Michel Barrette a raison : les milléniaux ont moins de fun

Éric défend les baby-boomers pour la première fois de sa vie.

Dimanche soir dernier sur le plateau de Tout le monde en parle, l’humoriste Michel Barrette y est allé d’un hymne aux baby-boomers qui étaient, selon lui, plus heureux dans leur jeune temps que les milléniaux d’aujourd’hui.

Voici un extrait de son échange avec Guy A. Lepage:

MB: Vous jugerez si c’était mieux avant ou si c’est mieux aujourd’hui. J’ai déjà la réponse, mais vous regarderez ça.

GAL: C’est quoi? Donne-nous un exemple.

MB: Pleins d’exemples. J’ai eu la chance de vivre à une époque qui n’a pas de bon sens. Aujourd’hui, tout est encadré, réglementé. On ne peut plus… des jeunes qui me disent vous êtes un vieux délinquant, c’est le plus beau compliment que je peux recevoir. Vous avez roulé 40 ans pas de permis de moto. J’aime ça entendre ça. Aujourd’hui, je ne peux même pas penser que ça peut arriver. 

GAL: Non, tu serais en prison.

MB: Oui, je serais en prison depuis longtemps. Si je faisais aujourd’hui toutes les folies que j’ai faites quand j’avais 20 ans, c’est sûr que dans deux jours, je ne suis plus là.

GAL: Dans ton spectacle, tu dis aux jeunes d’aujourd’hui que toi t’as eu du fun pis que eux n’en auront pas. 

MB: C’est ce que j’essaie de démonter.

GAL: C’est chien!

MB: Ben, c’est vrai! 

Je n’embarquerai pas dans sa nostalgie, mais force est de constater que Barrette a quand même raison sur plusieurs points.

Vous me répondrez que c’est facile de dire que c’était mieux à l’époque où les boomers dilapidaient l’héritage de leurs parents et hypothéquaient l’avenir de leurs enfants. Économiquement, vous avez raison. J’ai même écrit un texte que vous avez sans doute adoré à ce sujet il y a quelques semaines, dans URBANIA. 

Mais au-delà des questions purement pécuniaires, il y a aussi cet intangible, ce sentiment de liberté, où tout est possible.

 

Ok Millénial

En 1984, on se promenait sans iPhone dans les poches.  On n’était ni joignable, ni traqué par satellite.  On frenchait nos blondes ou nos chums dans des coins sombres; on s’ouvrait une bouteille de Labatt 50 piquée dans le frigidaire de mononc; on faisait pipi dehors; on faisait des « burns » avec notre char à « traction arrière ». En 1986, oui, je le confesse, je conduisais mon char sans mettre ma ceinture.  On se livrait à toutes sortes de petites entorses à la vertu, on testait les limites de l’autorité, on était libres, on était jeunes, on était fous. 

Toi, en 2020, t’es fidèle à ta blonde parce qu’elle te suit sur son app de géolocalisation. […]T’es un bon gars, tu ne bois pas, tu ne fumes pas, tu ne frenches pas, t’es formaté pour obéir.

Toi, en 2020, t’es fidèle à ta blonde parce qu’elle te suit sur son app de géolocalisation.  T’es un bon petit gars, tu ne voles pas de bonbons au magasin, tu ne pisses pas dehors parce qu’il y a des caméras partout en ville; tu obéis à ton char qui te crie « beep beep », et tu mets ta ceinture; tu roules à 50 km/h parce que t’es contrôlé par les photo-radars   T’es un bon gars, tu ne bois pas, tu ne fumes pas, tu ne frenches pas, t’es formaté pour obéir.

On ne peut contredire que de nos jours « tout est encadré, réglementé ». Le fait de savoir qu’une caméra nous filme pratiquement tout le temps, qu’on doit constamment se surveiller, s’auto-contrôler et que les jardins secrets sont en voie de disparition peut altérer le plaisir de certains.

Vous répondrez que vous n’avez rien à cacher. Ben, justement. C’est le point de Barrette. Si vous êtes un grand livre ouvert, vous êtes probablement plus plate que lui.

Morpions et vélo sans casque

Quand on ne peut plus faire de vélo ou ski sans casque, qu’on doit baiser avec un condom, qu’on ne boit pratiquement plus de boissons alcoolisées, qu’on ne mange que des salades ou des noix, qu’on ne se couche jamais après 23h, qu’on respecte toutes les lois à la lettre, qu’on a besoin d’un formulaire de consentement en deux copies avant de rencontrer quelqu’un dans l’intimité, on mène une vie que plusieurs trouvent très ennuyante.

Des parents qui laisseraient faire à leurs enfants tout ce que mes baby-boomers de parents m’ont laissé faire en bas âge seraient signalés à la DPJ. Pourtant, ça fait partie des plus beaux souvenirs de ma vie.

Ben oui, je suis tombé sur la tête en vélo, sans casque. Ben oui, j’ai attrapé des morpions. Ben oui, en état d’ébriété avancé, j’ai fait des conneries dont je ne suis aujourd’hui pas fier.

Pis? Je ne suis pas mort. Je considère même que ça faisait partie de mon apprentissage.

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