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Stoner Stanley: le grand mystère de la communauté mémétique
Ceux qui ont connu le monde avant internet le savent: il fut une époque où les gens se racontaient n’importe quoi et vivaient très bien avec ça.
Avant que la totalité du savoir humain ne devienne disponible sur Google, on se contentait d’explications approximatives, de bonne foi et de mystères.
Avant que la totalité du savoir humain ne devienne disponible sur Google, on se contentait d’explications approximatives, de bonne foi et de mystères. Un peu comme à une réunion de Terre Plate Québec. L’information était difficile d’accès alors c’était socialement plus acceptable de se raconter des niaiseries comme celle voulant que Paul McCartney soit mort en 1966 ou que le gouvernement américain utilise des jeux d’arcade pour faire des expériences.
Ce genre de légende urbaine ne tient plus la route en 2020 et c’est une bonne chose, mais ça a quand même tué un peu la magie du monde. Bien sûr, j’idéalise : le web est aussi un vortex à bobards, mais au moins on a tous une encyclopédie dans notre poche et des sites spécialisés en détecteur de fausses nouvelles à portée de main pour nous aider à contredire oncle Lucien sur l’existence des chemtrails.
Bref, il n’existe à peu près plus de mystères assez opaques pour résister aux limiers du web. À l’époque des réseaux sociaux, c’est devenu impossible pour une personne de se cacher lorsqu’elle devient un meme. Impossible pour tout le monde, sauf Stoner Stanley:
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Stoner Stanley, c’est un peu l’abominable homme des neiges de l’internet. Personne ne sait exactement qui il est, où il se trouve ou qu’est-ce qu’il a fumé exactement. C’est ce qui fait la force et assure la longévité de ce meme: Stanley n’est pas une personne. Il est la personnification même de « 4h38 du matin après une criss de grosse soirée». C’est le meme qu’on envoie à son ami intoxiqué qui a de la difficulté à taper ses sentiments sur Facebook ou à un étranger sympathique, mais incohérent.
Il est la personnification même de «4h38 du matin après une criss de grosse soirée».
C’est une expression d’amitié tacite. Un p’tit coup de coude dans les côtes qui veut dire «va te coucher, l’gros» ou tout de moins «j’sais pas si t’es gelé, mais tu sonnes gelé en ta-». Étant donné qu’on ne connaît pas les origines de la photo, elle sera toujours emblématique d’un party qui finit relativement bien. Avec la face dans un sac de chips plutôt que dans la toilette ou dans un banc de neige.
C’est comme The Dude dans The Big Lebowski, mais en vrai.
Ce qu’on sait sur Stanley
Pas grand-chose.
Trop peu de gens le savent, mais il existe d’autres photos de la mémorable soirée de mon boy Stan (dont il ne se souvient probablement pas):
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C’était pas un accident hein? Notre boy avait définitivement consommé des substances illégales. Ma préférée est celle du haut avec la p’tite tache orange de la joue, qui trahit l’engourdissement de ses réflexes moteurs.
C’est purement de la spéculation, mais il a un petit air british. Vous trouvez pas?
On peut déduire quelques détails de ces clichés: l’absence de décoration sur les murs, le gros primer industriel et la propreté relative laisse croire qu’il s’agit d’une résidence pour étudiants. L’âge de Stanley ainsi que la tête de lit bon marché abondent dans le même sens. On ne se gèle pas la face à ce point chez ses parents et ceux qui le font dans un appartement minable sont (en général) beaucoup plus misérables que notre Bob Marley des highlands.
C’est purement de la spéculation, mais il a un petit air british. Vous trouvez pas?
Comme c’est souvent le cas lorsque le mystère plane en ligne, le monde s’est garroché pour le résoudre. Il y a tout d’abord ce gars-là qui prétend être Stanley et qui gère la plus grosse page Facebook 100% dédiée au meme:
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Plus près du pot aux roses, il y a ce jeune homme dont l’identité n’a jamais été confirmée:
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L’héritage culturel de Stoner Stanley
Il ne faut jamais toucher à quelque chose de parfait.
C’est normal de vouloir en savoir plus à propos des choses qu’on aime, mais la vérité est-elle plus intéressante que toutes les microfictions qui gravitent autour du personnage? J’pense pas. On ne parlerait plus du monstre du Loch Ness aujourd’hui si on savait que la légendaire photo de la créature était celle d’une bibitte gonflable destinée aux enfants ou l’ombre du bras de votre oncle Jean-Guy qui pratiquait son crawl sous-marin en 1948:
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Ce serait tout aussi regrettable de savoir que Stoner Stanley est un avocat écossais qui regrette chaque jour de sa vie de s’être bourré la face dans les biscuits au pot de son co-chambreur à l’université. Ce serait une lecture fascinante de 15 minutes dans The Guardian et un p’tit peu de culpabilité chaque fois qu’on met un caption drôle sur sa face de tannant.
On peut répondre à toutes les questions de l’univers (ou presque) avec Google. Il y a toujours quelqu’un d’assez crinqué et obsessif pour découvrir l’identité d’une vedette du web, mais c’est pas toujours la chose à faire. Si on veut garder la vie mystérieuse et magique, il faut laisser les gens manger leurs biscuits au pot tranquille et poster leurs photos sur internet sans avoir peur d’être découverts!
Longue vie à toi, Stanley! Qui que tu sois.