Camille Gladu-Drouin

On est Festif ! ou on l’est pas.

DANS LE FUZZ

Salut URBANIA!

Fait longtemps, me semble.

Tu vas bien? Tu profites de l’été un peu? Dis-moi que t’es sorti de la ville au moins?

Moi ça va. Dès qu’il y a du soleil, j’essaie encore de saturer un peu plus mon CV en loisirs et, des fois comme maintenant, je hante les festivals de musique pour essayer de te convaincre d’aller jouer dehors. Parce que tsé, un festival de musique, c’est un peu comme Pokémon Go. Sauf avec des bands. En fait, c’est même pas mal mieux; généralement quand t’attrapes un musicien tu peux y toucher pour vrai… ouan ok: mauvais exemple.

Fait pas ça c’est pas propre.

Anyway : jeudi passé, on a paqueté une veille familiale de tout le gear de camping qu’on a pu trouver (vraiment tout, les deux filles avec qui j’étais avaient même pris soin d’apporter une tente extra et un matelas gonflable géant qui rentrait dans aucune des trois), et on a refait la route bucolique qui mène à Baie St-Paul. Parce qu’on va se le dire; on avait particulièrement tripé sur le Festif! l’an passé.

C’est un festival relativement neuf qui a une programmation de très bon goût, dans un endroit magnifique et mené par les gens les plus sweet que tu peux rencontrer.

Baie St-Paul.

Je cherche encore un peu comment te raconter tout ça, étant donné le flou artistique qu’implique le fait de mélanger le marathon de concerts à très (très) peu de sommeil, la quantité phénoménale de moments magiques et/ou wtf accumulée ainsi que toutes les substances et boissons offertes par de charmants étrangers.

L’objectif qu’on s’était donné pour cette année, c’était essentiellement d’éviter volontairement les grosses têtes d’affiche familiales (Cat Empire, Ariane Moffat, DJ Champion, Half Moon Run) et de plutôt courir les petites scènes et les moments rares pour t’offrir un bout un peu underground de l’affaire. Je pense que rendu là, je vais juste faire un hommage maladroit à Mathieu Arsenault et te donner un aperçu des notes prises dans mon téléphone, question de créer un “portrait brut de la vie collective” et de faire un peu de compétition à Gran Talen.

Ça risque de se lire comme du gros name-dropping, mais bon : en même temps c’est difficile de bien raconter un party de famille sans nommer mononcle Gaétan, tsé.

On est logés derrière un des beaux gites de la baie, le TerreCiel. Un spot parfait juste à côté de l’action, où notre hôte David et son chien Benoît (dont j’ai inversé les prénoms plus d’une fois, désolé) nous ont reçus assez bien pour que ce soit gênant.

Pendant qu’on montait les tentes (tout croche pour mes campeuses du dimanche), les voisins commencent à arriver; le Mon Doux Saigneur crew, des gens du Winston Band et de Sweet Grass, un cirque au complet… On est en famille, tout le monde se connaît; dès que ça va gémir dans une tente ça va faire drôle, c’est clair.

Props aux champions qui ont osé nager dans la rivière à 5h du matin quitte à réveiller tout le monde et à la fille (de cirque?) qui grillait ses légumes nus-seins dans la cuisine commune un après-midi.

Un moment donné, on est forain ou on l’est pas.

Dead Obies, c’est les Beatles d’une génération. Jamais vu autant de filles de 16 ans presque perdre connaissance à un concert ici. Messages aux gars du band : vous avez passé presque une heure à faire des faces et pratiquer vos moves dans votre loge avant de monter sur scène. Je le sais parce que les vitres étaient pas teintées, on vous voyait de dehors. C’était cute. Stéphane Lafleur était ben impressionné; pense pas que son band fasse ça souvent.

Dead Obies.

Une nouvelle expression est née ce soir-là : être Fehmiu. C’est la quintessence ultime de la festivité, et ça ressemble à ça :

http://urbania-site.s3.amazonaws.com/media/2016/07/video-1469494493.mp4

On a eu droit à deux flashbacks presque impensables au courant du week-end : Les Goules et Grim Skunk.

La bande à Kouna était particulièrement belle à voir avec ses déguisements de punks/clowns épeurants dans le sous-sol d’église devant un crucifix illuminé. Ça faisait beaucoup de bruit, ça sentait le fauve et ça a slammé fort sur Coat de cuir.

Grim Skunk a au moins autant levé que la dernière fois que je les ai vus, et c’était au Spectrum tsé. À vrai dire les gars des Hôtesses d’Hilaire étaient un peu nerveux en coulisse pendant le rappel; leur chanteur Serge Brideau se demandait un peu comment il pourrait rattraper la foule pendant que les Skunk matraquaient des vieux hits comme Perestroïka… finalement, c’était plutôt facile. Fallait juste être les Hôtesses d’Hilaire.

Les Goules.

Les Hôtesses d’Hilaire.

Avec Pas d’Casque nous a fait PLEIN de tounes inédites qui paraîtront sur leur prochain album. C’était dehors au bout du quai, au réveil, le matin, un peu hangover. Ils ont arrêté la pluie à la première note de guitare, et avec le vent dans les micros et les mouettes qui planaient autour, ils sonnaient comme un vieux vinyle hawaïen.

C’est tout ce que j’ai à dire là-dessus. Fallait être là.

Avec Pas D’Casque.

J’ai encore “ton bébé va être brun” dans la tête. Brown, en plus d’être une méchante découverte cette année et d’avoir créé ce hit absolu, c’est pas mal le seul band que je connais où le chanteur peut crier entre deux tounes “Yo gang, on applaudit MON PÈRE!!!”.

Longue vie à la Montréal – Montego Bay connection.

IDALG volait, paraît-il, la palme de révélation du festival pendant ce temps, et j’ai tout manqué parce que je bounçais à côté. Heureusement mes voisins de tente étaient là et se sont tout raconté en détail en s’obstinant sur lequel tripait le plus sur la chanteuse pendant que j’essayais de dormir le lendemain matin. Thanks les gars.

Duchess Says a battu un record de problèmes techniques, mais c’était un moment, ne serait-ce que pour voir la face de la section rythmique qui comprenait pas trop comment le gros moshpit continuait à gonfler après trois minutes à looper la même intro de toune.

Toujours impressionnant de voir l’effet que ça fait, cette musique du diable là. Ça et la chanteuse en perruche volante au milieu de 7-8 petites hippies sur scène qui cherchent visiblement comment elles pourraient bien danser tout ça. Merci pour la bière que t’es allée me voler au bar en bodysurf, en passant. C’était smatte.

Duchess Says.

Ce soir-là on a assisté à un battle de fanfares dans le parking de l’église. Parce que oui, c’est aussi ça le Festif!. Et en fait, après ce que tout le monde venait de vivre à Duchess Says, ça a pratiquement viré en vraie battle tellement le public était intense. Props à la clarinettiste de Detroit qui s’est presque fait casser un pied sans arrêter de jouer. Ces musiciens-là sont les plus tough au monde, qu’on se le dise.

À tous les moments les plus étrangement appropriés de cette année, Safia Nolin est apparue de nulle part pour me faire un hug. Je comprends toujours pas comment c’est possible mais c’est assez merveilleux.

Aveux : c’est nous qui parlions trop fort, courions tout nus et qui avons volés la bière que t’avais laissée traîner à côté de ta tente. Désolé, vraiment. Quelqu’un avait des légumes secs dans un sac, je pense qu’ils étaient passés date ça a viré drôle.

Au petit matin (ça quand tu t’es couché à 6hAM c’est vers 11h, mettons), on a eu droit à d’autres voisins de tente sur le toit du gite. Lydia Kepinski fait un excellent réveil-matin, retenez ce nom. Et Mon Doux Saigneur… well bientôt, tu seras plus capable d’entendre ses tounes tellement son succès sera phénoménal, tu vas voir.

Dis-lui pas, ça gâcherait la surprise.

Lydia Képinski.

Safia a aussi joué sur le Quai. Moment flottant où je cherchais désespérément du café et elle flattait des chiots en recevant des fleurs du public. C’était doux.

Safia Nolin.

Je me suis endormi un peu après ça… Au son, de loin, je dirais qu’il devait y avoir trois ou quatre millions de personnes au show de Half Moon Run et DJ Champion. Des images de guerre en rêve, sûrement inspirées par la trame sonore.

Props à la madame pas contente à qui personne n’avait expliqué ce qu’est un festival et qui faisait des gros yeux à Keith Kouna face au public pendant un bon bout de son show surprise dans l’escalier.

Keith Kouna.

Ça fait encore un peu drôle de voir Canailles (avec qui j’ai tourné pendant 6 ans). Mettons que je connais les punchs et que ça feele un peu comme regarder son ex frencher, des fois. Mais il faut le dire : leurs nouvelles tounes sont très efficaces, et faire faire le train à plus de cent personnes au milieu d’un moshpit de bière, de ballons et de crowd surfing d’enfants en plein après-midi, c’est vraiment pas donné à tout le monde. Y’avait pas ça aux Sœurs Boulay en tout cas. (oui je sais, c’est pas un concours)

http://urbania-site.s3.amazonaws.com/media/2016/07/video-1469494507.mp4

La diversité de la programmation de cette année était exceptionnelle, et la chaleur de l’accueil que le public de Baie St-Paul a fait à cet assortiment de superbes weirdos est vraiment hors du commun.

En trois jours on aura eu droit en après-midi à un Anatole en body moulant qui frenche presque les gars attablés au resto devant le stage pendant une toune, un Gab Paquet qui interprète son hit Relation sexuelle en chest pour les familles réunies près de la grande scène, Philémon Cimon qui enchaîne les chansons sur la mort en automobile aux tounes d’inceste en passant par Maudit que j’ai envie de te tromper avant de dire quelque chose de cute, Les Goules en costumes de cirque et Violett Pi ou les Hôtesses d’Hilaire qui… sont juste eux-mêmes en fait. C’est en masse.

Gab Paquet.

D’ailleurs, props à la fille qui a échappé sa bière pleine sur son top en velours pendant les Hôtesses et qui a passé tout le show à essayer de s’éponger le chest discrètement sur les gars du public en dansant. Tu vois Sophie, je le raconte sans te nommer; c’est ça du journalisme.

Je sais pas trop comment c’est arrivé, mais je me suis pas mal scratché les genoux dans des buissons en rentrant à la maison ce soir-là. Et on dirait que ça a pris une heure. C’était pourtant seulement à 500 mètres de la salle.

La cerise sur le gros sunday du Festif! (parce que c’était dimanche, come on, c’est une très bonne blague bilingue), c’était le pur moment de communion auquel on a eu droit avec la gang de Fred Fortin, qui avait choisi de débuter sa tournée sous le soleil de Charlevoix pour les chanceux qui tenaient encore debout.

En fait, il y en avait quelques-uns : le trafic que ce show-là a engendré a été jusqu’à faire les manchettes, on dirait. Fred, je comprends que tu as quinze formations différentes maintenant, mais lâche jamais ça stp. Ces tounes-là sont importantes pour beaucoup trop de monde, tu vois bien.

Fred Fortin.

C’est vraiment émouvant de voir comment une idée un peu folle peut prendre forme et dépasser même ses créateurs. Cette année, la septième de l’existence du festival, a vue l’assistance du Festif! passer de 2000 à 25 000 personnes. C’est vraiment pas rien. Réunir autant de talent (45 artistes!), des centaines de bénévoles dévoués et souriants et un public allumé et joyeux accouru de partout au Québec c’est un exploit que Clément Turgeon, le fondateur du festival, et sa gang sont j’espère en train de célébrer comme il se doit. Peut-être qu’ils dorment aussi; je comprendrais.

Nous, ben on a laissé passer le plus gros et joyeux bouchon de circulation de l’histoire de Baie St-Paul en allant tremper nos corps décrépits dans la rivière du Gouffre. Faisait beau et personne voulait revenir. J’ai presque passé proche de m’accrocher à un autobus jusqu’à Tadoussac, mais bon; toute bonne chose a une pause.

On a conduit dans le couchant avec un grand sourire et un petit coup de soleil en réécoutant 3 fois en ligne un EP de 6 tounes parce qu’on avait oublié le fil du iPod. Après y’avait la radio de Québec; essaie ça un moment donné, c’est toujours sociologiquement intéressant.

En attendant, on reprend des forces et on se revoit à la Grosse Lanterne.

xx

Pour voir toutes les images de l’édition 2016 du Festif!, c’est ICI.

Pour lire un autre reportage “Dans le fuzz” : “Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue”

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