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Une chose irritante en politique est l’injustice d’avoir à se défendre de ce que l’on n’a même pas dit. Quand on s’y habitue (la fameuse carapace), c’est qu’on est fini.
On ne devrait jamais s’habituer à l’injustice. Si un jour on en vient à avoir une carapace suffisante pour s’en balancer, c’est qu’on est dû pour autre chose. Je n’ai jamais pu supporter le spectacle de la période des questions à l’Assemblée nationale au cours de laquelle on se lance des faussetés de part et d’autre, mais où les gens continuent avec leurs questions ou réponses complémentaires comme si la question ou réponse principale n’était pas complètement en dehors de la track. C’est là qu’on comprend que la partie spectacle du parlementarisme actuel est trop grande. Pas le temps de rectifier des propos ridicules, on a une question ou une réponse prémâchée à servir pour le clip aux nouvelles. Pour ma part, quand on me fait dire des choses que je n’ai pas dites, je préfère corriger.
Retour sur le non scandale de mon précédent billet (Chers manifestants)
D’abord, j’y disais clairement, comme je le fais depuis quelques années, que je suis pour le droit de manifester, ayant moi-même participé à plusieurs grandes manifestations le 22 du mois, ainsi qu’à des marches nocturnes moins imposantes mais néanmoins impressionnantes, dont certaines étaient théoriquement illégales sous la Loi 12 de l’époque. Depuis le début, j’appuie les étudiants dans leurs revendications pour la gratuité scolaire balisée, pour ne nommer que cette cause. J’ai d’ailleurs déjà brièvement expliqué pourquoi dans un autre billet (Quand ça vaut trop cher pour ne pas être gratuit).
Ce que je voulais exprimer par contre dans le billet aux manifestants, c’est qu’il y a aussi d’autres façons de faire réfléchir les gens qui peuvent directement changer les lois, décider d’une baisse des frais de scolarité, légiférer pour imposer à une ville d’amender un règlement détestable, bref, changer le système. Ces gens sont à l’Assemblée nationale du Québec, que ça vous plaise ou non si un anarchiste sommeille en vous. Je sais que plusieurs organisateurs connaissent bien plus de méthodes de pression que moi, je parlais simplement de mon expérience à l’Assemblée nationale au sein d’un caucus qui finit toujours par réagir à l’envoi massif et systématique de messages, appels, ou visites touchant un sujet particulier. Ceux qui ont nié la chose en disant que de contacter un député ne sert absolument à rien ont peut-être plus d’expérience que moi dans un caucus d’élus, mais si c’est le cas vous devez être assez mauvais député pour trouver inutile de vous contacter.
Et qui a lu dans ce texte que je suggérais d’abandonner un moyen de se faire entendre pour en utiliser exclusivement un autre? Ou que j’étais en faveur du règlement P-6 de la Ville de Montréal alors que j’écrivais précisément l’inverse? Est-ce donc là une autre conséquence des compétences transversales en lecture depuis la réforme: on lit de travers?
Je considère, comme plusieurs lecteurs qui m’ont écrit, que 200 000 personnes dans les rues auront un effet certain sur la vision des choses de la part d’un gouvernement qui pense à sa réélection. Là où je suggérerais de varier les méthodes, c’est quand les manifestations sont beaucoup plus limitées, à quelques centaines ou dizaines de personnes, et que les gens au pouvoir peuvent se conforter en disant que ça demeure marginal. Oui, faites-les quand même (pacifiquement) vos manifestations, mais ne vous attendez plus à un renversement de gouvernement basé là-dessus. Je suis simplement réaliste.
Au fond, je suis parfaitement conscient de l’élément qui a le plus fait réagir dans mon billet. Le fameux paragraphe sur les oligophrènes. Je voudrais d’abord m’excuser auprès des oligophrènes. Je les considère trop intelligents pour lancer des briques et penser que ça fait avancer leur cause auprès de leurs concitoyens et du gouvernement.
À ceux qui se sont sentis directement visés parce qu’ils font effectivement de la casse dans les manifestations, que dire d’autre que: vous aviez raison de vous sentir particulièrement visés, vous l’étiez. Vous nuisez à la cause que des milliers de personnes soutiennent pacifiquement. Que ce soit pour les frais de scolarité, pour l’indépendance du Québec ou pour quelque cause que ce soit, les indécis ou la population en général ne sont pas convaincus par la violence ou les gestes d’éclat, ils se braquent. Surtout dans le genre de causes que nous défendons au Québec. On ne parle pas ici d’une dictature sanguinaire qui assassine les opposants au régime, on parle d’un système à repenser en profondeur pour qu’il fonctionne mieux pour sa population.
Je fais partie de ceux qui souhaitent ardemment ces changements (souveraineté, éducation gratuite, réappropriation de nos ressources naturelles, protection de l’environnement) et je déplore les gestes contreproductifs de ceux qui nuisent à ces causes. Ah, bien sûr, le commentaire arrivera sans doute de quelque part: « Aussant est paternaliste ». Si ça vous semble vraiment paternaliste de vous faire dire que du vandalisme ou de la casse aux nouvelles nuisent à votre cause, je doute de votre attachement réel à cette cause. RAPPEL: Je m’adresse ici aux casseurs. Les autres, on avance ensemble.
Il existe une citation célèbre qui dit qu’on peut être en désaccord avec une idée mais néanmoins se battre pour que ses partisans aient le droit de la promouvoir. Je trouve qu’un corollaire logique serait qu’on puisse être d’accord avec une cause mais déplorer sans équivoque les méthodes que certains utilisent pour la promouvoir.
Réponses en vrac
– « Aussant t’es du bord des autorités, un instrument de contrôle du peuple comme les autres politiciens de carrière ». Bon, j’ai quelques amis dans la communauté des humoristes, je leur ferai parvenir votre suggestion de blague (ne retenez pas votre souffle).
– « Les casseurs sont apparus uniquement parce que la police a été trop rigide ». Peut-être n’avons-nous pas la même lecture de la réalité. Certains policiers méritent clairement de retourner à Nicolet pour y recevoir quelques cours de relations humaines (ou de changer carrément de carrière) mais l’affirmation de départ est tout simplement fausse.
– « C’est naïf de croire que des envois aux députés peuvent avoir un effet ». Je répète que si vous avez une longue expérience de caucus, on pourra en jaser, mais sinon prenez donc ma parole que les caucus parlent des correspondances qu’ils reçoivent dès lors qu’elles sont minimalement volumineuses. Est-ce que ça marchera avec certitude? Sans doute pas, comme le reste.
– « La révolution c’est la rue ». Quand le peuple y est, oui. Et le peuple en ce moment, malheureusement, pense que l’indexation est une bonne décision (à tort selon moi). Comme on ne peut pas compter sur les élus en place pour vanter les mérites de la gratuité balisée, il faudra le faire nous-mêmes. Je ne dis pas de ne pas tenir (pacifiquement à nouveau) de manifestation, mais il faut aussi miser sur l’information pour faire changer l’opinion publique qui n’entend que le message du gouvernement sur l’indexation.
Je sais pertinemment que plusieurs personnes travaillent à la multiplication des méthodes pour faire avancer ce que nous défendons. Je les encourage d’ailleurs à poursuivre leurs efforts. Je voudrais simplement que nous ne soyons jamais les otages d’autres intervenants qui nuisent à nos causes tout en s’en prétendant de grands défenseurs, et qui accusent de mollesse tous ceux qui n’adoptent pas leur approche.
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