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Le mariage de Taylor Swift

Taylor Alison Swift Kelce, première du nom

Ils vécurent enfants et firent beaucoup d’heureux.

6 juillet 2026
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Ça fait deux jours que j’essaie de comprendre ce qu’on vient de vivre. Hébétée, j’ai confié mon désarroi à mon ami Hugo, journaliste, et Swiftie certifié. « Pour moi, c’est littéralement un rituel d’humiliation », m’a-t-il répondu.

D’accord, mais humiliation pour qui, au juste ? Pour sa Majesté Taylor Alison Swift Kelce, qui risque de prendre une méchante débarque advenant la moindre incartade de son roi consort, habitué des locker rooms ? Ou une humiliation pour nous, simples paysans, captifs de sa grande kermesse narcissique ?

Nous, loyaux sujets aux aguets, impatients que nous sommes d’apercevoir une main gantée agitée dans notre direction aux abords du Madison Square Garden, privatisé pour le bon plaisir de son Altesse ? Nous, pauvres gueux qui font défiler les images et les carrousels sur nos écrans dans l’espoir vain d’apercevoir ne serait-ce que l’ébauche d’une robe de mariée ?

Un exercice rabaissant pour toutes les parties impliquées : voilà ce que je retiens de cette union sacrée célébrée le 3 juillet dernier entre Taylor Swift, star mondiale de la pop, et Travis Kelce, joueur étoile des Chiefs de Kansas City.

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Un mariage royal aux allures de couronnement, qui a complètement éclipsé les festivités autour du 250e moribond des États-Unis. Du moins, si je me fie à ma chambre d’écho où médias et influenceurs ont relayé pendant 72 heures les maigres informations qui filtraient du camp Swift-Kelce, dont les invités étaient tenus au plus grand des secrets par l’entremise de téléphones confisqués et de NDA (non disclosure agreements) aux allures de pacte avec le diable.

America the Beautiful

Les quelque 1 000 invités du couple royal, parmi lesquels on comptait de nombreux acteurs-clés de l’industrie, savaient-ils qu’ils avaient été conviés en enfer ? Installés au cœur de l’été new-yorkais suffocant pour voir le rêve américain se consumer et le bon goût partir en fumée, tandis que les « oui, je le veux » étaient annoncés en simultané sur écrans géants ? Le tout pendant que Washington se parait de ses plus beaux atours en vue de sa belle noce renouvelée pour une 250e fois entre l’État et le peuple ?

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Remarquez à quel point les deux événements sont similaires en tous points, le mariage et le semicentiquincentenaire (merci, Google) : une célébration ostentatoire de l’Americana, d’un parcours grandiose, mais accidenté, qui s’écrit dans la vulgarité et la démesure. C’est confirmé, les États-Unis, tout comme Taylor Swift, sont capables du meilleur comme du pire.

Dans le cas de Swift, le meilleur, c’est sans doute cette histoire d’amour aux allures de comédie romantique, qui culmine avec un jardin de princesse conçu sur mesure dans l’aréna le plus célèbre des États-Unis, et Adam Sandler comme officiant (ce n’est pas une blague). Le pire, c’est sans doute les rues bloquées pour des milliers de New-Yorkais en plein week-end férié, le NYPD mobilisé comme garde du corps de la machine, les jets privés nolisés pour transporter des ultra riches endimanchés et l’Empire State Building réquisitionné comme accessoire pour la mariée. Her something blue.

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J’ai d’ailleurs bien ri quand j’ai réalisé que Taylor Swift avait en fait été upstagée quelques jours plus tôt par le stunt invraisemblable de ce couple de grimpeurs amateurs russes qui a fait le tour du web. Une prise d’assaut de l’Empire State Building qui s’est soldée par l’apparition d’une grosse banderole au slogan vaguement politique et une demande en mariage.

Je vous déclare peste et choléra

Je l’avoue, j’ai pris un malin plaisir à m’imaginer la déconfiture de la bridezilla en découvrant qu’on lui avait volé la vedette à 48 heures de son grand moment. D’ailleurs, vous excuserez l’emploi du terme « bridezilla », qui flirte souvent avec la misogynie, mais je pense qu’il est légitime dans le cas du mariage de Taylor Swift, tant tout ce qui en découle transpire le contrôle maladif et l’égotrip. D’ailleurs, remarquez que personne ne dit « le mariage de Travis Kelce », tant il semble étranger à tout ce cirque aux allures de fever dream d’une Disney adult.

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Mais Taylor Swift, malgré ses airs enfantins, est une femme âgée de 36 ans et son mariage est une dystopie. Je ne me ferai pas d’amis en disant ça, mais voilà : toute cette histoire ressemble à un grand bal organisé en plein cœur du Capitol — la capitale du monde moderne de la saga des Hunger Games —, pendant que le monde crève.

On a beaucoup ri, au cours des dernières années, des tendances mégalomanes des tech bros de la Silicon Valley, illustrées par des fusées-pénis, des injonctions étranges à la virilité et le mariage gargantuesque de Jeff Bezos à Venise. Disons qu’il serait plus que temps de conserver le même ton lorsqu’il est question de Taylor Swift, une milliardaire comme les autres.

Je m’adresse en particulier aux femmes qui m’accusent régulièrement de sexisme et d’acharnement sur leur coqueluche : je m’excuse, mais ça suffit. Parce que là, on assiste à un flagrant deux poids, deux mesures et vous le savez. Vous passez votre temps à essayer de dédouaner votre idole de toute critique légitime. Mais on sait très bien que si c’était une des femmes du clan Kardashian-Jenner qui avait osé monter une telle mascarade, vous l’auriez trucidée (avec raison) parce que dans votre tête, les Kardashian-Jenner sont synonymes d’indécence, d’excès et de superficialité. Désolée de vous l’apprendre, mais tous ces qualificatifs s’appliquent aussi à Taylor Swift.

Taylor Swift n’est pas notre amie. Taylor Swift est un concept.

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Entre le mariage outrancier de la starlette et le triste spectacle d’un combat de la MMA dans une cage érigée devant la Maison-Blanche quelques semaines plus tôt, il n’y a qu’un pas. C’est le revers de la même médaille, soit celle des États-Unis en pleine décadence civilisationnelle.

Oh, Taylor Swift a bien essayé d’édulcorer le tout : quelques heures avant la grande cérémonie, les médias de la planète, en contact avec ses relationnistes, nous informaient qu’elle et son promis avaient fait un don de plus de 26 millions de dollars à plusieurs œuvres de charité. N’en fallait pas plus pour faire oublier toutes les ressources siphonnées par le couple pour son grand jour.

Même Dolly Parton, une des bénéficiaires de ces dons, a fait une sortie pour saluer leur générosité. Une bénédiction venue de la papesse du country elle-même, une indulgence pour se laver la conscience, un geste pour rester dans les bonnes grâces des bonnes gensses un peu plus longtemps.

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@hotshotju

@Taylor Swift @Dolly Parton #baal #devil #symbol #library #2million AS DOLLY IS THANKING TAYLOR, DOLLY THROWS A DEVIL/BAAL HAND SIGN. WATCH CLOSELY

♬ original sound – HotShotJu

On ne peut que s’incliner devant cette savante opération de relation publique destinée à maintenir une couverture favorable du mariage et du couple pour les mois à venir. Du philanthropy washing que Machiavel lui-même n’aurait pas renié. À ce sujet, avez-vous vu l’ombre d’un article négatif au sujet de l’événement au cours des derniers jours ?

Pari réussi pour le clan Swift-Kelce.

Avec ce mariage, celle qui n’a jamais renié ses racines country ni son obsession pour les icônes comme Elizabeth Taylor a enfin fini d’écrire son propre mythe et officialisé son règne. La première dame des États-Unis, c’est Taylor Swift.

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La communauté de l’Anneau

Je n’ai rien personnellement contre la chanteuse de Love Story. Ce que je dénonce ici, c’est le système qui lui a permis de devenir le monstre qu’elle est. Un système qui repose en grande partie sur nous. Pour gouverner, les rois ont besoin de sujets, entre fans béats et détracteurs tout aussi obsédés (j’en suis). Si le mariage de Taylor Swift confirme une chose, c’est notre amour pour la royauté et l’autoritarisme. Nous aimons ces figures charismatiques couronnées par acclamations ou tradition. Nous sommes incapables de détourner le regard. La dystopie est en réalité l’aboutissement de notre faiblesse collective.

Tout le monde a une opinion sur le mariage de Taylor Swift parce que la chanteuse est le reflet de nos désirs, de nos ambitions, de nos limites. Aurions-nous été meilleurs à sa place ? J’en doute. Un tyran sommeille en chacun de nous.

J’ai l’impression que notre fascination tient à ça : le pouvoir corrompt et nous sommes subjugués par ceux qui ont la témérité de s’en rapprocher. C’est comme Galadriel (s’cusez, les références au Seigneur des anneaux sont omniprésentes par les temps qui courent, iykyk) qui jauge le pouvoir de l’anneau : elle sait qu’elle deviendrait une reine à la fois magnifique et terrible, adorée et redoutée. La différence, c’est que Taylor Swift n’a pas refusé le cadeau. Elle a enfilé l’anneau, et nous voilà tous à genoux, transis par sa sombre splendeur.

Une icône culturelle pour les gouverner tous.

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Les Américains qui se gargarise d’avoir montré la porte à la Couronne britannique sont-ils seulement conscients de l’ironie dans laquelle ils baignent ? Taylor Swift aurait pu sortir en carrosse du Madison Square Garden avec Travis Kelce et la foule les aurait acclamés comme une gang de simps.

La grande fête de Taylor s’est effectivement terminée avec des scènes de liesse, mais à la place des carrosses, des minivans blanches dépêchées vers la foule transportant une cargaison précieuse, un cadeau de la reine à l’intention de ses loyaux sujets qui ont attendu toute la journée dehors, cellulaire à la main : des restants de pâtisseries non mangées par ses invités.

Une façon bien à elle de dire : laissez-les manger de la brioche. Et nous, on en redemande comme des caves.

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PS On parie combien qu’une captation vidéo payante du mariage royal est en préparation ?

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