Germain Barre

Queerons notre lexique – PARTIE III

Une (pas si) petite introduction au langage LGBTIQA2S+.

Oh non. Nous sommes déjà rendus à la dernières partie de notre lexique (snif). Quoi? Vous n’avez pas lu la première et la deuxième partie? Allez on vous laisse quelques minutes pour le faire.

Ça y’est? C’est bon? On repart.

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Les termes suivants sont des adjectifs. J’veux pas voir de « les transgenres », nenon!

Cisgenre : Se dit d’une personne dont l’identité de genre correspond à son genre assigné à la naissance. Souvent écrit sous la forme raccourcie « cis ».

Transgenre : Se dit d’une personne dont l’identité de genre diffère du genre qui lui fut assigné à la naissance. On l’écrit souvent sous la forme raccourcie « trans ».

Le terme transgenre a largement remplacé le terme « transsexuel·le » dans l’usage. L’usage de « transsexuel·le » comme terme parapluie est souvent critiqué parce qu’il exclut historiquement les personnes non-binaires, met l’accent sur les procédures médicales alors que le fait d’être trans est 1) indépendant du choix très personnel d’avoir recours aux hormones et/ou à des chirurgies, et 2) parce que la portion « sexuel·le » tend à connoter une sexualité comme dans « hétérosexuel·le » alors qu’être trans est une modalité de genre et non pas une orientation sexuelle.

La forme raccourcie « trans » est particulièrement commune.

« Trans » ou « trans* »? Ma mère était comme « t’es pas vraiment trans*, c’est juste une phase » pis j’étais comme « non, mère, vous avez tort! », mais finalement elle avait raison et maintenant je suis « trans » sans l’astérisque. Blagues à part, l’utilisation de l’astérisque a été populaire il y a quelques années, mais a largement été abandonnée.

Transitude : Le fait d’être trans est dénommé transitude. Si le terme « transidentité » est commun en France, le terme « transitude » est préféré au Québec, puisqu’on est trans à cause de son identité de genre et de son genre assigné à la naissance et non pas parce qu’on s’identifie comme personne trans. Les termes « transsexualité » et « transsexualisme », c’est non de chez non.

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Non-binaire : Une personne non-binaire a une identité de genre qui est autre qu’exclusivement homme ou femme. Le mot « non-binaire » est utilisé tant comme terme parapluie pour tous les genres non-binaires que comme identité de genre spécifique. Les étiquettes non-binaires incluent notamment agenre (absence de genre), fluide dans le genre (qui varie dans le temps entre divers genres), bigenre (deux genres à la fois), demihomme (partiellement homme), demifemme (partiellement femme). Tant d’options! Mais, bon, juste savoir « non-binaire » c’est suffisant dans la majeure partie des cas.

Historiquement, le terme genderqueer était utilisé comme terme parapluie à la place de non-binaire. Toutefois, il est maintenant principalement utilisé comme identité de genre non-binaire spécifique.

Puisque la non-binarité est une question de genre, c’est-à-dire d’identité de genre plutôt que d’expression de genre, une personne non-binaire n’est pas nécessairement androgyne, mais peut avoir n’importe quelle expression de genre. Dans la même veine, toutes les personnes non-binaires n’utilisent pas de pronoms et accords neutres—e.g. « iel »—même si ceux-ci sont communs dans les communautés non-binaires. Moi, j’utilise « ille »—ça rime avec « quille »—avec des accords féminins.

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Intersexe : Se dit d’une personne ayant des caractéristiques corporelles à la naissance qui dérogent des traits associés au modèle sociomédical binaire « mâle » et « femelle». Le modèle sociomédical estime que certains traits viennent ensemble et déterminent notre appartenance à une de ces deux catégories—par exemple un « mâle » a des chromosomes XY, un pénis, des testicules, n’a pas de seins, et a un profil hormonal dominé par la testostérone—alors que les personnes intersexes ont des traits qui n’entrent pas tous dans une seule des deux catégories. Ces traits sont présents à la naissance, mais ne sont parfois remarqués qu’à la puberté.

Les personnes intersexes peuvent être des hommes, des femmes, ou des personnes non-binaires. Elles peuvent être cis ou trans.

Au Canada il est encore fréquent pour les hôpitaux de pratiquer des chirurgies n’ayant aucune valeur thérapeutique, répondant plutôt à des critères esthétiques hétéronormatifs, sur les bébés naissants intersexes. Le but? Leur créer des parties génitales considérées normales par l’institution médicale. Ces chirurgies sont souvent vécues comme des agressions sexuelles chez les personnes intersexuées et ont plusieurs conséquences courantes dont notamment une perte de plaisir sexuel ou de capacité reproductive. Ces chirurgies se font en violation des droits de la personne selon plusieurs organes et conventions de l’ONU et diverses organisations de défense des droits de la personne.

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Bispiritualité : L’experte bispirituelle Sarah Hunt définit la bispiritualité comme une identité culturelle et spirituelle pour les personnes autochtones qui « incarnent à la fois un esprit féminin et un esprit masculin ». Le terme, de l’anglais « two spirit », se veut traduire plusieurs termes autochtones provenant de diverses nations. C’est donc autant une étiquette individuelle qu’un terme parapluie pour cette diversité d’identités spécifiques. Ces identités spécifiques sont historiquement reconnues et honorées par certaines nations autochtone, notamment avant la colonisation, et ont un rôle social et spirituel défini à l’intérieur de celles-ci. Parce que la bispiritualité opère dans une vision du monde qui diffère de celle euro-américaine, la bispiritualité ne peut pas être décrite simplement comme une orientation sexuelle ou une identité de genre. Néanmoins, beaucoup de personnes autochtones trans et/ou queer sont bispirituelles dans la mesure où elles incarnent ces deux esprits.

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Faque c’est ça! C’est méchamment compliqué, hein? Mais on s’habitue vite, je le promets. Et c’est tellement un bon feeling quand les gens utilisent bien les termes. Ça me donne les larmes aux yeux. Alors allez, allez partager la Bonne Nouvelle avec le monde entier!

Merci aux activistes-expert·e·s qui m’ont appris toutes ces choses, merci à çauz qui m’ont aidée à réviser ce lexique, et merci aux personnes des communautés LGBTQIA2S+. Vous m’inspirez.

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