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« Vestiaires » : décomplexée et inclusive

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur vos amis handicapés, mais que vous aviez peur de leur demander.

Par
Benoît Lelièvre
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Un tabou, c’est trop souvent entretenu par la pudeur.

Lorsque quelqu’un vit quelque chose qui le rend différent de la norme (comme, mettons, un handicap visible), on a trop souvent peur de lui en parler. Par peur de le froisser ou encore, on se dit simplement qu’il n’a pas envie d’en parler ou qu’il doit être tanné de s’en faire parler tout le temps.

Donc, lorsqu’un tabou a besoin d’être brisé, ça doit souvent venir de la personne qui en souffre. Ils ou elles doivent faire preuve d’ouverture, de proactivité, et même, d’un peu d’autodérision.

C’est exactement ce que nous offre la toute nouvelle série d’AMI-Télé Vestiaires, qui nous emmène dans l’univers des personnes handicapées avec une solide dose d’humour, de bienveillance et de blagues qui seraient très fucking malaisantes si c’était quelqu’un d’autre qu’une personne en situation de handicap qui la faisait.

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Intimiste et farfelu en même temps

À la base, Vestiaires est un concept français diffusé sur France 2 depuis 2011. Vous connaissez les séries Kaamelott et Bref, qui ont conquis le cœur du public à coups d’épisodes de trois minutes squeezés entre deux autres émissions? Vestiaires utilise exactement le même principe et c’est extrêmement populaire.

La version québécoise, importée par Dominic Sillon (la moitié du légendaire duo québécois Dominic & Martin) est composée de huit épisodes de 22 minutes mettant en vedette Stéphane (Sillon), Mike (Michel Cordey), Catherine (Charlie Rousseau), Charles (Jacques Poulin-Denis) et plusieurs autres membres d’un club de natation pour personnes en situation de handicap.

Vestiaires offre une distribution de personnages aux handicaps complémentaires qui s’entraident entre eux afin de garder leur indépendance envers les « normaux. » Ils sont fiers (parfois un peu trop), débrouillards, drôles et extrêmement attachants.

Autre que pour son casting, le plaisir que l’on ressent en regardant Vestiaires repose sur la très mince ligne entre l’imaginaire farfelu de Dominic Sillon et la réelle intimité des personnes en situation de handicap. Une intimité qu’ils et elles doivent souvent partager, faute d’être capables de pouvoir gérer leur quotidien seuls.

Le nerf de la guerre pour une série comme Vestiaires, c’est d’avoir des personnages mémorables et c’est mission accomplie pour Dominic Sillon!

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Vestiaires est à la fois une comédie charmante, efficace et une arme efficace contre les tabous entourant les personnes en situation de handicap en créant un espace fictif (et farfelu) où les personnages peuvent discuter des défis encourus par leur condition dans une atmosphère de bienveillance et de connivence, et ce, malgré notre regard à nous, les « normaux »! L’exercice est un peu didactique par moments, mais les personnages en ont intuitivement l’air au courant. Ça aide à faire passer les messages.

Je pense entre autres au personnage de Mike, sans aucun doute la star de la distribution, qui fait preuve d’une vulnérabilité désarmante tant par rapport à sa mobilité qu’à ses limitations ou à son image corporelle. Chaque personnage (ou presque) a éventuellement son moment de vulnérabilité, mais la douceur et la fragilité de Mike font de lui, à mon avis, le personnage phare de la série. On va se souvenir de lui longtemps. On va penser à lui lors de notre prochaine interaction avec une personne en situation de handicap.

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Cette médecine qu’est l’autodérision

L’usage de l’autodérision à de multiples degrés comme mécanique humoristique est un autre aspect de Vestiaires qui rend la série si rafraîchissante et facile à regarder.

Ça commence avec l’entraîneur du club de natation (joué par un Michel Charette dont on redécouvre l’immense talent humoristique), un homme hypercompétitif, obsédé par l’idée que ses athlètes ne sont pas vraiment handicapés. Dans un épisode, il essaie de « faire passer » le syndrome Gilles de la Tourette à une nageuse comme on fait passer un hoquet. La scène est tellement burlesque et surréaliste qu’elle fonctionne très bien comme analogie des personnes non handicapées qui ont l’impression que « ça prend juste un peu de détermination » pour vaincre ses limitations.

L’autodérision aide aussi Vestiaires à ne jamais tomber dans la dynamique d’affrontement.

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Par exemple, Charles est convaincu d’être un athlète d’élite parce qu’il compétitionne avec des gens plus hypothéqués que lui et Catherine et Valérie peinent à ouvrir un cadenas à cause de leurs limitations respectives. Tout le monde y goûte, mais c’est fait avec humour, légèreté et bienveillance. C’en est presque contagieux. On sort du visionnement d’un épisode avec l’envie de faire des blagues sur soi-même.

Seul le temps nous révélera si les épisodes de 22 minutes de Vestiaires feront la conquête du Québec, mais ça a commencé cette semaine et vous aurez droit à un épisode par semaine sur les ondes d’AMI-Télé le mercredi, à 20h.

Je vous conseille chaleureusement Vestiaires. C’est drôle, sensible sans être larmoyant et ça se regarde bien, sans vraiment avoir à suivre un quelconque fil narratif!