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Qui gagne perd…

Par
Maryse Deraiche
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L’obésité est le nouveau sujet à la mode. Nous sommes saturés d’émissions de perte de poids extrême, de conseils nutritionnels ou encore de dvd d’exercices réalisés par la toute dernière vedette « has been ».

De nos jours, si nous ne mangeons pas six portions de fruits et de légumes quotidiennement, si nous ne faisons pas trente minutes d’exercice soutenu ou si nous avons le malheur de fumer, nous méritons nos malheurs! Les polémistes radiophoniques s’en donnent à cœur joie en pointant du doigt et en jugeant un problème complexe en l’attribuant à une seule cause : les mauvais comportements individuels.

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À tout ceci je réponds « fuck you »! On dit qu’il ne faut jamais juger avant d’avoir marché un mille dans les souliers d’un autre. Je reprends ces sages paroles en vous disant : si vous n’avez jamais été obèse ou proche d’une personne obèse, gardez vos petites réflexions insipides pour vous!

Je me nomme Mariz, j’ai 31 ans, je mesure 5 pieds et 8 pouces, je pèse 145 livres, je suis blonde et belle! Il y a deux ans j’aurais plutôt affirmé ceci : « je me nomme Mariz, j’ai 29 ans, je mesure 5 pieds et 8 pouces, je pèse 360 livres, je suis obèse! »

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Comment la deuxième Mariz est devenue la première me demanderez-vous. Simple! Science et logique! En faisant expertiser, par des professionnels de la santé, un problème métabolique récurrent et en procédant à une intervention chirurgicale complexe, lourde de conséquences et encore expérimentale. Solution facile! Certains le pensent, beaucoup le disent et plusieurs me rendent malade…

Après trois ans d’attente, de rencontres avec mon médecin, mon chirurgien, ma nutritionniste, ma kinésiologue, après avoir assisté à plusieurs conférences données par des chercheurs en obésité, après avoir lu tout ce qui a été écrit sur le sujet, après tout cela, je suis sortie du bloc opératoire.

Solution facile, le pensez-vous encore? Lorsque votre intérieur a été brûlé, découpé, rebranché, recousu… Lorsque vous ouvrez les yeux et que la seule chose que vous souhaitez c’est qu’ils se referment au plus maudit parce que la douleur est insoutenable… Lorsque vous avez l’impression qu’un train vous a trainé sur des kilomètres, à ce moment même, vous croyez qu’elle était facile cette avenue?

Vous souhaitez connaître la première phrase qui est sortie de ma bouche après avoir été modifiée de l’intérieur? Bien sûr… Lorsqu’un infirmier est venu m’aider à me lever, trois heures seulement après l’intervention, je l’ai regardé, les yeux noyés de morphine, et j’ai dis : « si jamais un jour quelqu’un vient me dire que c’était la solution facile, je lui CALISSE mon poing sur la yeule ». Ma copine l’a trouvé pas mal bonne et elle a su que tout allait bien, que j’étais toujours en vie!

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Le portrait qui est peint des obèses n’est en fait qu’une partie de la réalité et moi, je ne m’identifie pas à cette réalité. Je ne me suis pas mise à engraisser à la suite d’un échec amoureux ou parce que mon père m’a violée étant enfant, je n’entretenais pas de rapports conflictuels avec la nourriture, je ne m’isolais pas dans un 2 ½ crasseux parce que j’avais peur du regard des gens, je ne m’empiffrais pas de « junkfood » toute la journée, je ne couvrais pas mon corps de vêtements trop grands… Quoi que je fasse, les kilos ne faisaient que s’accumuler avec les années. Pourquoi?

Malgré les régimes, l’entrainement physique, la restriction, je n’arrivais à rien. Tout ce qui augmentait, c’était mon sentiment de culpabilité et d’injustice. Malgré cela, j’avais une vie relativement normale! J’avais des amis, des amoureux, des amants, une vie sexuelle… J’allais à l’université même si les sièges étaient trop petits pour mon derrière, je sortais dans les bars et les soirées, je tentais de me réaliser malgré les regards. Vous savez, ces regards accusateurs qui me laissaient croire que mes difficultés corporelles m’étaient entièrement attribuées et que c’était « bien fait » pour moi. Ces regards de dédain qui me scrutaient des pieds à la tête. Ces regards, ces foutus regards! Lorsqu’ils étaient accompagnés de chuchotements et de rires, ils étaient sanglants! Malgré tout cela, je fonçais dans la vie! Je savais qu’un jour on me jugerait pour ce que je suis et ce que je fais et non pas parce que je prends deux sièges dans l’autobus…

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On éprouve rarement de la compassion pour les personnes obèses… Pourquoi se mettre à la place d’un obèse, il a juste à arrêter de manger!

Tu as une vie normale aujourd’hui me direz-vous. Peut-être, vu par des yeux extérieurs, mais je serai à tout jamais une obèse. Il y a deux côtés à ma médaille et je dois apprendre à accepter le revers. Je devrai à tout jamais « dealer » avec les regards. Ils sont différents certes, mais toujours existants, toujours aussi accusateurs… Lorsque je raconte mon récit, il y a certaines personnes qui me regardent comme-ci je ne méritais pas ma beauté. Pour eux, je ne ferai jamais parti des leurs, je serai à tout jamais la grosse qu’on méprise.

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Lorsque j’étais obèse, on ne pouvait s’y méprendre… Lorsque je faisais une rencontre, mon partenaire était parfaitement conscient qu’en enlevant mes vêtements, il y trouverait un corps gros et déformé. Maintenant, mon apparence devient un mensonge sans que je ne le veuille. Si j’effectuais des rencontres aujourd’hui, je n’aurais d’autres choix que d’en parler avant que les évènements s’enchainent, car la surprise serait mauvaise! Comment expliquez que même si je suis jolie, une fois nue je suis une toute autre personne? Et si je ne disais tout simplement rien… Quels types de réaction pourraient produire mes seins vides et mes cuisses flasques? À quel point est-on ouvert d’esprit?

Certains individus, adeptes du positivisme, me diront : « mais tu peux t’habiller où tu veux maintenant, tu n’as plus ce problème et tu peux t’asseoir dans un siège étroit». Vrai! Par contre, le bonheur ne se résume pas à ce que l’on perçoit. Mes os sont heureux, mon rythme cardiaque me remercie, mes articulations trépignent de bonheur, mais ma peau est triste…Elle est toujours là! Plus molle, plus plissée… Notre société nous inculque qu’une femme perd sa beauté au même rythme qu’elle accumule les années. Pour ma part, ma jeune beauté est un euphémisme. Ce n’est qu’une illusion d’optique. Il ne faut pas juger un livre à sa couverture.Vrai, tellement vrai! Ma couverture est magnifique, mais mes pages sont fripées, usées, elles ont été bafouées, pliées et même déchirées…

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Suis-je heureuse aujourd’hui? OUI! J’apprends à aimer mon nouveau livre, car malgré son apparence, il est rempli de force et de courage. J’aurai sûrement recours à la chirurgie esthétique un jour, mais même si je réussissais à accumuler l’argent nécessaire à la réparation de mon corps, je devrai tout de même apprendre à vivre avec ces blessures. Je suis de celles qui croient que la force et l’équilibre sont puisés dans le fait d’assumer qui on est, et cela, dans son intégralité. La grande question : « reproduirais-tu les mêmes gestes à la suite du résultat connu? ». OUI, sans hésitation! Il faut seulement être conscient que, comme dans tout, une action conduit toujours à des résultats inattendus et il faut être en mesure de les accepter.

Vous croyez toujours que cette intervention est une solution facile? Je mènerai un combat jusqu’à ma mort. Il est juste différent maintenant…

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Si vous souhaitez en savoir plus à propos de Maryse, visitez son site Pour y voir plus clair: marysederaiche.com

Pour lire «Apparences», le deuxième article de Maryse Deraiche sur Urbania, CLIQUEZ ICI.