Qu’est-ce qu’ils veulent… les libertariens ?

Un voyage dans la tête de Maxime Bernier

Notre chroniqueur Pier-Luc Ouellet tente de comprendre le point de vue de gens avec qui il est en désaccord… et de répondre à la question « mais qu’est-ce qu’ils veulent? »

On entend de plus en plus parler des libertariens. Il y a des animateurs de radio qui se réclament libertariens à grands coups de collants « LIBERTÉ! » sur des bumpers de char. Il y a Maxime Bernier qui veut couper dans à peu près tous les programmes et services de l’État, y compris Radio-Canada (il veut la fin de District 31, pouvez-vous croire?). On dirait que de plus en plus de gens se réclament du libertarianisme.

Mais c’est quoi, en fait, un libertarien? Pour démystifier le tout, j’en ai parlé avec Maxime Rousseau, coordonnateur au Québec du Parti Libertarien du Canada et candidat aux dernières élections. Oui, tous les libertariens s’appellent Maxime, apparemment.

Liberté

La liberté est l’aspect le plus évident du libertarianisme. C’est dans le nom. Les libertariens trippent sur la liberté, mettons au moins autant que ta mère capote sur Guylaine Tremblay. Ils croient que les individus devraient pouvoir choisir de vivre leur vie comme ils l’entendent, sans se faire dire quoi faire par le gouvernement. Jusque-là, difficile de ne pas être en accord avec ça.

Mais eux ils sont vraiment, vraiment, vraiment pro-liberté. Y’a pas de mal de philosophes politiques qui s’entendent pour dire qu’il y a une sorte de compétition entre la liberté et l’égalité. Par exemple, si tu obliges tout le monde à payer plus d’impôts pour pouvoir donner de l’argent aux pauvres, tu fais peut-être progresser l’égalité, mais tu nuis à la liberté du monde qui est obligé de payer de l’impôt.

Si la plupart des partis politiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, se retrouvent quelque part au milieu du débat entre liberté et égalité, les libertariens, eux, sont #TeamLiberté all the way.

Si je vous demandais de me dessiner un libertarien, je me retrouverais sûrement avec un portrait de Maxime Bernier.

Le gouvernement qui finance des refuges pour itinérants? Contre la liberté. Obliger le monde à conduire des voitures qui ne risquent pas de leur exploser dans le visage à tout moment? Contre la liberté. Même les écoles publiques c’est contre la liberté : « Historiquement, les écoles, c’est des usines d’endoctrinement. Ça a été créé pour faire des citoyens qui ont à cœur l’État avant leurs propres intérêts. »

Si tu veux être libertarien, t’es mieux d’aimer pas mal la liberté.

Gouvernement

Si je vous demandais de me dessiner un libertarien, je me retrouverais sûrement avec un portrait de Maxime Bernier. Sauf que curieusement, ceux-ci ont un point commun majeur avec les anarchistes : une grande méfiance envers le gouvernement. De l’aveu même de Maxime Rousseau, du Parti libertarien du Canada, « se lever contre ce qui a construit le monde moderne, c’est-à-dire l’État, est un peu radical, c’est certain. »

Ils pensent que le gouvernement ne peut que devenir corrompu, et que ce n’est pas lui qui peut nous dire quoi faire ou ce qui est bon pour nous. Ils veulent donc le limiter à ses fonctions régaliennes. Les fonctions régaliennes, c’est les fonctions de bases traditionnellement associées à la royauté. Si vous vous dites : « Ouin, mais la reine, me semble qu’à fait pas grand-chose », Bingo! C’est exactement ça le point des libertariens.

Les spécificités peuvent varier, mais en général, les libertariens vont vouloir d’un gouvernement qui défend les frontières et qui s’occupe de la base, et qui perçoit les (minces) impôts pour accomplir ses tâches. Le reste du temps, les politiciens pourront ben faire des ba-byes en char allégorique, les libertariens s’en sacrent un peu.

Ils sont individualistes, et fiers de l’être.

En fait, pour M. Rousseau, l’idéal c’est des « communautés à grandeur humaine, un peu comme des communes », où les groupes prendraient localement des décisions pour leur communauté. Ajoutez à ça leur doctrine pacifiste (« la non-violence comme système sociétal ») et on se croirait à Woodstock.

Individualiste

Là si vous lisez ça, et que vous vous dites, ouin, mais me semble que les libertariens c’est rien qu’une gang d’individualistes, ben vous ne risquez pas de les insulter tellement. Parce qu’en effet, ils sont individualistes, et fiers de l’être.

Parce que pour eux, la meilleure façon de venir en aide aux plus démunis, aux groupes opprimés, aux femmes, c’est que tout le monde se mêle de ses affaires. Si tout le monde s’occupait de combler ses besoins, personne n’aurait besoin d’aide.

Bon, c’est une logique qui semble simple de même, mais qu’est-ce qui se passe pour ceux qui ne peuvent pas prendre soin d’eux-mêmes? Je veux dire, moi j’ai mes dix doigts et aucun problème de santé mentale grave, et si demain matin le dépanneur à côté de chez nous manque de ramen, je suis FUCKED. Fait que je m’imagine mal pour les gens qui ont des problèmes de santé envahissants, mettons.

Si tout le monde s’occupait de combler ses besoins, personne n’aurait besoin d’aide.

Les libertariens ont une réponse à ça, et vous allez voir que pour un groupe qui se méfie du gouvernement, ils font fucking confiance à la nature humaine. Leur réponse? La charité.

« Le Québec est l’endroit en Amérique du Nord qui donne le moins à la charité, parce qu’on pellette ça dans la cour du gouvernement tout le temps », explique Maxime Rousseau.

Ils croient que dans une société où les individus auraient une plus libre disposition de leur temps et de leurs moyens financiers, ceux-ci viendraient en aide à leurs concitoyens parce que spontanément les gens recherchent le bien-être de leurs proches et de leur famille.

Je suis peut-être un gau-gauche qui se fait accuser de vivre dans un pays de licornes, mais j’ai moins confiance en la nature humaine que Maxime Bernier, apparemment.

OK, c’était trop long à lire. En un GIF, qu’est-ce qu’ils veulent les libertariens?

Pour poursuivre la lecture : « La supposée fin des idéologies »

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