Logo

Suis-je trop pauvre pour avoir des enfants?

Un test de grossesse dans une main, une calculatrice dans l’autre.

9 juillet 2026
Publicité

Plus jeune, quand je me demandais si je voulais fonder une famille, ma réflexion s’orientait vers mon sens des responsabilités, ma tolérance aux couches sales et les sacrifices que j’étais prête à faire. Avec les années, lorsque j’ai voulu faire le choix de la parentalité (merci à mon horloge biologique pour le harcèlement), laissez-moi vous dire que la game avait bien changé.

Une vie relativement stable, un paquet d’amour à donner et un humour approprié pour les moins de 12 ans, ça devrait suffire, non? Pas sûre. J’ai beau être prête à donner un rein à mes enfants sans réfléchir, j’ai réalisé que j’aurais peut-être dû vendre le rein en question pour me permettre de les élever.

Alors, suis-je trop pauvre pour avoir un enfant? Deux enfants? Trois enfants qui jouent au hockey?

La parentalité est-elle devenue une question financière plutôt qu’émotionnelle?

Ce sont des questions difficiles, mais pas aussi difficiles que de trouver les moyens de payer huit semaines de camp de jour entre deux paiements de broches et une hypothèque.

Publicité

Une bouche de plus à nourrir, 3 fois par jour, pendant 18 ans = $$$

Selon Statistique Canada, un enfant coûterait environ 300 000 $ à ses parents entre sa naissance et ses 17 ans. En plus du siège d’auto et des cours de natation, on parle aussi du déménagement dans un logement plus grand ou de mettre des sous dans son REEE, par exemple.

Est-ce que les calculs incluent le coût des fraises hors-saison, des bottes qui font juste trois semaines et du 23e sac à dos perdu dans l’autobus? Est-ce que les statisticiens prennent en compte le fait que maman va mettre un frein à sa carrière et rusher à payer un service de garde en attendant d’avoir une place en CPE? En tout cas, moi, j’y pense!

Le malaise générationnel

Je crois que ce qui me heurte le plus dans cette réflexion, c’est à quel point notre génération ne l’a pas facile comparé à nos parents.

Publicité

J’ai grandi en écoutant les Simpsons, avec leurs trois enfants et leur belle maison rose qu’ils avaient pu se payer avec l’unique salaire d’un gars pas trop éduqué. Comment ça, aujourd’hui, la venue d’un bébé représente un tel stress financier pour de si nombreuses familles?

J’aurais pensé qu’avec des parents qui travaillent à temps plein, la question du poids financier d’un nouvel enfant ne se poserait même pas. Mais, je ne rêve pas, en même pas 10 ans, le prix des logements a augmenté de 25 %, celui des transports a augmenté de 31 % et celui des aliments, de 28 %. Donc, pour se reproduire en 2026, à défaut d’être riche, il faut être courageux et déterminé.

À partir de quel salaire « mérite-t-on » de devenir parent?

La voilà, la question qui tue.

Publicité

Je ne vous apprends rien si je vous dis qu’une rédactrice chez URBANIA ne gagne pas un salaire à 6 chiffres. Et pourtant, j’ai eu le culot de faire des enfants.

La plupart du temps, je me réjouis de la place de ma famille dans l’économie circulaire. Franchement, on est privilégiés car tous nos besoins de base sont satisfaits. Les trouvailles sur Marketplace et au Renaissance, les couches lavables et le meal prep sont mes amis. Et avec des enfants légèrement plus âgés dans mon réseau, je n’ai acheté aucun jouet ni aucun morceau de linge à mes enfants de moins de deux ans. En nous tenant loin de la surconsommation, j’évite le plus possible d’ajouter l’écoanxiété à mon anxiété financière.

Malgré tout, il demeure un petit sentiment de honte tout au fond de ma conscience. Est-ce que je leur offre vraiment le meilleur? Est-ce que je devrais me sentir mal d’espérer qu’ils ne rêveront jamais de jouer du basson ou de s’entraîner pour les Jeux olympiques? Est-ce que j’aurais eu les moyens de les soutenir s’ils avaient eu un problème de santé ou des défis d’apprentissage coûteux en temps et en argent?

Publicité

Les réseaux sociaux ne font rien pour aider, avec leurs familles d’influenceurs qui nous enfoncent la décadence et les voyages à Disney dans la gorge.

À quel point c’est cruel? Les finances pèsent maintenant aussi lourd que les rêves, les valeurs et la morale, dans la balance décisionnelle de fonder une famille.

La crise du coût de la vie est en train de transformer un désir humain fondamental en luxe.

J’aurais aimé conclure en disant que l’amour est tout ce dont un enfant a besoin pour grandir, mais, évidemment, ce serait mentir.

L’argent influence concrètement et quotidiennement la parentalité. Par contre, les familles qui en ont peu ne « méritent » pas leurs enfants moins que les autres. Elles vont simplement faire comme des millions d’autres avant elles : bricoler, s’arranger, en arracher, mais aimer leurs enfants autant que n’importe quelle famille aisée.

Au fond, la question qu’on peut se poser, c’est : est-ce qu’il n’y a que les riches qui ont le droit de fonder une famille sans galérer et culpabiliser?

Publicité
Commentaires
Vous voulez commenter?
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
ou
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi

Publicité
Publicité