URBANUIT : un mois sans pornographie pour la première fois en 21 ans

Et j'ai découvert l'amplitude de ma paresse !

Je pense que j’avais 11 ans la première fois que j’ai été mis en contact avec de la pornographie. À l’époque où les modems utilisaient encore les lignes téléphoniques, j’étais avec un ami du même âge devant l’ordinateur du sous-sol. Comme à mon habitude infantile, j’allais taper l’adresse nintendo.com alors qu’il m’arrête et me suggère d’écrire « porno » dans AltaVista. Je me souviens lui avoir répondu: « Je m’en fiche! Je veux en savoir qui seront les personnages de Mario Kart 64!

Ça m’a pris quelques années avant de m’en servir pour assouvir mes besoins sexuels, mais c’était encore à l’époque où une vidéo prenait toute la nuit à télécharger. Depuis, j’en regarde sur une base presque quotidienne depuis 21 ans.

Alors que je m’étais donné le défi plus général de ne consommer que de la culture québécoise durant un mois (un article là-dessus sera d’ailleurs publié prochainement), je me suis demandé : « Est-ce que la pornographie fait partie de la culture d’un peuple? »

Rose-Aimée Automne T. Morin avait tenté d’esquisser une réponse ici.

De mon côté, j’ai trouvé la définition de culture selon le Larousse : «ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation, une civilisation, par opposition à un autre groupe ou à une autre nation».

J’ai conclu que oui, ces courts et longs métrages sont à l’image de leur peuple. Après tout, le hentai est produit dans un coin de la planète seulement. J’allais donc vivre un mois sans pornographie.

Oui, il y a de la porn québécoise et c’est… pas dans mes goûts. Alors tant qu’à me forcer à regarder des productions qui me semi-rejoignent, j’ai décidé de me couper complètement de la pornographie durant un mois. J’ai donc dit un dernier au revoir à Adria Rae et voici ce que j’ai appris:

C’est enraciné dans mon cerveau

Je ne bois pas de café dans la vie, mais j’ai cru comprendre que plusieurs personnes ont le réflexe d’avoir la séquence sortir du lit -> boire du café -> être réveillé. Et que sans l’étape intermédiaire du café, la dernière partie peut prendre pas mal de temps à arriver.

À force de voir des corps nus s’emboiter durant plus de deux décennies, mon cerveau a aussi développé ses propres réflexes: début de pulsions -> pornographie -> excitation sexuelle

Ces réflexes étaient tellement forts que j’ai été presque irrité sans cette option. C’est comme si je j’apprenais que je devais marcher pour me rendre à un endroit alors que j’ai toujours eu une voiture à ma disposition. Avec des chauffeuses privées (en passant, comment ça qu’il n’y a jamais eu de porn qui s’appelle Réchauffeuses Privées?).

Non seulement je me trouvais à devoir faire l’effort de piger dans mes souvenirs, la situation était aussi étrange parce que…

C’est weird d’être entièrement seul

Avec une partenaire, mes nerfs optiques apprécient fortement la compagnie de la femme en ma présence et mes nerfs auditifs me transmettent avec plaisir chaque changement de respiration. Virtuellement, mes yeux et mes oreilles étaient stimulés par les gentes dames de l’industrie depuis mon adolescence. Pendant le dernier mois, je me retrouvais… devant rien.

Le silence total avec aucune nudité devant moi était une situation inhabituelle.

Le silence total avec aucune nudité devant moi était une situation inhabituelle. Au pire du pire, lorsque ça se passait dans une douche, il y avait le bruit de l’eau qui coule. Mais là, rien.

J’aurais pu mettre de la musique, mais ça me distrait. Bref, non seulement c’était weird, mais aussi:

Je suis devenu paresseux

Comme je disais, j’étais habitué à ce que la pornographie me suggère des vidéos qui me permettent d’arriver aisément à mes fins.

Après plus de 7 665 jours à l’utiliser, c’était devenu un véritable effort de me mettre des images dans la tête par moi-même.

Mais est-ce un problème? J’en ai parlé avec Laurence Desjardins, sexologue membre OPSQ et ASQ. Elle m’a expliqué qu’un comportement est problématique en deux situations: si c’est illégal/amoral- n’impliquant pas un adulte consentant- ou si ça me nuit en devenant une nécessité.

Heureusement pour moi, je suis quand même «venu à mes fins» (huhu) sans ces vidéos. La sexologue m’a aussi expliqué que même si je suis devenu mentalement paresseux, comme ça n’interfère pas dans ma vie sexuelle en solo ou à deux, que finalement, ce n’est pas trop grave pour moi.

Mais tout de même, j’ai quand même constaté quelque chose de surprenant:

Plus de productivité!

Je ne pensais pas virer en mode workaholic dans cette expérience! Mais tantôt, lorsque je parlais de mes réflexes cérébraux, j’en ai omis un important: vouloir procrastiner -> pornographie -> excitation sexuelle.

Et ça, c’est vraiment plus difficile de procrastiner sans faire un tour par le Hub. Contrôler ses pulsions de base n’est pas aussi évident qu’on pense. C’est comme essayer de se donner envie d’avoir faim ou de dormir. Et je suis devenu trop paresseux pour partir la machine à froid, rendu là, tant qu’à faire des efforts, autant travailler! Donc, j’ai été plus productif!

Contrôler ses pulsions de base n’est pas aussi évident qu’on pense. C’est comme essayer de se donner envie d’avoir faim ou de dormir.

Malgré tout ça, j’ai aussi appris que même si la pornographie est un raccourci vers des minutes relaxantes, elle ne m’est pas toxique. Après tout, j’ai pu me débrouiller sans, même si je préfère quand même l’utiliser comme si c’était un genre de sex toy pour mes yeux.

Et j’ai hâte d’y retourner. Peut-être parce que je passe mes journées à écrire des choses sorties de mon imaginaire, mais si y’a un moment où je veux ne pas devoir me forcer la créativité, c’est bien durant ces moments de détente qui me servent à penser à rien.

Sur ce, mon mois est terminé. Je vais m’enfermer chez moi. Ça se peut que ça prenne du temps avant que j’en ressorte.

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