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Coulisses Survivor

Ma semaine sur l’île de « Survivor »

Escapade au Panama dans les coulisses de la télé-réalité québécoise.

9 mars 2026
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Jour 1

Quatre heures du matin. C’est inhumain de se lever à cette heure-là, même pour aller dans un pays chaud.

C’est jour de Super Bowl. Je serais incapable de nommer les équipes qui s’affrontent, mais, comme on dit à OD Chypre, RAF*, puisque je pars au Panama visiter les plateaux de Survivor Québec.

*Rien à foutre.

Moi aussi, j’ai été surpris par cette invitation. J’avais même jamais regardé un seul épisode avant d’être contacté par Marie-Ève, pimpante boss des communications chez Productions J.

– Écoute la saison 2, m’avait-elle conseillé pour me mettre dedans.

J’ai pas été déçu.

André le vieux sorcier avec ses alliances de cœur, Kass et Ghislain les overachievers ou Olivier qui se la joue Lord of the Flies ; je l’avoue, je me suis laissé prendre au jeu, éprouvant un heureux dosage d’amour/haine envers les candidats luttant pour gagner 100 000 $, soit le quart de mon salaire annuel chez URBANIA.

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Transparence oblige, on voyage sur le bras, gracieuseté de la boîte de prod et du diffuseur, Bell. Dans le jargon journalistique, on appelle ça un « junket ».

En gros, on invite des médias pour promouvoir un film, un spectacle, une émission, etc. Les journalistes ont carte blanche et, à moins de surprendre la blonde du millionnaire (milliardaire?!) Luc Poirier en train de noyer des bébés jaguars dans le golfe de Panama, personne n’est à la pêche au scandale.

Photo courtoisie
Photo courtoisie

L’émission plaît, a de très bonnes cotes d’écoute (il s’agirait de l’émission de Noovo la plus écoutée), et, après trois éditions aux Philippines, se passe pour la première fois en Amérique centrale, ce qui est plus économique pour faire venir des journalistes.

Le taxi me dépose pendant qu’à la radio, George Harrison chante My Sweet Lord. L’hiver est rude, mais dans quelques heures, je passerai de -25 à 25. So long, motherfuckers!
Le taxi me dépose pendant qu’à la radio, George Harrison chante My Sweet Lord. L’hiver est rude, mais dans quelques heures, je passerai de -25 à 25. So long, motherfuckers!
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À la gate 44, je retrouve mes camarades de la prochaine semaine. Outre mon amie Catherine du 98,5, qui m’a texté deux fois au milieu de la nuit pour être sûre que je ne passe pas tout drette , il y a le ténébreux Étienne de La Presse, l’intemporel Richard du Soleil et le suave duo Phil/Yannick pour Pop! ou rien (une émission culturelle bientôt présentée sur Crave). Bref, tous des chroniqueurs culturels, sauf moi, seul journaliste sérieux au service de la vérité.

Pour couronner le tout, nulle autre que Julie Snyder, notre démone nationale, fébrile à l’idée de visiter pour la première fois le set de Survivor.

Je l’ignorais au décollage, mais Julie allait bientôt devenir ma personne préférée.

Alors que nous volons au-dessus de Burlington, elle s’accroupit dans l’allée pour entreprendre de me convertir au véganisme, au grand dam du personnel et des passagers qui veulent juste aller pisser ou passer avec leur chariot de bouffe.

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Julie – que je n’avais jamais rencontrée auparavant – s’avère sympathique, accessible et verbomotrice. Dommage qu’elle risque de se faire taser d’ici l’atterrissage.

Une fois arrivés au Panama, une jeune femme brandit une pancarte sur laquelle est inscrit Survivor. Une fourgonnette nous attend. Le soleil est radieux et je crève dans mes joggings. Étienne est déjà en shorts, tel un habitué des tout inclus. Comme il travaille à La Presse, il doit pourtant passer ses vacances en Italie comme tous ses collègues fortunés.

À l’hôtel de Panama City, c’est la pura vida.

Rien de mieux qu’une baignade entre collègues pour faire connaissance.
Rien de mieux qu’une baignade entre collègues pour faire connaissance.

– Toi, tu travailles pour quel média, tu m’as dit?

– URBANIA, un média destiné aux jeunes.

– Cool, cool… Mais t’as pas, genre, 60 ans?

– Euh… Ç’a pas rapport… Je… C’est dans la tête, l’âge… SLAAAAY!

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Julie me transfère par texto plusieurs articles et un discours anti-Trump du sénateur Claude Malhuret.

« T’as pas vu ça?! », me juge-t-elle sévèrement.

On va souper dans un restaurant perché au septième étage d’un édifice branché avec vue sur la mer. Bonne bouffe, mais le service est lent et Catherine mange ses bas, elle qui ne veut pas rater le spectacle de la mi-temps de Bad Bunny.

Par chance, dans une ruelle avoisinante, un bar extérieur diffuse le match sur un écran géant. Pendant la mi-temps, les gens dansent et capotent quand Bad Bunny nomme le Panama en énumérant les pays d’Amérique latine.
Par chance, dans une ruelle avoisinante, un bar extérieur diffuse le match sur un écran géant. Pendant la mi-temps, les gens dansent et capotent quand Bad Bunny nomme le Panama en énumérant les pays d’Amérique latine.

Au moment de m’endormir, j’ai oublié le nom de l’équipe qui a remporté le Super Bowl.

Les Bulls de Chicago, me semble.

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Jour 2

On doit se retrouver au buffet de l’hôtel à cinq heures et demie du matin pour mettre le cap vers les îles où se déroulent les tournages.

Moi qui pensais aller me pogner le beigne au chaud, c’est mal parti.

Une fourgonnette nous transporte au port où un traversier nous conduira à l’Isla Contadora, une île de l’archipel des Perles située dans le golfe du Panama. Avec une superficie de moins de deux kilomètres carrés et une population d’environ 250 âmes, sa démographie double certainement avec les touristes et les équipes des adaptations québécoises et suédoises de Survivor qui se la partagent.

Sur le traversier, on prend place à l’arrière, comme une belle gang de VIP.

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On accoste une heure et demie plus tard sur l’île, où j’aide une Julie vêtue comme Arthur L’aventurier à descendre la quantité de bagages que j’aurais si je partais dix ans.

– T’es consciente qu’on s’en va voir des gens qui dorment sur le sable et mangent juste du riz?

– Oui, oui, mais j’ai du linge chic, au cas.

L’île est paradisiaque. Il n’y a pas de chars et tout le monde se déplace en karts. Notre chauffeur nous laisse le sien, un engin spacieux qui pourrait passer pour le Cybertruck des voiturettes.

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Il nous dépose devant une villa, un endroit féérique avec vue sur la mer, où je vais loger avec Catherine et Richard.

Ceux-ci se garrochent évidemment sur les meilleures chambres. Pas grave, je passe la semaine dans un décor de carte postale.

On se rend d’abord à la cantine, ouverte chaque jour pour nourrir les équipes de Survivor. Un buffet de qualité respectable ouvert matin, midi et soir.

Patrice et sa famille y sont attablés. L’animateur nous salue chaleureusement, mais le reste de l’équipe se méfie de l’arrivée d’une gang de journalistes. L’omertà est de mise : les tournages sont amorcés et on sent que tout le monde marche sur des œufs.

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Après le lunch, on nous invite à un tour de table incluant Julie Snyder et Patrice Bélanger. Une activité classique, m’assure Catherine, qui a été plus souvent à Cannes que Xavier Dolan.

Quelques secondes suffisent pour comprendre que ce dernier est un fan fini de Survivor, lui qui s’est tapé la cinquantaine de saisons américaines.

Julie m’a d’ailleurs montré un texto de l’animateur manifestant son grand intérêt, reçu quelques minutes à peine après l’annonce de l’adaptation québécoise de la télé-réalité.

Il trippe tellement sur le show qu’il mange un repas par jour en solidarité avec les participants.

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Au fil de la rencontre, on apprend que le Panama était dans la mire des producteurs depuis belle lurette. « Pour la post-prod, c’est plus simple que les Philippines. On est dans le même fuseau horaire », explique le producteur exécutif Francis Laforêt, soulignant l’intense logistique de faire travailler une centaine de Québécois et une cinquantaine de Panaméens six jours par semaine durant plus de 40 jours.

« L’hôtel a été revampé et réouvert pour accueillir la production. Ça stimule l’économie. Les locaux veulent nous plaire », ajoute-t-il.

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Côté cash, on nous assure que l’émission fait des miracles avec des miettes, si on compare avec les budgets américains. « On a une entente depuis trois ans avec la Suède pour une coproduction. On se partage les challenges et les idées», note la démone.

Malgré ces aspects positifs, la production révèle devoir composer avec une mer agitée et des marées plus imprévisibles qu’aux Philippines.

Quant au contenu de la saison en cours, c’est silence radio autour de la table, où tout le monde échange des regards appelant à la prudence face aux maudits journalistes divulgâcheurs. On a cependant pu arracher un peu de tea sur Isabelle Gauvin, vedette de Vie$ de rêve, sans savoir si elle était toujours dans le jeu. « Elle a fait son audition comme tout le monde. C’était une candidature intéressante pour nous, bien sûr, mais elle n’a pas eu de passe-droit », assure Marie-Ève Brassard, productrice au contenu, pendant que des avions décollent et atterrissent dans un vacarme assourdissant sur le tarmac d’une petite piste avoisinante.

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Des épreuves homemade

À une extrémité de l’île, près des ruines d’un ancien complexe hôtelier, Antoine Laurier, le directeur artistique derrière la conception des épreuves, nous propose une visite de son atelier.

Ça grouille de monde. « Tous les décors et toutes les épreuves sont fabriqués à la main », souligne Antoine. L’équipe suédoise travaille côte à côte avec l’équipe québécoise. Justement, une Suédoise me donne de la marde quand je propose à Catherine d’enfiler un collier d’immunité trouvé sur une étagère, le temps d’une photo.

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Je croise deux Panaméens en train de peindre des décors pour la mouture québécoise. « C’est très coloré, chez vous. La Suède préconise des teintes de bois plus rustiques », analyse Paulo, qui travaille en écoutant des vidéoclips sur son cell. « J’ai une compagnie de rénovation à Panama City, mais je viens travailler ici pendant les tournages. C’est payant et ça stimule l’économie locale », fait valoir de son côté Élie.

Les retombées économiques sur l’île se font également sentir dans les rares tiendas et restaurants de l’endroit, à commencer par la Casa Tortuga, un restaurant italien populaire où manger et boire un verre après la job.

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C’est aussi là que se termine la soirée en mode off the record avec Catherine et Julie.

Jour 3

« CHALLENGE DU JOUR : je vous mets au défi de ne manger que du RIZ. ;) »

Marie-Ève Dutrisac, notre G.O. de la semaine, nous invite à faire l’expérience d’une journée dans la peau des participants de l’émission, sans les irritants comme la fatigue, les tensions et le manque d’hygiène, bien sûr.

Comme je suis le seul vrai journaliste terrain au Québec, je me lance dans le défi riz avec l’enthousiasme de Trump dans un conflit qui ne le concerne pas.

« C’est le déjeuner! », gronde un cuistot de la cantine quand je lui fais remarquer qu’il n’y a pas de riz au menu. Fuck, j’ai faim.

À table, je jeûne pendant que tout le monde me mange dans la face avec une absence totale de solidarité.

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– Moi, ça fait deux fois que je me ressers, me nargue Richard, un homme sans scrupule.

Même chose pour Catherine, habituée à vivre dans l’oisiveté.

– Chez Cogeco, on déjeune au caviar, d’habitude!

La chaleur est déjà écrasante. On se dirige en kart vers la marina où sont ancrés de petits bateaux qui font des allers-retours entre les îles du matin au soir pour transporter les équipes.

La logistique est impressionnante. Sous un chapiteau, une carte virtuelle permet de suivre la trajectoire des bateaux à l’aide de balises GPS. Avant le départ, le producteur Francis Laforêt explique ce qui nous attend.

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« Là, on s’en va sur l’île principale des épreuves. Un défi est prêt pour la journée, un autre est en cours d’installation pour demain et un autre en test pour l’après-midi. Trois sont toujours en roulement », explique-t-il.

L’île des épreuves est à environ vingt minutes de bateau. À bord, faut s’accrocher parce que ça bardasse.

Une fois sur la berge, le sable nous brûle les orteils. On nous entraîne dans la jungle, où la production a érigé quelques tentes de fortune à l’ombre des palmiers, des installations rudimentaires d’où nous pourrons suivre le déroulement de l’épreuve. Pour un œil profane, ce mariage forcé entre la technologie et la nature a quelque chose d’absurde.

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Sur un écran sont réunis tous les angles de caméra qui capturent l’action. Pour ne rien spoiler, je ne pourrai m’étendre sur l’épreuve qui aura lieu aujourd’hui, mais mes collègues et moi pourrons y assister en direct et voir pour la première fois les participants.

C’est Marie, gardienne sacrée de l’embargo, qui doit s’élever comme un rempart contre Julie, sa propre boss, qui milite en faveur de la liberté de presse. « Come on! Ils [les journalistes] pourraient rencontrer les candidats et leur demander de quoi ils s’ennuient le plus entre du papier toilette et une douche. »

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Marie, d’un calme olympien, tient son bout. Coincés entre elles, mes collègues et moi trouvons ce ping-pong entre collègues rigolo, mais on ne va rien spoiler*.

*Payez-moi deux bières et je vous révèle TOUT.

Tout ça pour dire qu’on va suivre cette épreuve en direct… des écrans de la tente sous les palmiers. C’est le mieux qu’on puisse faire pour ne pas se ramasser dans les shots des nombreux caméramans déployés autour de l’aire de jeu.

Patrice nous amène toutefois sur place avant le début de l’épreuve pour prendre le pouls.

« Là, vous avez droit à quelque chose d’inédit dans l’histoire de Survivor », chuchote l’animateur lorsqu’une régisseuse l’informe de l’arrivée des candidats.

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Là, sur la plage, les deux équipes s’amènent à tour de rôle, en file indienne, une main sur l’épaule de la personne en face, un bandeau sur les yeux. Ils sont guidés par un membre de la prod. Les joueurs ne doivent pas pouvoir s’orienter ni développer des repères, alors on procède ainsi depuis toujours, explique Patrice Bélanger, fébrile comme un enfant dans un carré de sable (ce qui est ici littéralement le cas).

Rarement vu quelqu’un tripper autant sur sa job. Pas mes collègues d’URBANIA, en tout cas, qui ne font que parler de jogging, de chiens et de féminisme.

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Vêtements en haillons, barbes hirsutes, maigreur extrême : les joueurs semblent revenir de la guerre. C’est d’ailleurs le cas, et elle est encore loin d’être finie.

On nous chasse du plateau. Le jeu a l’air compliqué et s’étire sur une distance impressionnante avec des étapes sur l’eau et sur la terre.

On regagne notre place sous la tente en compagnie de la famille de Patrice, dont les jumeaux suivent scrupuleusement chaque étape.

Les joueurs retirent leur bandeau.

Silence sur le plateau, on tourne.

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Patrice les accueille et amorce la discussion en prenant des nouvelles des participants à tour de rôle. C’est dur à suivre pour nous, puisqu’on raconte une histoire que personne ne connaît encore.

« J’en reviens pas comme ils ont l’air brûlé! », s’exclame Julie en voyant les binettes ravagées des candidats.

Photo courtoisie
Photo courtoisie

Étienne, lui, pose toujours les vraies questions : « Est-ce qu’ils puent? »

Oui, répond Francis du tac au tac, décrivant un mélange de sueur, de fumée et de manque d’hygiène généralisé.

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La gestion du caca retient aussi beaucoup l’attention des journalistes. Faut dire que l’absence de toilettes sur l’île préoccupe pas mal Catherine et Richard. Plus que Julie, en tout cas, qui n’hésite pas à s’enfoncer dans la jungle pour aller pisser. Après plusieurs minutes sans nouvelles, je fais part de mes inquiétudes à Marie.

– Coudonc, Julie s’est clairement fait attaquer par un Boa constricteur!

Espérons que lui aussi est végan.

Francis nous explique que les participants chient dans l’eau ou se creusent un trou dans le bois. Pas de papier de toilette, sauf s’ils en reçoivent en récompense au terme d’une épreuve. La dernière fois que j’ai vu des gens travailler aussi fort pour avoir du papier cul, c’est chez Costco pendant la pandémie.

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« Le pire, c’est que 100 % des joueurs éliminés veulent revenir un jour s’il y a un all stars. Tous ont envie de vivre quelque chose, d’avoir une dose d’adrénaline », confie Francis.

Le jeu que je ne peux pas décrire commence. La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’elle a valu une immunité à l’équipe gagnante, et un passage au conseil de tribu qui se soldera par l’élimination d’un.e joueur.euse pour l’équipe perdante. C’est la mine abattue que l’équipe défaite remet son bandeau sur les yeux et repart à la queue leu leu, tandis que l’autre équipe célèbre ce bref sursis.

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Tester l’épreuve et frôler la crise cardiaque

De retour à la cantine, j’ai enfin droit à ma portion de riz tandis que mes camarades se goinfrent. Surtout Richard, le pire.

– Tu peux bien te permettre de sauter un repas ou deux!

Franchement.

Catherine n’a pas plus d’empathie pour mon sacrifice, moi qui la considère presque comme une sœur.

Après le lunch, on nous propose de tester une épreuve.

On retourne sur le bateau pour remettre le cap sur l’île des jeux. Je peux toujours pas dire grand-chose sur l’épreuve, mais disons que c’était rough à un niveau « j’agonise encore en écrivant ces mots ».

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En gros, on a servi de cobaye pour les candidats qui devront faire la même épreuve le lendemain. Bon, en réalité, une équipe de « testeurs » expérimente tous les jeux pour s’assurer que tout fonctionne et qu’ils sont sécuritaires.

Antoine, le directeur artistique, nous explique les règles de SON jeu. Une fois qu’on a presque compris, c’est Patrice qui prend le relais et nous offre une puff de réalisme en commentant l’épreuve avec la fougue d’un analyste sportif lors d’un septième match de la coupe Stanley.

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On nous divise en équipes. Julie avec Philippe Lacroix, Catherine avec Richard et Étienne avec moi. Patrice donne le coup d’envoi sous une chaleur de plomb.

Au terme d’une séance de torture cocobongesque , c’est finalement Julie et le très athlétique Phil qui l’emportent, non sans avoir menacé Patrice de congédiement s’il ne les laissait pas gagner.

Bons joueurs, Étienne et moi avons préféré déclarer forfait par respect pour nos aînés, laissant ainsi la deuxième place à Catherine et Richard.

Ça ne les empêchera toutefois pas de devoir faire un détour par la «clinique» après avoir subi quelques éraflures aux coudes et aux genoux.

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Sans farce, l’épreuve était terrible et ça nous a permis de réaliser à quel point les participants sont des guerriers de se livrer à ça après quinze jours de riz, de manque de sommeil et de paranoïa.

Après avoir frôlé la crise cardiaque, je retourne à la villa me reposer un peu. Pendant ce temps, Philippe fait son frais et débriefe sa victoire avec Patrice Bélanger.

– En fait, on ne compétitionne pas contre les autres, mais contre nous-mêmes et bla-bla-bla.

Conseil de tribu

Après ma portion de riz au souper, cap vers un nouveau site où nous assisterons en direct à un fameux conseil de tribu. Pour les néophytes, c’est l’endroit où les joueurs d’une équipe votent pour éliminer l’un des leurs. C’est bourré de malaises, d’émotions et de règlements de comptes, un peu comme une brosse en ma compagnie .

On passe cependant proche de rater le conseil puisque Julie et Catherine se sont mises en tête de trouver du meilleur vin que celui vendu dans les rares tiendas de l’île.

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À leur défense, c’est vrai qu’il est dégueu, mais bon, c’était pas le meilleur timing, puisque le show est rodé au quart de tour.

Marie, habituée à dealer avec des affaires du genre, va mettre de la pression sur les filles, en pleine dégustation de vin dans le seul resto un tantinet chic de la région.

En partant, je recule dans le muret avec le kart, assez violemment pour que la coupe de vin de Julie se renverse sur moi. On roule à toute vitesse pour arriver à temps au conseil de tribu, à l’autre bout de l’île.

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Des membres de la prod nous accueillent en nous intimant de nous grouiller. En fonçant vers la régie, encore une fois une tente patentée dans la jungle, on croise les membres de la tribu en danger armés de leurs flambeaux.

Les participants s’installent sur les blocs de pierre en attente du vote crucial tandis qu’on déboule sous notre tente comme une bande de forains armée de bouteilles de vin.

Les participants ont l’air abattus. Patrice anime les échanges et donne la parole aux joueurs à tour de rôle. « S’cuse- moi, Pat. J’suis vraiment fatigué », marmonne un concurrent qui me fait penser à Tom Hanks dans Castaway lorsque l’animateur le presse de questions sur ses stratégies.

Les joueurs semblent lucides, prennent les choses avec philosophie. « C’est pire que je croyais, c’est pas facile de séparer la personne du joueur », admet un candidat.

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C’est l’heure du vote. Tout le monde retient son souffle à mesure que les candidats vont écrire un prénom sur un bout de parchemin. Patrice va chercher la boîte contenant les votes et annonce le nom de la personne qui devra plier bagage. « La tribu a parlé. Les autres, ramassez vos affaires, retournez au camp, bonne nuit*. »

*Avouez que vous entendez la voix de Patrice Bélanger dans votre tête.

« Coupez! », entend-on au loin, alors que les caméras montrent les visages longs des survivants qui repartent avec leurs flambeaux et la certitude de rester une nuit de plus.

On quitte l’endroit en kart et avec quatre bouteilles de vin en moins.

Tant mieux, puisque la fête se transporte dans un petit resto-bar au bord de la plage. Comme une partie de l’équipe quitte le lendemain en raison de la fusion qui scindera les lieux de tournage en deux, on trinque aux adieux.

On est chanceux ; les employés de la prod font rarement la fête en raison de leurs horaires chargés.

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Si la présence des journalistes sème d’abord l’inquiétude, la tension se relâche en voyant qu’on n’est pas là pour leur tirer les vers du nez .

De toute façon, j’ai tout oublié de cette soirée. Dans mes derniers souvenirs, j’ai coupé court à une conversation philosophique avec Patrice – mon jumeau cosmique né presque le jour et la même année que moi – pour aller danser sur The Tide is High de Blondie. J’ai aussi fait quelques lifts en kart un peu chaudaille et je me suis ramassé dans une piscine avant de miraculeusement retrouver mon chemin vers ma villa un peu avant le lever du soleil.

Jour 4

Ouch ma tête!

J’aurais dû faire le mois sans alcool comme tout le monde. En passant, avez-vous remarqué que les gens qui participent à ce défi sont toujours plates dans les partys?

Par chance, cette journée s’annonce plus relaxe.

Elle s’amorce à la cantine, où je troque le riz pour des œufs brouillés. Patrice est déjà là avec sa famille, frais comme une rose. Marie est un peu scrap, mais ça paraît pas trop.

Mes partners de brosse de la veille déjeunent en silence sous le chapiteau pendant que je m’amuse à les terroriser.

– En tout cas, merci de m’avoir confié TOUS les secrets de l’émission, j’ai tout mis dans mes stories Instagram!

Rendez-vous ensuite à une rencontre avec la psychologue, la médecin et le chef de sécurité de l’émission.

J’y allais un peu à reculons, mais ça s’est avéré franchement intéressant. J’ai particulièrement aimé les interventions de la psy qui travaille exclusivement depuis quelques années sur des shows de télé-réalité. C’était fascinant de l’entendre décrire l’impact d’une telle expérience sur quelqu’un.

« Paranoïa, hyper sensibilité, hyper vigilance… La personne peut éprouver un sentiment de rejet si elle se fait éliminer », explique Marie-Claude Larrivée, qui a développé une expertise après plusieurs saisons.

Elle explique rencontrer tous les candidats en amont pour évaluer leur profil psychologique, même chose après l’aventure. « Je suis contente, on me laisse beaucoup d’espace », souligne-t-elle.

Marie-Claude ajoute que l’après Survivor peut s’avérer particulièrement difficile. Plusieurs séparations surviennent notamment. « L’adrénaline est tellement forte et ce qu’ils font est tellement intense qu’ils trouvent leur retour à la réalité plate et veulent changer de vie. Je leur dis toujours de ne pas prendre une décision importante à leur retour, parce qu’elle ne sera pas éclairée. »

Urgentologue à Montréal, Karine Gourd doit aussi adapter sa pratique au contexte inusité d’une émission de télé-réalité. Abrasions, insolations, déshydratation, hypothermie, piqûres : les cas reflètent les conditions extrêmes dans lesquelles se déroule le jeu. « Il n’y a pas d’épreuve où les candidats ne se font pas mal », résume-t-elle en haussant les épaules.

Un médecin local l’aiguille aussi pour le traitement des morsures et piqûres.

Le terrain est hostile et la liste de probabilités est longue. Le chef de la sécurité Brian Finestone se lance dans une énumération. « Crocodiles, oursins, raies, requins, jellyfish, coraux, serpents venimeux, iguanes, scorpions, tarentules… Malgré tout, l’espèce la plus dangereuse, c’est les humains avec des machettes », nuance en souriant le chef de la sécurité, lui-même amateur de sensations fortes.

Après le dîner, nouvelle excursion en bateau pour visiter l’île d’une tribu laissée vacante après la fusion. On verra comment les candidats se sont démerdés.

D’emblée, ce qui frappe, c’est à quel point l’île est vierge, hormis une cabine en bois rustique pour accommoder la production et loger un médecin ainsi qu’une civière recouverte d’un filet de protection.

PLAGE SANS CONSTRUCTION

On s’enfonce un peu plus dans la jungle où on atteint le campement de la tribu. Un lit de braises encore chaud se trouve dans le spot à feu. À l’aide d’une branche de palmier, je produis assez de vent pour qu’elle s’embrase à nouveau. C’est moi qui dois partir le riz, ç’a l’air.

Ici, on a décidé d’ériger un lit de bambou aussi inconfortable que possible à un pied au-dessus du sol, sans doute à cause des insectes. « Je ne trouve pas ça si fou comme installation. C’est rustique », commente Marie, qui en a vu d’autres.

En fin de journée, je suis brûlé raide.

Mais le séjour achève. Ce texte aussi, d’ailleurs. J’entends vos larmes d’ici.

– Ah, Hugo, c’est comme si tu m’avais amené avec toi au Panama, mais sans une visite d’urgence dans un CLSC pour un test de dépistage d’ITSS au retour!

On a dû être fins (ou Julie a poussé fort), puisqu’on nous a permis de jaser un peu avec X, un.e candidat.e éliminé.e la veille.

Vous devinerez qu’on ne peut pas le.la décrire ni le.la présenter de manière trop frontale, question de ne vendre aucune mèche.

Une personne sympathique, déçue que son trip tire à sa fin, mais content.e de l’avoir vécu et zéro en crisse contre ses anciens camarades.

Il.elle parle de l’environnement hostile sur l’île qui regorge de fourmis et de bernard-l’hermite, de sa première bouffe et de sa douche chaude orgasmique au terme de l’aventure.

Ce qui lui manquera le plus : les paysages, les couchers de soleil, le fait d’être en suspens. Par chance, le retour à la réalité se passe bien jusqu’ici. « J’ai vu le show de Bad Bunny, c’était malade! »

Jour 5

Toute bonne chose a une fin, même une parenthèse bizarre au Panama pour couvrir les coulisses de Survivor.

On a bouclé la boucle au même hôtel que le premier soir, en se promettant une dernière soirée endiablée. Chose promise chose due : toute la bande s’est retrouvée dans la Casco Viejo, mignon quartier colonial et historique de Panama City.

Pour le souper, Julie – toujours en quête d’une protéine végétale – nous fausse compagnie pour ne pas se farcir la vue de mon poisson complet et autres animaux morts dans nos assiettes.

Après avoir enfilé des shooters offerts par Étienne , cette soirée pouvait-elle finir ailleurs que dans un karaoké?

La finale en groupe sur l’exotique Chats sauvages de Marjo nous a permis de faire honneur à la patrie, acclamés par un public panaméen galvanisé.

Non, on ne le dira jamais assez, mais no se domestican los gatos salvajes.

J’écris cette conclusion une semaine plus tard, alors que la vie a outrageusement repris son cours normal après de brutales retrouvailles avec notre hiver de marde.

La guerre en Iran, les chicanes sur les réseaux sociaux, les nids-de-poule : on dirait que mille ans se sont écoulés depuis que je roulais fièrement en bermudas dans mon kart de golf avec mes compagnons.

Cette promiscuité bâtie en une petite semaine par un groupe de journalistes me permet d’imaginer à quel point ça doit être étrange pour les candidats exclus qui ont vécu des trucs pas mal plus intenses et sur une plus longue période de temps.

Je m’ennuie même de traîner les valises de Julie Snyder.

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Hugo Meunier

Hugo Meunier

Hugo Meunier est reporter chez URBANIA et aborde l'actualité et les enjeux de société par la porte de côté.
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