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Queerons notre lexique – PARTIE II
On poursuit aujourd’hui notre tour d’horizon des termes qui composent le lexique LGBTQIA2S+. Si ce n’est pas déjà fait, consultez la première partie ici, ça remet les pendules à l’heure.
Prêts? Allez, on continue!
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Identité de genre : Sentiment profond d’appartenance à un genre, quel qu’il soit. L’identité de genre peut se décliner de la manière suivante : homme, femme, ou non-binaire. La notion est aussi différente de la modalité de genre—le fait d’être cisgenre ou transgenre [NDLR Soyez patients bande de curieux, nous reviendrons sur ces termes dans la troisième partie de ce lexique!]. La modalité de genre, c’est le type d’homme, de femme, ou de personne non-binaire qu’on est.
Les personnes n’utilisent pas toujours les pronoms et accords qui sont habituellement associés à leur identité de genre. Il vaut mieux pas présumer! Si on sait pas quels pronoms et accords une personne utilise, le mieux c’est de les écouter parler. Vu que le français est genré, c’est souvent clair rapidement. Et si on ne sait toujours pas, on demande. C’est une question de respect.
Genre assigné à la naissance : Bah en gros, t’avais-tu un pénis ou un vagin quand t’es né·e. Catégoriser les enfants à partir de leurs parties génitales… Pensez-y deux secondes… Vous ne trouvez pas ça un peu creepy? Oui hein? On est bien d’accord. C’est encore pire quand la médecine est tellement attachée à cette catégorisation-là qu’elle va faire des chirurgies non consenties sur les enfants intersexes pour les faire violemment fitter dans une des deux cases.
Certaines personnes appellent ça le « sexe biologique », mais c’est erroné : le sexe biologique d’une femme trans est « femme », après tout! Pour des raisons qui devraient être plutôt évidentes—tsé, non seulement c’est un peu creepy, c’est très rarement pertinent comme catégorisation—c’est une notion à utiliser seulement lorsqu’absolument nécessaire.
Expression de genre : L’expression de genre d’une personne est l’ensemble de ses apparences et comportements tels les vêtements, manières, coupe de cheveux, etc. qui sont associés à un genre. On dit souvent d’une expression de genre qu’elle est féminine, masculine, ou androgyne. L’expression de genre est indépendante de l’identité et de la modalité de genre : une femme peut être masculine peu importe si elle est cis ou trans. Elle est aussi indépendante de l’orientation sexuelle, mais certaines personnes utilisent leur expression de genre pour signaler leur orientation sexuelle aux autres.
Genre : Le genre, c’est compliqué, surtout qu’il faut faire la différence entre la manière dont on devrait utiliser le mot et comment il est utilisé. Les philosophes appellent ça l’analyse méliorative versus l’analyse descriptive. Le problème avec la manière dont le mot est utilisé c’est que ça met l’identité de genre, l’expression de genre, le rôle social, l’anatomie, et le genre assigné à la naissance dans le même bateau, sans distinctions. C’est pas vraiment une avenue fertile quand on veut parler de façon moindrement nuancée ou encore quand on veut éviter de dire des affaires pas fines pour les personnes trans.
Alors comment devrait-on utiliser le mot? On devrait l’utiliser pour se référer à l’identité de genre d’une personne. Une femme trans, c’est une femme qui a été assignée garçon à la naissance. En passant, Assignée Garçon c’est vraiment une bonne bédé. Un homme trans, c’est un homme qui a été assigné fille à la naissance. Et les personnes non-binaire, c’est des personnes non-binaires, tsé.
Sexe : Voir « genre ». Même si plusieurs mouvements féministes ont précédemment proposé une distinction entre sexe—basée sur l’anatomie—et le genre—construction sociale—cette distinction a tendance à invalider les personnes trans parce que les termes sont utilisés comme synonymes dans la vie de tous les jours. Et le sexe c’est aussi une construction sociale, mais ça, ça devient vite compliqué alors on va passer notre tour pour aujourd’hui!
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Travestisme : Une personne se travestie si elle porte intentionnellement les vêtements associés au genre « opposé », soit une fille qui porte des vêtements stéréotypiquement masculins ou un homme qui porte des vêtements stéréotypiquement féminins. Les raisons de faire varient. La pratique est parfois sexuelle, parfois non.
Il est important de garder en tête que c’est un terme qui a certaines connotations épineuses. Déjà, il est trop souvent utilisé pour parler de personnes trans. Ça, c’est non. Juste entendre le mot peut donner un petit frisson à cause de ça, malheureusement. Le mot a aussi une connotation négative: « cette version contemporaine était un travestissement de l’œuvre de Molières », c’est pas un compliment. Pourtant, il n’y a rien de mal à s’habiller « comme une fille » si on est un gars ou « comme un gars » si on est une fille! Notre langue a tendance à refléter les préjugés de la société.
Drag : Pratique artistique qui consiste à l’adoption d’une expression de genre délibérément exagérée, souvent associée au genre binaire contraire du sien. Lorsque cette expression de genre est féminine, on parle de drag queen. Lorsque celle-ci est masculine on parle de drag kings. À cause notamment de l’histoire du drag—qui passe notamment par la ball culture des communautés LGBT Noires et Latinx aux États-Unis—et du fait que la scène drag est un espace plutôt propice à l’exploration, beaucoup de femmes trans sont ou ont été drag queen. De plus en plus de femmes cis pratiquent en tant que drag queen, aussi, et plusieurs hommes trans et personnes non-binaires sont drag king ou drag queen. Toutes les variantes sont possibles!
Voilà un peu de matière à réflexion pour enrichir votre vocabulaire. On se retrouve très bientôt pour la troisième et dernière partie de ce lexique!
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Merci aux activistes-expert·e·s qui m’ont appris toutes ces choses, merci à çauz qui m’ont aidée à réviser ce lexique, et merci aux personnes des communautés LGBTQIA2S+. Vous m’inspirez.