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Ma fille, l’autre soir, en rentrant de l’école : “Imagine-toi donc qu’Emma, Juliette et Zachary, dans ma classe, ils passent leur temps à dire que le Père Noël existe pas. C’est vraiment pas cool! Moi, je le sais, qu’il existe pas, mais je veux pas faire de peine à ceux qui y croient encore.”
Ma fille, avec deux frères plus grands, dont un qui a un sapré sens de l’observation et qui peut voir la toute petite cicatrice sur le nez que le Père Noël a en commun avec un des invités du Réveillon, elle le sait depuis au moins un an qu’il existe pas. Ou qu’il existe plus, parce qu’il serait mort, je sais pas trop laquelle des versions elle a finalement acceptée.
Mais elle comprend le besoin de magie des autres enfants, et avec son côté over empathique, elle irait jamais leur briser ça.
Je l’ai trouvée fine de pas vouloir éteindre les étoiles dans les yeux de ses amis. Pis j’aurais un peu aimé ça, en fait, qu’elle y croie encore, au Père Noël, parce que sa visite a toujours été le moment magique de nos soirées de Nowell, et que moi aussi, ces temps-ci, j’en aurais besoin, de la magie.
Depuis la séparation avec le père des enfants, je mesure ma guérison à l’aune de mon humeur pré-noëlienne. L’an passé, je me sentais pas mal d’attaque, jusqu’à ce qu’on se lance dans la décoration du sapin. Et ça a donné ça.
Cette année, on décore le sapin dans le bonheur, avec de la musique de Noël, de circonstances plus que jamais, “I’m dreaming of a white Christimas, just like the ones I used to know…” chanté par Bing Crosby. Les enfants s’obstinent un peu… mais pas tant. La dinde cuit (oui, c’est une tradition des RoseMomz depuis l’an passé, la dinde entre l’Action de Grâce et Nowell), les enfants font des dessins pour la petite voisine malade, etc.
Le sapin est joli, trop encombré comme d’habitude (cette idée de faire faire des décos chaque année aux enfants à l’école!), avec quelques décorations niaiseuses comme une photo d’un finger à la place de l’étoile (fruit de la créativité décalée de Fils aîné). Même notre nouveau petit chat participe à l’aventure, surexcité à la vue de tout ce clinquant. Le sapin est debout, fier et solide (à mon image?).
Malgré le manque de neige, je me sens légère, prête à traverser Nowell cette fois, pour de vrai de vrai de vrai, en mono heureuse et assumée.
Heureuse, hmmm… est-ce le bon mot? Tellement flou, ce qu’est le bonheur. Au moins, je peux dire que je ne suis pas dans le désir d’autre chose que ce qui est. Mais j’ai une petite teinte violet foncé dans le fond du cœur qui ne décolle pas. Parce que… Paris, le 13 novembre. La petite voisine qui se trouve entre la vie et la mort. La mort trop jeune d’un ami d’Émilie. Cédrika… juste d’y penser… Les récits des Autochtones dans les pensionnats.
Bon, ça y est, je pleure (comme Djostine).
***
C’est bon, je me suis ressaisie. Bref, comme je disais, moi aussi, j’ai fichument besoin de magie cette année. Et, bizarrement, moi, l’athée, issue de parents athées, issus également de parents athées, on dirait que ce genre de fragilité, de conscience de la misère humaine, me porte à faire des choses extrêmes, comme… prier. (J’espère que mes parents ne tomberont pas sur ce billet, ils risquent d’avoir un malaise.)
Ne riez pas de moi, je vous prie, il y a déjà assez de mes comparses des RoseMomz, Émilie et Manue, qui se sont bidonnées, l’autre jour, quand j’ai proposé cette idée de billet. Et mon ami Martin qui, depuis que je lui en ai parlé, me demande toujours quand il m’appelle : “J’espère que je ne te dérange pas en train de prier!”
Oui, moi l’athée, élevée par des athées élevés par des athées, je prie Marie, les anges, qui sais-je, pour la petite voisine malade, pour la paix dans le monde, pour les réfugiés…
Je dis pour rire que je suis la plus croyante des athées que je connaisse, mais en fait, je me considère plutôt comme agnostique. Mon rapport à l’existence potentielle d’une ou de plusieurs déités est un gros JENESAISPAS. Mais parfois, devant la maladie d’un enfant, la détresse psychologique d’une amie, les guerres, je me dis “Ça peut quand même pas faire de tort, tsé, m’enfiler quelques JevoussalueMarie avant de m’endormir” (je vous conseille ça, en temps d’insomnie, c’est pas mal efficace).
Pis une pensée consacrée à la guérison de la voisine si je remarque l’heure à 11h11 – je vous l’accorde, mon rapport au sacré marie allégrement religieux et superstition profane. Et, de temps en temps, des mercis (à qui?) pour la santé de mes enfants — pour ça, je suis prête à apprendre des prières de toutes les religions dans toutes les langues. Des fois, je me dis que c’est un peu comme si je souscrivais à une assurance maladie divine.
Et quand je pense à toutes les religions que les humains ont inventées (parce que quand même, ça, les religions, je n’y crois pas), je me dis : C’est quand même fou, non, à quel point notre simple existence, faite d’un mélange de beau et de laid, de merveilleux et d’horrible, ne nous suffit pas si elle ne mène pas vers autre chose, après, si elle n’a pas un but autre que son propre déroulement. Est-ce que les religions sont uniquement issues de notre besoin de magie, de merveilleux?
Peut-être qu’elles servent aussi à alléger la lourdeur de l’existence, à penser que quelqu’un quelque part veille sur nous – ne restons-nous pas toute notre vie des enfants qui rêvent qu’on les protège.
Je sais pas, je sais pas. C’est drôle, j’ai l’impression que même si je vous ai déjà parlé ici, sur les pages d’URBANIA, de toutes sortes d’histoires de cul ou d’amour, ce billet est le plus impudique que j’aie écrit. Peut-être parce que c’est là que se situe ma plus grande vulnérabilité, quand je suis toute seule face au sens ou au non-sens de mon existence.
Alors, sur ce, je pars faire des fouilles dans le fond de mon garde-robe pour trouver le costume de vous-savez-qui. Pour les enfants de mes amis qui, chanceux, y croient encore…
Et grosses bises, de toutes les RoseMomz, on vous souhaite un fichu de beau temps des fêtes.
Brigitte, des RoseMomz
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Pour lire un autre texte de Brigitte des RoseMomz : L’amour lucide.

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