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Rêve de Californie
Je l’sais, on n’est pas supposé aller aux États-Unis depuis qu’on a cassé avec eux.
Mais quand j’ai eu mon accréditation pour le Festival Ohana, organisé depuis dix ans par mon héros/mentor/amant/guide spirituel Eddie Vedder en Californie, j’ai eu à faire face à un dilemme récurrent : mes convictions ou mon bonheur personnel ?
Le temps de crier Even Flow suivi de « yeeeahhh » bien sentis et j’étais déjà en train de magasiner un Airbnb pas trop loin du festival se déroulant à Doheny State Beach, à Dana Point.
Tout ça s’est fait vite, faut dire. On a reçu le feu vert il y a à peine deux semaines, ce qui m’a forcé à faire un peu de gymnastique pour caser un séjour californien de trois jours dans mon horaire d’influenceur de l’heure au Québec (ex aequo avec Médusa).
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Quand je dis « on », c’est que je pars à nouveau avec mon amie Gab, aussi (sinon plus) investie que moi dans la secte Pearl Jam. Je dis à nouveau, puisqu’on avait été ensemble à New York lors d’un road-trip pandémique pour voir Eddie en solo. Oui, c’est nous, les zigotos, qui avons attendu trois heures dans une ruelle juste pour voir notre chanteur préf’ nous envoyer de petits tatas avant de s’engouffrer dans un VUS.
Alors, nous y revoilà, mais cette fois, Gab est accréditée comme photographe. Un rôle qu’elle allait prendre avec professionnalisme.
La karaoké mobile
Avez-vous déjà eu l’impression d’être mort ?
C’est comme ça que je me sens depuis notre atterrissage à L.A. On dirait que tout s’efforce de me faire vivre mes meilleurs moments avant le grand trépas. Je me sens comme Nicolas Cage dans Leaving Las Vegas, mais sans l’autodestruction.
Cette sensation se décuple en tombant par hasard sur un chauffeur d’Uber qui possède un kit complet de karaoké à bord. Deux micros, un petit écran, des speakers : on a pu chanter une dizaine de tounes durant le trajet vers l’hôtel. Le gars avait l’air satisfait de notre interprétation de Islands in the Stream.
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Question de lui montrer ce qu’on fait de mieux au Québec, je lui ai ensuite livré un enthousiaste On jase de toi de Noir Silence. C’est plus facile à chanter que du Angine de Poitrine.
Notre chambre d’hôtel se trouve à Laguna Hills dans Orange County, à environ vingt minutes de char du site du festival.
On ne le sait pas encore, mais cette courte distance allait nous coûter une beurrée en frais de transport.
Mais le soleil brille, on enfile des shorts et on se dirige vers le Ohana Festival.
Ce soir, c’est Eddie Vedder & Friends qui domine l’affiche, après les prestations des vétérans Billy Idol, Bad Religion et Maná, entre autres.
À l’entrée, on reçoit nos accréditations avec la même face qu’un péquiste devant les derniers sondages avant de traverser une arche décorée de planches de surf sur lesquelles sont inscrits les line-up des neuf éditions précédentes du festival.
À mon grand désarroi de gars qui doit se contenter d’une rotation consistant en les deux mêmes t-shirts de Pearl Jam, la file devant le kiosque de merch s’étire trois fois plus loin que celle devant L’Avenue un dimanche matin.
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La foule converge vers les deux scènes principales. Un groupe que je ne connais pas se produit sur l’une d’elles.
La basse fait vibrer mes tympans, c’est malade et j’en reviens pas d’être ici, dans ce décor de palmiers que je vois depuis une décennie dans des stories Instagram.
Que dire de cette foule : un brin hippie et intergénérationnelle. Il y a des familles avec de jeunes enfants et des inconditionnels de Pearl Jam, aujourd’hui âgés dans la cinquantaine. Ensuite, les âges et les styles varient selon les groupes qui défilent.
Du botox et de bonnes causes
Direction la zone média, où Gab fait la connaissance de ses nouveaux camarades photographes. L’endroit est assez rudimentaire : une couple de tables de pique-nique, une roulotte pour recharger les appareils et le luxe d’une salle de bain pour échapper aux toilettes chimiques nauséabondes.
Par contre, aucun lounge VIP d’où voir les concerts. Je vais devoir jouer du coude parmi les mortels durant trois jours. Gab, elle, pourra accéder au photo pit durant quelques chansons au début de chaque set.
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L’ambiance est chill. Outre un kiosque de botox un peu WTF, on propose aussi une galerie d’art, une exposition photos et des tables rondes réunissant des figures de proue de la conservation de l’environnement, des écologistes, des chercheurs, des artistes et des surfeurs professionnels. Quelques ONG tiennent de petits kiosques pour promouvoir leurs missions, alignées à gauche, en phase avec les valeurs d’Eddie Vedder.
Ce dernier agit en bon hôte, sillonne son festival, se mélange à la foule et n’hésite pas à grimper sur scène le temps d’un duo avec un artiste moins connu pour lui donner plus de visibilité.
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Faute de le croiser, on a droit à des conférences du bassiste de Pearl Jam, Jeff Ament, ainsi que du guitariste virtuose Mike McCready. Gab a même pris une photo avec ce dernier, une deuxième à une vingtaine d’années d’intervalle.
Pour ma part, j’ai eu la chance de croiser Mike en 2005 à Québec au lendemain d’un concert. Comme mon téléphone n’était pas encore intelligent, le musicien m’a signé un autographe et je lui avais recommandé de visiter le Château Frontenac.
Salut, ça farte ?
J’ai ensuite couru vers la scène Tiki pour ne surtout pas rater Billy Idol, notamment pour capter un bout d’une chanson que ma fille aime, sûrement après l’avoir découverte sur TikTok.
Mission accomplie, je suis le meilleur papa après le père Noël et Dave Morissette, qui a l’air de faire Compostelle avec ses gars chaque année.
Je passe un bon moment avec Bad Religion aussi, le bras tendu sur American Jesus.
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Une clôture sépare le site de la plage publique et les nombreux surfeurs qui prennent les vagues d’assaut.
C’est dépaysant de voir des gens de tous âges se pointer avec leur planche de surf accrochée à leur vélo, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Ça doit être cool de vivre à Los Angeles, et pas juste parce que tout le monde ressemble à Brice de Nice et que ton gouverneur peut avoir déjà joué dans Un flic à la maternelle.
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Première ombre au tableau : le prix de l’alcool.
Une Corona coûte environ vingt-cinq dollars en devise canadienne. Pas de risque que je me mettre chaudaille ici, à moins de couper dans la merch ou les injections au botox (trop tard, je ressemble maintenant à un félin).
Pour fuir une réalité opprimante, pas le choix de nous rabattre sur le cannabis (légal en Californie). Comble de malheur, Orange est le seul comté qui n’a pas le droit d’en vendre dans ses dispensaires.
On doit donc commander d’un comté voisin et se faire livrer en char comme quand j’étais ado dans le parking du Canadian Tire de Saint-Eustache. Faut ce qu’il faut pour fixer le ciel en commençant des phrases par : « J’peux pas croire qu’on est seuls sur cette petite boule suspendue dans le cosmos qu’on appelle la Terre ! »
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Harvest Moon
La soirée va bon train, la météo est idyllique et une pleine lune flotte au-dessus des palmiers aux teintes rosées, gracieuseté de l’éclairage.
Plusieurs personnes se sont déplacées pour voir Maná, un groupe de rock alternatif mexicain qui cartonne en Amérique latine. La foule capote, danse et connaît toutes les paroles des chansons. Je reconnais l’une d’elles, Corazón Espinado, que le band avait enregistrée avec Santana. Ne cliquez pas ici, vous allez l’avoir dans la tête jusqu’à l’année prochaine.
Quand Maná quitte la scène, le public est chauffé à bloc (à défaut d’être chaudaille). L’excitation est dans le tapis alors qu’on attend Eddie Vedder & Friends, amis dont l’identité est encore inconnue.
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Gab me quitte pour aller retrouver ses collègues flambants neufs devant la scène. Comme la foule est compacte, je ne la retrouverai qu’à la fin du concert.
Derrière elle, à une cinquantaine de pieds de la scène, je suis assez bien placé. J’ai beau avoir vu Eddie Vedder plus souvent que mes enfants, je ne suis jamais assez vite pour obtenir des billets près du stage. Je capote juste à l’idée de suivre le concert en regardant la scène au lieu des écrans géants.
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Gab vit son rêve de son bord, croquant sur le vif le groupe qu’elle adule autant que moi à une distance de postillon d’Eddie.
Good for her, même si j’ai pas l’habitude des shows en solitaire.
Bon, pas si en solitaire, puisqu’au risque de passer pour Abeille Gélinas, il y a une énergie contagieuse dans cette foule remplie de gens qui partagent une passion commune. Des fans de partout, d’aussi loin que la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud. L’esprit de famille est palpable. Le gars à côté de moi, flanqué de son fils de vingt ans, me passe son joint pendant qu’Eddie gratte les premiers accords de Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town dans l’euphorie totale.
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Billy Idol se pointe ensuite pour interpréter I’m One de The Who, en duo avec Eddie.
La surprise
Je ne me suis toujours pas remis de la surprise qui nous attendait.
La portion « & Friends » de la soirée n’était nulle autre que les membres de Pearl Jam, accompagnés de leur nouveau batteur, Abe Laboriel Jr.
Méchant stunt, j’ai la gueule à terre. Le nouveau venu a un pas pire CV. Il joue entre autres derrière Paul McCartney depuis vingt ans.
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Bref, la foule transie réalise, le poing levé, qu’elle aura droit à deux concerts de Pearl Jam plutôt qu’un seul. Et si les irréductibles savent une chose, c’est que le band ne joue jamais deux fois le même concert. Sauf pour trois chansons, les deux shows auront des set list complètement différentes, excellentes dans les deux cas.
À nouveau, je ressens cette impression d’être mort tellement le premier show est malade, comme si le groupe cherchait à mettre de l’avant le savoir-faire de son nouveau batteur, qui a de grosses chaussures à enfiler après le départ de Matt Cameron l’an dernier.
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Le band enchaîne les chansons parmi les plus rapides de son répertoire, pour montrer qu’il est toujours dans le coup, alors que ses membres approchent la soixantaine.
Hail Hail, Do The Evolution, Lukin, Porch, Even Flow et même un rare cover de Sonic Reducer des Dead Boys pour couronner cette soirée magique.
Je pense encore avoir les poils de bras hérissés du moment où un grand rideau s’est détaché de la scène pour révéler la présence de la formation de Seattle qui a attaqué d’entrée de jeu Corduroy.
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Une fois la fête terminée, on évacue le site, un sourire niais étampé au visage et l’impression d’avoir vécu un morceau de l’histoire du band. J’ai raté le show de Pearl Jam à Verdun, mais j’étais là au unboxing de leur nouveau drummer à Ohana.
Je retrouve Gab par hasard dans la foule, qui a l’air d’en avoir sué une shot. La récolte a été bonne, ses photos sont malades.
L’ostie de tarification dynamique
Le bordel nous attend à la sortie. Outre le prix exorbitant de l’alcool, la logistique pour rentrer à l’hôtel est à chier.
Tous ceux qui ne sont pas en voiture se retrouvent à la merci des chauffeurs d’Uber se lâchant lousse sur la tarification dynamique.
Des prix pouvant atteindre jusqu’à 300 $ sont proposés pour un trajet de vingt minutes. Pour réduire les coûts d’un tel racket, pas le choix de prendre notre mal en patience dans le stationnement d’une station-service, en attendant que la tempête passe.
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Le deuxième jour s’avère plus relaxe. Aucun groupe ne m’intéresse vraiment, sauf Alabama Shakes, plus tard en soirée. Les Montréalais Men I Trust jouent durant l’après-midi aussi.
Le concert principal est un artiste country dont je n’ai jamais entendu parler (Tyler Childers), mais ça explique l’ambiance Saint-Tite qui règne, sans les seringues parce que les fans de Pearl Jam savent se comporter en public.
De grunge et d’eau tiède
Pendant qu’on se prélasse sur la plage en regardant les surfeurs, on entend au loin Eddie chanter Hunger Strike avec Stephen Wilson Jr.
On aurait beau courir, on n’aurait pas le temps de se rendre.
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Une twist n’attend pas l’autre. On se croirait à OD, mais sans les break ins. Quoiqu’au prix qu’on paye pour manger ou boire…
Ça explique sûrement pourquoi personne n’a l’air en état d’ébriété, sauf le gars qui sera évacué sur une civière le lendemain soir. Je m’attendais certainement pas à vivre ma fin de semaine la plus sobre des derniers mois.
Je vis de grunge et d’eau tiède.
Gab m’a bien vendu Alabama Shakes. Le groupe d’Athens est excellent, avec une petite touche motown et la voix puissante de Brittany Howard.
On quitte avant le show country pour casser la croûte chez Denny’s et attendre que les chauffeurs Uber calment leurs esties de nerfs.
C’est tellement débile qu’on finit par remercier les chauffeurs qui se déplacent pour 75 dollars (CAN), même si ça a tous les airs d’un vol.
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Mais bon, je l’sais que je vous ferai pas brailler avec ça. J’ai quand même pris l’avion pour assister à un festival de musique en Californie. C’est moins quétaine qu’un show de Céline, mais disons que ça se bouscule pas non plus au bureau pour que je publie ça. Ma boss, Rosalie, méchante comme toujours, aimerait mieux que je parle des élections ou de l’IA. « Tu peux écrire un texte, mais ça ne sera pas dans l’infolettre. Au bureau, personne n’était né quand t’as commencé à écouter du Pearl Jam. En passant, t’as engraissé et tu perds tes cheveux. »
Quel monstre. En même temps, Rosalie a raison. Ce texte a peu de chance de devenir viral. On salue les huit personnes en train de le lire. Ça achève, promis.
En mission pour finir
Pour la dernière journée, on a mis le cap tôt vers Ohana.
Aujourd’hui, je me suis investi d’une mission crissement nichée : voir Pearl Jam d’encore plus près que vendredi.
Un privilège pour lequel j’allais devoir me battre.
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On s’est donc plantés devant la scène principale vers 15 h, soit environ cinq heures avant l’arrivée d’Eddie et compagnie. 300 minutes deboutte dans une foule de plus en plus compacte, à ne pas pouvoir pisser ou acheter une Corona hors de prix au risque de perdre ma place.
Au moins, ça donne le temps de se faire des amis. Derrière moi, Tim assiste à son 22e show de Pearl Jame, sa blonde, Rachel, m’offre une pipée de weed, et devant moi, un père accompagné de sa fille me fait de gros yeux quand j’expire ma fumée en leur direction.
Tim a le même objectif que moi : voir son groupe préféré de proche.
La foule est multigénérationnelle. C’est ce qui arrive quand on enchaîne les Pixies (toujours aussi efficaces), Fontaines D.C. et Pearl Jam.
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Gros coup de cœur pour Fontaines D.C., un groupe irlandais que je ne connaissais pas. De l’ostie de bonne musique, portée par un charismatique jeune chanteur qui me rappelle Trent Reznor, ressemblance niée par notre réviseure qui n’écoute que du Nine Inch Nails.
La confiture sur le sundae
Plus que quelques minutes avant Pearl Jam.
Gab repart avec ses caméras, je ne vais la retrouver qu’une fois le festival terminé.
Au moins, je ne suis plus seul. J’ai Tim, Rachel, le papa bête, mais finalement cool, et des milliers d’autres fans finis comme moi.
Ma vraie famille, ma secte.
L’objet de notre culte apparaît sur scène sur un hommage à Glen Hansard, grand ami d’Eddie, décédé subitement il y a deux mois dans un banal accident de moto en banlieue de Dublin.
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Un frisson me traverse le corps dès les premières notes de Long Road. J’ai réussi. Ça m’aura pris 35 ans pour voir mon groupe favori d’aussi près. Je le mérite.
J’hallucine un eye contact avec Eddie sur Yellow Ledbetter.
La set list est à nouveau incroyable, portée par les Given to Fly, Dissident, Black et autres.
Sur Setting Sun, tout le monde est suspendu aux lèvres d’Eddie qui, fidèle à lui-même, improvise un discours sur l’importance de voter, d’aimer son prochain et de s’impliquer dans sa communauté.
« Si vous connaissez des gens égoïstes, dites-leur qu’il n’y a rien de plus égoïste que de donner, puisqu’on reçoit tellement plus en retour », conclut-il sous un tonnerre d’acclamations, avant d’attaquer à nouveau sa chanson. Mon gourou est plus fort que le tien.
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Je serre Tim sans rien dire. On s’est compris. En quittant le site, j’ai les oreilles qui bourdonnent.
Je flotte vers la sortie à travers la foule mouvante, comme en apesanteur.
Je retrouve Gab à la sortie, satisfaite.
On attend que les Uber baissent leurs prix près des toilettes chimiques.
On sera les derniers à partir.
De retour à l’hôtel, quelques fans placotent dehors. On se greffe à eux pour débriefer le show, le comparer au dernier qu’on a vu, déballer nos CV de fans, etc. Les gens sont cools, comme d’habitude.
On leur fait faux bond après nos Rhum & Coke.
Le réveil sonnera tôt pour nous envoyer à l’aéroport.
J’écris ces lignes à dix mille pieds au-dessus de Minneapolis, repoussant à dans une couple de semaines le moment fatidique où je devrai consulter le solde de ma carte de crédit. C’est pas gratuit, réaliser ses rêves.
Mais si je ne regrette rien de cette escapade financièrement déraisonnable, je suis bien conscient qu’elle n’est pas à la portée de tous.
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Bye Ohana, bye Eddie, bye Gab. Grâce à vous, cette fin de semaine restera gravée dans ma mémoire jusqu’à ma vraie de vraie mort. Pas celle du début de ce texte.
Pour ne pas oublier de profiter de tout, je laisse le mot de la fin à Glen Hansard et sa chanson The Song of Good Hope, reprise lors d’un vibrant hommage par Eddie au premier concert.
And you’re gonna need
All the help you can get
So lift up your arms now
And reach for it
And reach for it
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