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Hide The Pain Harold: le meme le plus heureux sur internet
La une du Journal de Montréal du 14 mai dernier a fait jaser beaucoup de monde. Qu’est-ce que je raconte? Elle a fait exploser l’internet québécois.
Ou presque. En tout cas, elle m’a fait exploser le cerveau:
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Non, les Québécois ne sont pas SI passionnés par le déconfinement, la randonnée pédestre ou même le golf. C’est ce monsieur-là qui fascine les habitués du web ici comme ailleurs dans le monde:
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Ce monsieur au visage catastrophé, c’est Hide The Pain Harold. Un des memes les plus populaires et appréciés du web. Son sourire figé et son regard mélancolique ont conquis internet en 2011 et ont donné naissance à une myriade de déclinaisons humoristique de la même idée: ce n’est pas parce qu’on sourit qu’on est nécessairement heureux.
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Il existe autant de déclinaisons de ce meme qu’il existe de photos stock du personnage, la plus populaire étant celle où il semble apprendre une mauvaise nouvelle sur son portable avant de faire son meilleur sourire forcé à ses convives est de loin la plus populaire.
Parfois, on partage la douleur d’Harold et parfois on l’utilise pour partager la nôtre.
Ce qui est bien avec Hide The Pain Harold, c’est qu’il incite (généralement) à l’empathie et la bienveillance. Toute une génération de jeunes anxieux se reconnait dans sa crise d’apoplexie imminente. Parfois, on partage la douleur d’Harold et parfois on l’utilise pour partager la nôtre. Sa popularité coïncide avec l’avènement des réseaux sociaux depuis le début de la décennie. Il est la mascotte des gens qui mettent en scène un bonheur auquel ils ne croient pas eux-mêmes.
Comment un monsieur à qui on a arbitrairement attribué des sentiments et une identité est-il devenu le héros des millénariaux?
C’est une drôle d’histoire.
https://www.youtube.com/watch?time_continue=1000&v=FScfGU7rQaM&feature=emb_title
Un ingénieur hongrois à la retraite
Rien ne laissait présager à András Arató qu’il deviendrait un jour une vedette internationalement reconnue et le darling non consentant de Québecor. Surtout pas à cause de sa face. Ingénieur électrique de profession, il a passé plusieurs années à tripper sur sa profession et à devenir un expert dans un domaine ultra-niché: la lumière et l’éclairage sur les chemins de fer. Avant d’être Harold, Andràs était un geek passionné et sans histoire. En tout cas, sans histoire pour les gens qui ne trippent pas sur l’ingénierie.
À sa retraite, le bon Andràs a décidé de profiter de la vie et il est parti visiter la Turquie avec sa femme. Un voyage qui allait changer sa vie. Pas à cause d’une rencontre inspirante où d’un coup de coeur pour la côte méditerranéenne, mais par cette photo-là:
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Vous en conviendrez jusqu’ici que cette histoire est désespérément banale. Il n’y a rien de plus normal pour un retraité de vouloir voyager et de couvrir Facebook de photos en rentrant. Mais c’est à ce moment précis que c’est devenu plus grand que nature. Un ami d’ami l’a contacté après avoir vu ce cliché. Il travaillait pour un contrat de photos stock. Andràs était (apparemment) exactement le personnage recherché.
Lorsqu’on lui demande pourquoi il a accepté, Arató répond toujours la même chose: «on est tous un peu coquets quelque part et je ne suis pas différent des autres».
Lorsqu’on lui demande pourquoi il a accepté, Arató répond toujours la même chose: «on est tous un peu coquets quelque part et je ne suis pas différent des autres». Mais, András Arató n’est pas très bon pour faire les choses quand ça ne lui tente pas. Lorsque le photographe lui a demandé de sourire pour une photo, la magie s’est subitement installée.
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Six mois après la prise du cliché, Arató s’est lancé dans la recherche d’images sur Google pour découvrir de quelles manières sa sympathique tronche était utilisée sur internet. Il a été rapidement rassuré:
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Six autres mois plus tard (en 2011), Harold devenait immortel grâce à un concours Photoshop sur le défunt forum Facepunch auquel participait un utilisateur avec trop d’accès à iStock.
Non, mais cette histoire est horrible
Ouiiii… mais non. Au départ Andràs ne trippait pas trop sur l’idée qu’on se rappelle de son passage sur Terre à cause d’un meme, mais la persistance obsessive d’un internaute russe qui voulait qu’il dévoile son identité a donné lieu à la grande révélation sur Reddit en 2016:
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Arató se sent choyé de pouvoir vivre une nouvelle vie entouré de jeunes personnes. Il trouve ça pas mal plus cool de se tenir avec des jeunes que d’écouter les gens de son âge chialer à propos de leurs problèmes de santé.
C’est à ce moment qu’Andràs a décidé de changer son fusil d’épaule et d’assumer à 100% ce qui se passait. Il est devenu Hide The Pain Harold, une décision avec laquelle sa femme était violemment en désaccord. Cependant, qui dit célébrité dit commandites, publicités et revenus d’appoint pas mal alléchants pour deux retraités. Aujourd’hui, András Arató voyage partout dans le monde à cause d’Harold. Il est allé à Kiev faire un TedTalk pour raconter son histoire. Avant la pandémie, il s’est rendu en Colombie et au Chili pour tourner des commerciaux. Il a également une communauté Facebook de plus de 300 000 personnes qu’il alimente avec un enthousiasme contagieux.
Il a du fun, il fait de l’argent et expérimente de nouvelles choses.
C’est ultimement ce qui motive Arató à continuer d’être Harold. La retraite fait peur à plusieurs personnes. Lui, se sent choyé de pouvoir vivre une nouvelle vie entouré de jeunes personnes. Il trouve ça pas mal plus cool de se tenir avec des millénariaux que d’écouter les gens de son âge chialer à propos de leurs problèmes de santé.
La question demeure: est-ce que la une du JdM est un heureux accident du destin ou le travail d’un meme lord acharné? Le mystère perdure, mais ça se peut très bien que ce soit un accident. J’ai tapé old man coffee sur iStock et suis tombé sur cette image dès la première page:
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Il y a deux morales à cette histoire: 1) devenir un meme est un excellent plan de retraite et 2) les jeunes changent le monde à chaque génération qu’on le veuille ou non. On peut soit les détester et devenir le voisin get off my lawn ou leur tendre la main et accepter de suivre la vague. András Arató n’a pas décidé de devenir Hide The Pain Harold, mais il l’a accepté et tout le monde en est sorti gagnant.
On vous aime, M. Arató. Vous êtes le meilleur boomer au monde.