? Sommes-nous dans le Marlon Brando era de Pier-Luc Funk? Les cinq premiers épisodes sont disponibles dès le 24 septembre sur ICI TOU.TV et seront mis en ligne à raison d’un épisode par semaine pendant les cinq jeudis suivants.

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