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Apparences

Par
Maryse Deraiche
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L’obésité est une bataille! S’en sortir est une victoire! Lutter contre l’image est une guerre violente…

Je me nomme Mariz, j’ai 31 ans et je mène maintenant une nouvelle quête : l’acceptation du revers! Lorsqu’on tente de faire évoluer les mentalités, d’élargir les horizons, d’ouvrir grandes les portes de l’amour inconditionnel, on ne peut qu’en être transformé…

Je suis celle que vous avez vue dans les médias expliquer le pourquoi… Pourquoi avoir écrit cet article, pourquoi avoir fait ces photos, pourquoi? Pourquoi pas?! Il est vrai que l’on préconise souvent le confort de l’ignorance, mais cela nous aide-t-il réellement? Personnellement, je préfère l’inconfort de la réalité, il me nourrit mieux! Il me permet de déceler le beau dans le laid…

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À la suite de la parution de cet article, on m’a félicitée, on a salué mon courage, on m’a témoigné de la douleur, des blessures, du désespoir… On a voulu me venir en aide, on m’a filmée, photographiée, interviewée… WOW! C’est vrai que cette aventure est merveilleuse, mais… cette foutue médaille aura toujours deux côtés!

À travers cette mer de félicitations et de bravos se trouve une petite fille blessée par les kilos portés tant d’années… Qu’en est-il de cette petite fille à la suite de ces évènements? La jeune femme s’est montrée forte et déterminée, elle a encaissé les questions, les expositions, les sous-entendus, elle a défendu son point de vue et ses valeurs, mais la petite Mariz dans cette histoire, que lui arrive t-il, que ressent-elle?

Fébrile et nerveuse, je suis en route vers la clinique de chirurgie esthétique où m’attend une équipe de professionnels bien intentionnée – je l’espère… Voici venu le moment de faire face à la musique, aurai-je envie de danser?

Assise sur un fauteuil de bois massif qui transperce mes os proéminents et ma peau devenue si mince, j’ai l’impression d’entrer dans une autre dimension. Ce n’est pas moi qui se retrouve sur cette chaise ayant une conversation sur la forme de mes nouveaux seins… Moi, je flotte au-dessus de la pièce et je regarde la scène de l’extérieur. L’émotion ressentie est indescriptible! Le chirurgien, âgé, expérimenté, se montre gentil et amical et moi je suis là… muette, fragile, apeurée… Je l’écoute parler de ma reconstruction, des travaux à faire, des résultats envisageables, de mon nouveau corps, de ma nouvelle vie. Encore une nouvelle vie! Si tout le monde croit que cette reconstruction est nécessaire à mon bonheur, dois-je le croire aussi? La petite Mariz ne le trouve pas si laid ce corps, malgré ses défauts… Les défauts ont du caractère, les défauts racontent une histoire, les défauts sont beaux, non?! La petite Mariz a toujours vu son corps trop gros et à présent il ne l’est plus, n’est-ce pas suffisant?

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Passage à la salle d’examen afin d’évaluer le travail à faire. Mes pas sont lourds et hésitants… J’écoute les indications de l’infirmière et j’y obtempère de façon machinale, mécanique. À ce moment précis, mon esprit lutte pour ne pas flancher! Mes jambes fourmillent d’envie de se mettre à courir en dehors de cette dimension. Malgré cela, je me retrouve nue, assise sur une table d’examen avec un médecin mesurant mes diamètres, tâtant mes membres, analysant mon potentiel de reconstruction. J’étais là, ma vulnérabilité bien palpable, exposée à cette triste réalité. En réenfilant mes vêtements, mes yeux n’ont pu s’empêcher de laisser échapper une larme… Pourquoi étais-je en train de m’infliger ce supplice? Cela fait trois semaines que je crie haut et fort que j’accepte mon corps tel qu’il est, pourquoi suis-je donc ici? Est-ce la pression sociale qui m’a menée devant ce chirurgien? Est-ce moi?

Je me rassois à côté de l’ami qui m’accompagne, il me lance un petit clin d’œil d’encouragement et je prends alors conscience que mon malaise est manifeste. Je suis toujours aussi muette, moi qui suis d’un naturel volubile, quelque chose cloche!

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En bon chirurgien consciencieux qu’il est, un nouveau sujet de conversation est entamé : déchirures, perte de sensation, phlébites, saignements, embolies pulmonaires, infections, douleurs, MORT! Sauve-toi petite Mariz, cours, cours vite et ne te retourne pas!!!

Sur le chemin du retour, je ne pouvais cesser de réfléchir au terme « reconstruction ». Suis-je comme une maison faite de bois et de plâtre qui se doit de respecter des standards bien établis? Non, je suis une femme… de chair, de sang et d’émotions. Je n’arrivais pas à concevoir que mon bonheur devait absolument passer par le bloc opératoire.

À travers toute cette aventure, j’ai effectué un constat qui a transformé ma vision de la vie : le véritable enfer c’est la souffrance! La souffrance t’enferme dans ton corps, elle te paralyse, elle t’empêche de vivre, d’être vivante. Moi je veux vivre… Je veux vivre en santé… Je veux vivre en santé et heureuse! Je suis plus fragile maintenant, dois-je prendre tous ces risques pour une enveloppe? Ce qui importe c’est la lettre, non?!

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Et maintenant, que dois-je faire? Comment prendre les bonnes décisions? Quel était mon but dans tout ça? Je voulais défoncer des barrières, éventrer les préjugés et faire en sorte que le monde soit plus beau…

Il ne faudrait pas l’oublier petite Mariz…

Vidéo: Éleiade

Pour lire «Qui gagne perd», le premier article de Maryse Deraiche sur Urbania, CLIQUEZ ICI.

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