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Si vous suivez Survivor, vous savez déjà que c’est la stratégique et maternelle Kathrine qui a remporté la quatrième saison de la mouture québécoise de l’émission culte. Si vous ne le saviez pas encore, vous risquez de détester URBANIA comme au temps où Éric Duhaime écrivait pour nous.
À ma défense, ce texte s’adresse aux inconditionnels du show, à qui j’offre généreusement une saucette dans les coulisses de la finale. Ça se passait dimanche au Cirque Éloize, dans le Vieux-Montréal.
J’y étais avec une partie de la gang de journalistes avec qui j’avais fait le voyage au Panama cet hiver pour visiter les plateaux de Survivor. Un junket sur le bras, à condition de faire une grosse plog… euh de rapporter la vérité au sujet de l’une des émissions chouchous du Québec (la plus écoutée sur Noovo).
Pour la petite histoire, j’avais jamais écouté un seul épisode avant de m’y faire inviter. Six mois plus tard, me voilà endoctriné et j’éprouve les mêmes émotions envers le show qu’une poignée de survivants devant une pizza Oetker à croûte mince après des semaines de riz blanc.
J’étais donc pas mal starstruck de respirer le même air que les joueurs de la présente saison, mais aussi des précédentes. Surtout qu’on n’avait pas le droit de leur jaser au Panama pour éviter de les déconcentrer. Sans doute à cause de ma TROUBLANTE BEAUTÉ.
Une heure avant la finale, l’animateur Patrice Bélanger répète son texte dans une grande salle vide remplie de chaises décorées à la sauce tropicale. On a réservé des chaises pour Kathrine et Isabelle drette en face de la scène, ce qui me donne un indice sur l’identité des deux finalistes.
Patrice, flanqué de ses jumeaux, me fait un elbow punch sous prétexte d’un petit virus. Je propose de le remplacer si jamais il est trop malade, en y allant de mon imitation.
⎯ Et c’est comme ça qu’on joue à Survivor !
L’enthousiaste animateur n’est pas impressionné, se contente d’un rire poli. Dépité, je retourne me promener dans la salle encore vide.
J’y recroise quelques visages de mon escapade panaméenne, qui travaillent sur le show.
Francis, Antoine, Stéphanie, Iliade, Marie-Ève, et surtout, ma Julie, que je retrouve avec bonheur, en compagnie de sa fille.
⎯ Romy, voici Hugo, ton nouveau beau-père.
⎯ Salut. Noël, ça se passe le 24 chez nous cette année.
Près du bar, je spot le maire d’Amos Sébastien (saison 2), un paquet de monde de la saison 3 qui scandent « Kathrine! Kathrine! », puisqu’elle avait amorcé l’édition avec eux avant qu’une blessure ne la force à se retirer, sans oublier le vieux sage André, excité comme une puce de sable.
Je l’avais bien aimé, malgré sa surutilisation des mots « alliances de cœur ». J’en profite pour lui piquer une jasette. En me voyant, il me fait un gros câlin spontané. Il se ressaisit vite en réalisant qu’il me connaît fuck all. Il m’a peut-être confondu avec Ghyslain, classique.
⎯ Pis, André, ça te fait quoi d’être ici ?
⎯ C’est toujours un plaisir. C’est comme une grande famille, s’extasie André.
Il se décrit comme un rassembleur, au point d’organiser depuis quelques années des olympiades chez lui, à Entrelacs, avec plusieurs ex-participants, en souvenir du bon vieux temps et pour ramasser de l’argent pour une cause.
⎯ J’ai beaucoup d’amour pour ces gens-là, laisse-t-il tomber, avant de retourner réseauter.
Je tombe sur l’hirsute Stéphane, qui a troqué ses bobettes pour un complet bleu poudre. Le musicien qualifie de « facile » son retour à la réalité, après des semaines à dormir sur le sable.
Il ne conserve aucune amertume de son élimination de type blindside. « Quand tu sors du jeu, tu sors du jeu. Tu reviens sur Terre », philosophe Orange Lessard, qui ajoute avoir repris sa vie en main depuis sa sortie de l’aventure.
« Il me manquait un coup de pied au cul et c’est Survivor qui me l’a donné », confie celui qui calcule avoir abandonné 45 livres au Panama.
Au même moment, Simon (prix du public) passe en coup de vent près de nous. « Ne crois rien de ce qu’il dit », me glisse-t-il subtilement à la blague.
À bien y penser, c’était peut-être pas une blague.
Ma Julie débarque sur ces entrefaites en me demandant (m’ordonnant) de l’immortaliser avec Stéphane. Comme d’habitude, elle chiale sur la qualité de ma photo.
À quinze minutes du début de l’émission, Kathrine est sollicitée de tous bords. Je l’accroche dans un coin en la félicitant pour sa victoire (que j’ignore encore à ce moment, mais je suis rusé du crisse). Elle rougit aussitôt, confirmant mes suspicions. « La boucle va se boucler ce soir », se contente de dire Kathrine pendant que les gens prennent place dans la grande salle.
Je vais spoiler les journalistes sur mon échange avec Kathrine. Ces derniers, impressionnés, me regardent comme si j’étais Marie-Maude Denis.
⎯ Po-pour moi le vrai gagnant, c’est… c’est le public, hic, hic, commente ma collègue Catherine, à son deuxième gin tonic avant le générique d’ouverture. Elle y a droit, elle est en vacances depuis vendredi.
L’émission débute avec les ovations nourries de la salle. Je mange des côtes levées offertes par Scores dans une assiette en styromousse. Délicieuses et tendres à la fois. Pour cette pub gratuite, j’attends mon invitation pour OD Panama.
Pour arroser tout ça, je vais à mon tour me chercher un gin-tonic à 19 $, soit mon salaire horaire chez URBANIA.
Simon est aussi au bar, où deux madames l’accostent.
⎯ On t’aime, lui disent-elles.
Pis moi ? Rien. Pff. Qu’est-ce que Simon a fait de plus que moi, à part un peu de camping dans un pays chaud ? Quand tu feras du camping ici, mon chum, tu viendras me revoir !
L’émission bat son plein. À la surprise générale, Isabelle vient de gagner la dernière épreuve d’immunité. La salle applaudit à tout rompre. Pendant les pauses, Patrice réchauffe la foule en rendant hommage aux candidats tour à tour.
Si vous trouvez que l’animateur parle fort dans votre salon, ici, la teneur en décibels fait presque vibrer les murs de la salle.
Derrière moi, le légendaire chroniqueur télé Richard Therrien tape frénétiquement son texte pour le rendre à l’heure de tombée.
Pour ma part, je vais faire quelques photos floues pendant les pauses.
⎯ Bon, tu vas faire du terrain, raille Catherine, qui prend jamais mon travail full au sérieux.
L’émission reprend. Kathrine confie que son monde s’écroule à cause d’un slide puzzle. J’en parle immédiatement aux gens DE GAZA.
Isabelle doit choisir entre elle et Jean-Marie. Ce dernier est un bon Jack jusqu’au bout, refusant de jeter Kathrine sous le bus pour mousser sa candidature.
À la pause, au tour de l’énergique Alex d’avoir droit à son hommage de Patrice, qui souligne que le participant a été la première personne trans à se joindre à Survivor. « T’es producteur, mais le plus beau film que t’as produit, c’est le film de ta vie », louange Patrice, assumant ensuite son côté cheezy d’un « ouache » bien senti.
Après l’élimination de Jean-Marie, une partie de la salle se lève spontanément pour l’applaudir. Ce dernier se dresse à son tour pour les remercier.
C’est maintenant la scène du miroir sur l’écran géant, au cours de laquelle les deux finalistes décident de s’accepter comme elles sont après 40 jours sans se brosser les dents ou mettre du gloss. Bravo, les filles. Un bel exemple pour la jeunesse.
Place au moment de vérité : le dernier conseil de tribu où le jury doit déterminer qui, de Kathrine ou Isabelle, repartira avec 100 000 piastres.
Les couteaux volent pas pire bas, gracieuseté d’un jury qu’on sent amer depuis une couple d’épisodes.
Qui diable choisir entre Kathrine-t’as-eu-17-jours-de-pratique-l’an-passé et Isabelle-t’es-déjà-riche-t’as-pas-besoin-du-damné-chèque ?
Après avoir gossé le Québec avec ses faces de réactions dignes d’un vieux film de Chaplin pendant les conseils, Karol Ann a enfin le droit de poser une question, et non la moindre : pourquoi votre adversaire ne mérite pas de gagner ?
Kathrine est plus rough avec Isabelle que le contraire. Un léger malaise traverse la salle.
Le jury rend une décision serrée à 4-3 en faveur de Kathrine, qui l’emporte dans les effusions et les confettis.
En entrevue à chaud, Kathrine confie que le jury lui mettait de la pression pour qu’elle garroche Isabelle devant le bus, ce qu’elle a fait à regret. « Ça m’a fait tellement mal. Quelque chose s’est un peu brisé », admet-elle.
L’argent de sa victoire servira de coussin pour elle et ses cinq enfants. Un petit voyage, peut-être.
⎯Au Panama ?
⎯Non, y a trop de bibittes !
Un peu plus loin, Isabelle semble zen avec la décision du jury. Elle se dit fière d’être demeurée elle-même tout au long du jeu, en phase avec ses valeurs. « C’est beaucoup plus moi, Survivor, que Vie$ de rêve, mais les deux ensemble font la personne que je suis », résume celle qui a reçu des milliers de messages d’encouragement du public, qui l’a découvert sous un nouveau jour. « J’étais clairement la plus sous-estimée de la saison. »
Avant de partir, je croise un Jean-Marie fier d’avoir joué un jeu honnête. Peut-on remporter Survivor sans être croche ? « On peut faire 39 jours en tout cas ! »
Je quitte pendant que les participants trinquent et multiplient les selfies. À les voir, c’est peut-être vrai que c’est juste un jeu.
Même Stéphane a l’air d’en être revenu des osties de machettes.
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