Germain Barre

Queerons notre lexique – PARTIE I

Une (pas si) petite introduction au langage LGBTIQA2S+

Il y a belle lurette – tsé, 2016 – URBANIA publiait un « Petit lexique des genres » qui contenait quelques définitions de termes tombant sous le parapluie LGBTQIA2S+. Sauf que bon, le vocabulaire, ça change vite. Les vieux termes reviennent à la mode, d’autres deviennent des « nope, jamais ». Julia Serano appelle ça le « merry-go-round » du langage activiste.

Ayant été témoin de roulements d’yeux et de soupirs la dernière fois que le lexique a fait le tour – et ça demeure un bel effort, j’veux pas basher, non plus – j’ai décrété qu’il était temps de faire une mise à jour.

Faque c’est là qu’on est.

Pourquoi c’est important si les termes changent? Déjà, ils ne changent pas tous. C’est aussi une question de respect : quand tu fais partie d’un groupe qui est souvent défini par les autres – tsé, l’homosexualité et être trans étaient défini comme des maladies mentales jusqu’en 1973 et 2013 respectivement – t’as le goût de te définir toi-même. Et quand les autres refusent d’utiliser les termes que nos communautés ont collectivement adoptés, c’est comme si on nous disait que les autres savent mieux que nous qui nous sommes.

C’est pas cool.

Alors avec toute ma sagesse en tant qu’Impérataire* Queer—autoproclamée, bien sûr—je présente quelques définitions qui, je l’espère, aideront à naviguer à travers le langage queer. Veux, veux pas, on pourrait facilement écrire plusieurs livres sur le langage queer alors les définitions présentées simplifient les choses. Mais même si certains choix ont dû être faits, j’ai néanmoins essayé de donner des définitions les plus inclusives possible.

Et parce que ça serait trop straightforward autrement – ce qui serait tout bonnement inacceptable dans un lexique queer – l’ordre est plus thématique qu’alphabétique.

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Asexuel·le : Selon l’Association pour la Visibilité Asexuelle, une personne asexuelle est une personne qui ne ressent pas d’attirance sexuelle. Le terme sert parfois de terme parapluie pour décrire l’ensemble du « spectre asexuel » qui inclut notamment les personnes demisexuelles et graysexuelles qui ne ressentent d’attirance sexuelle que rarement ou dans des circonstances particulières. Une personne asexuelle peut ou non désirer s’engager dans des actes sexuels ou entrer dans une relation amoureuse; c’est plutôt la question de l’attirance sexuelle qui caractérise l’asexualité.

Allosexuel·le : Une personne allosexuelle ressent de l’attirance sexuelle; c’est donc le contraire d’une personne asexuelle. Le mot a aussi été proposé comme synonyme de queer, sans trop de succès, mais cet usage est découragé puisque le terme existe déjà et se veut l’antonyme d’asexuel·le.

Aromantique : Une personne est aromantique si elle ne ressent pas d’attirance romantique aux autres. Comme pour l’asexualité, le terme sert parfois de parapluie pour un ensemble d’identités ayant en commun une absence significative d’attirance romantique. Une personne aromantique peut aussi être asexuelle ou non.

Gai·e : Se dit d’une personne qui est exclusivement attirée par des personnes du même genre. Le terme est aussi souvent utilisé pour se référer à l’attirance non-exclusive à une personne du même genre; le terme a une longue histoire d’utilisation inclusive des personnes bisexuelles, pansexuelles et queer et, encore aujourd’hui, plusieurs de ces personnes se disent gaies—dont moiiiiiiiiiiiiiii.

Lesbienne : Être lesbienne, en gros, c’est être gaie et femme. Alors les mêmes commentaires sur l’exclusivité s’appliquent. Petite note intéressante, le terme « lesbienne » provient du nom de l’île de Lesbos, lieu de résidence de la grande poétesse lesbienne Sappho. Tsé quand t’es tellement lesbienne que toutes les lesbiennes te doivent leur nom…

Hétérosexuel·le : Se dit d’une personne qui est attirée par des personnes d’un genre « opposé », whatever ce que ça veut dire. Par exemple, c’est-tu opposé à « gars », une personne non-binaire? Aucune idée!

Généralement on dit que non parce que la notion de genre « opposé » existe dans un cadre binaire, mais il faut savoir que certaines personnes non-binaires [NDLR On reviendra sur cette notion dans la 3e partie de notre lexique, stay tuned] s’alignent partiellement sur un genre binaire et donc peuvent fitter dans la notion d’hétérosexualité. Même chose pour gai·e et lesbienne.

Bisexuel·le : Se dit d’une personne attirée par des gens de son genre et d’autres genres.

Pansexuel·le : Une personne pansexuelle est attirée par des gens de tous les genres : hommes, femmes, personnes non-binaires.

Comme on le voit, la différence entre la bisexualité et la pansexualité est mince. On pourrait y voir deux façons de dire la même chose, de la même façon que « tout le monde », ça ressemble pas mal à « moi et le reste ». Les deux termes ont quelques différences pratiques : le terme « bisexuel·le » est plus connu et a derrière lui une histoire d’une bonne centaine d’années alors que le terme « pansexuel·le » est propice à la mise en premier plan des personnes non-binaires, notamment parce qu’il invite inévitablement des questions comme « hein? kessé ça? », ouvrant la porte à une explication. Ultimement, le choix d’étiquette est personnel. Les gens de tous genres peuvent être bisexuels ou pansexuels.

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Queer : Ça c’est le gros mot vraiment difficile. Déjà, c’est un mot qui a été emprunté à l’anglais. Et en plus il est utilisé de plusieurs façons différentes. Le sens le plus commun c’est comme toute orientation sexuelle autre qu’hétéro. Les personnes queer, c’est les lettres LGBQ de l’acronyme. Dans un autre sens, c’est toutes les personnes de l’acronyme : LGBTQIA2S+. Ce sens-là est moins commun, notamment parce que bien des personnes trans n’aiment pas trop se faire accoler une étiquette d’orientation sexuelle quand les gens confondent tellement souvent « être trans » et « orientation sexuelle ». Et dans le dernier sens – le sens le plus cool selon moi – c’est une politisation de l’identité sexuelle qui rejette les valeurs de la société cishétérocapitaliste. J’ai déjà fait la blague qu’une personne queer, c’est une personne pas straight qui est attirée sexuellement par le communisme. C’est pas exactement vrai, mais ça a une note de vrai. C’est aussi à cause de ce sens-là qu’on a des slogans comme : « Not gay as in happy, but queer as in fuck you! » Souvent, le terme est utilisé pour faire un flou artistique délibéré : est-ce que la personne qui se dit queer est gaie, lesbienne, bisexuelle, pansexuelle, autre? Elle ne veut peut-être pas le dire ou peut-être qu’elle ne le sait pas et s’en fout, dans le fond. (Tsé, encore comme moi. Coudonc c’est quasiment un lexique autodescriptif que j’vous écris, là?)

Voilà pour cette première partie. On se retrouve très bientôt pour la seconde.

Merci aux activistes-expert·e·s qui m’ont appris toutes ces choses, merci à çauz qui m’ont aidée à réviser ce lexique, et merci aux personnes des communautés LGBTQIA2S+. Vous m’inspirez.

*Un néologisme de genre grammatical neutre pour remplacer empereur/impératrice.

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