Ok boomer : je suis d’accord avec vous les jeunes

Éric est tanné du hold-up des enfants de l'après-guerre.

Depuis quelques temps, plusieurs jeunes aiment répliquer sur les réseaux sociaux un « Ok boomer » bien senti à tout ce qui ne fait pas leur affaire.

Ayant écrit mon premier essai sur le « hold-up » des baby-boomers, l’expression m’interpelle particulièrement. (Au cas où vous l’ignorez, je suis devenu mondialement connu en 2011 après la publication de L’État contre les jeunes: Comment les baby-boomers ont détourné le système aux éditions VLB.)

Et, pour une fois, je suis d’accord avec vous les jeunes (je vais bien, rassurez-vous) et je peux aisément comprendre vos frustrations (oui oui).

Alors avant de partir en peur bloquer un pont au nom de l’urgence climatique ou d’adhérer furieusement à Québec solidaire, laissez tonton Éric vous expliquer pourquoi nous en sommes arrivés là.

Les actuelles tensions entre générations s’expliquent aisément. Pour la première fois depuis que nos ancêtres sont arrivés sur le continent nord-américain, une génération risque de vivre plus pauvre et mourir plus jeune que celle qui la précède.

Je laisserai le soin aux spécialistes en alimentation et en activités physiques d’expliquer pourquoi vous allez mourir plus gros et plus vite que ceux qui vous ont mis au monde ou quels régimes et entraînements vous devrez subir pour renverser cette tendance lourde.

Pour ce qui est, cependant, d’expliquer votre déclin économique, laissez-moi vous suggérer un début de réponse.

Beaucoup plus nombreux, les enfants de l’après-guerre ont créé et utilisé l’état-providence afin de profiter de l’héritage de leurs parents et de détourner la richesse future de leurs enfants et petits-enfants.

Cette iniquité entre les générations, ce que j’ai qualifié de hold-up, est plus prononcée au Québec qu’ailleurs en Occident, parce que nos ancêtres d’avant la révolution tranquille avaient le taux de fécondité le plus élevé au monde alors que les boomers ont eu beaucoup moins d’enfants qu’aux États-Unis, en Europe ou même au Canada-anglais.

Définir le hold-up

Quels ont été les outils utilisés pour procéder à ce détournement de richesse intergénérationnel?

Il y en a des dizaines mais résumons par les trois principaux: dette publique, régime de retraite public et système de santé public.

  1. Au sortir de ce que certains appellent la «grande noirceur», la dette publique au Québec équivalait à moins de 5% du PIB québécois. Aujourd’hui, cette dette publique équivaudrait, si on ajoute la part québécoise de la dette fédérale, à plus de 80% de notre PIB. 

Pendant des décennies, de 1960 à nos jours, des politiciens ont tenté d’acheter les électeurs en hypothéquant l’avenir de la prochaine génération.

Pour chaque dollar investi, vous recevrez en moyenne sept fois moins d’argent que vos grand-parents.

Et on vient de réélire Justin Trudeau, le plus irresponsable en matière d’endettement public qui avait promis de ne jamais franchir les 10 milliards $ de déficit annuel alors que ceux-ci ont largement dépassé les 30 milliards $ sous son leadership

Plus on attend avant de commencer à rembourser cette monstrueuse dette et qu’on continue d’empiler les déficits, plus les boomers auront profité de cet argent et moins ils rembourseront une partie.

Si vous souhaitez lancer un « Ok boomer » bien utile, ajoutez « à partir d’aujourd’hui, le remboursement de la dette publique devient une priorité et nous allons réduire les dépenses publiques, éliminer les déficits et vous faire payer pour rembourser la dette que vous nous léguez. »

À l’entrée en vigueur du Régime des rentes du Québec en 1966, l’espérance de vie était en moyenne de 78 ans alors qu’elle atteint aujourd’hui pratiquement 85 ans. Les taux de cotisation des travailleurs sont passés graduellement de 3,6% en 1967 à 10,8% aujourd’hui, soit trois fois plus chers, pour bénéficier d’un régime de moins en moins généreux. Vous payerez donc beaucoup plus pour recevoir beaucoup moins. Plus précisément, pour chaque dollar investi, vous recevrez en moyenne sept fois moins d’argent que vos grand-parents. Ce n’est pas de l’idéologie. C’est un simple calcul actuariel qu’aucun politicien n’a le courage de vous montrer.

2 travailleurs pour 1 retraité

En 1986, le Québec comptait sept travailleurs pour un retraité. En 2031, il ne restera à peine plus de deux travailleurs pour un retraité à moins d’un sérieux coup de volant. Et moins les travailleurs sont nombreux, plus ils doivent débourser. Une règle de trois.

Et on vient de réélire Justin Trudeau qui dès son arrivée au pouvoir a éliminé la mesure adoptée par son prédécesseur en 2012 de faire passer progressivement l’âge de la retraite de 65 à 67 ans.

Plus on attend avant de se sortir de ce régime de retraite, plus les risques de conflits augmentent entre ceux qui exaspèrent de se voir confisquer une part toujours plus grande de leur salaire et des retraités qui veulent conserver leurs acquis. 

Des dizaines de pays qui avaient adopté un modèle similaire au nôtre ont commencé à le privatiser, en tout ou en partie. Même la Suède, premier pays à se doter d’un régime de retraite public et universel, oblige depuis vingt ans les travailleurs à cotiser dorénavant une partie dans un régime de retraite privé, un espèce de RÉER.

Si vous souhaitez lancer un « Ok boomer » bien utile, ajoutez « à partir de maintenant chacun profitera de son propre régime de retraite. Il est fini le temps où on refilait la facture au suivant. Le système pyramidal des régimes de retraite publics est T-E-R-M-I-N-É!»

S’il y a une vache sacrée pour la gauche canadienne, c’est bien notre système de santé public. Tellement vertueux de vouloir soigner tous les malades gratuitement. Il y a malheureusement un prix à payer pour cette générosité. 

Si vous souhaitez lancer un « Ok boomer » bien utile, ajoutez « à partir de maintenant chacun profitera de son propre régime de retraite. Il est fini le temps où on refilait la facture au suivant. Le système pyramidal des régimes de retraite publics est T-E-R-M-I-N-É!»

En 2004, l’Institut de la statistique du Québec estimait qu’un enfant de 1 à 4 ans coûte annuellement 856$ en frais de santé, 665$ entre 5 et 14 ans, 1151$ pour le 14 à 44 ans, 2006$ pour les 45-64 ans, 5761$ pour les 65-74 ans, 10,221$ pour les 75 à 84 ans et 17,520$ pour les 85 ans et plus. Ces montants ont beaucoup augmenté, mais ça vous donne une idée des proportions du coût en fonction de l’âge (ces chiffres sont cités dans mon essai à la page 72, mais l’étude de l’Institut de la statistique n’est plus en ligne). 

Imaginez l’impact sur les finances publiques. À ce rythme, les jeunes québécois paieront toute leur vie pour un système de plus en plus cher et de moins en moins performant. Et quand ils auront le plus besoin de soins de santé, ils devront sortir leur carte de crédit parce que la carte soleil sera pleine à craquer et les délais d’attente seront interminables.

Les dépenses en santé constituent aujourd’hui plus de 50% des dépenses de programmes du gouvernement du Québec, et ce pourcentage ne cesse d’augmenter. 

Et on vient de réélire Justin Trudeau qui promet d’avoir à l’oeil toute province qui voudrait prévoir l’avenir de manière responsable et financer son système de santé avec de plus en plus de capitaux privés. 

Si vous souhaitez lancer un « Ok boomer » bien utile, ajoutez « on n’a plus les moyens de vous offrir gratuitement des services de santé universels, payé à crédit. Il faudra permettre aux malades qui en ont les moyens et le désir de payer pour leurs soins, comme c’est le cas pratiquement partout ailleurs sur la planète. »

Ok millénial

Je pourrais continuer encore longtemps à te donner des exemples, comme les syndicats qui défendent ceux et celles qui payent des cotisations au détriment d’une génération de moins en moins syndiquée, mais je crois que tu comprends le raisonnement.

Avec la complicité d’un état obèse et tentaculaire, les boomers vous refilent en moyenne, à chacun d’entre-vous, l’équivalent du paiement d’un hypothèque d’une belle grosse maison neuve que vous paierez pendant les 25 prochaines années, sans jamais avoir les clefs pour y entrer et y habiter. 

Avec la complicité d’un état obèse et tentaculaire, les boomers vous refilent en moyenne, à chacun d’entre-vous, l’équivalent du paiement d’un hypothèque d’une belle grosse maison.

Si tu souhaites continuer à voter Catherine Dorion, marcher avec Greta, trouver Justin Trudeau beau et te battre contre la méchante droite, arrête tout de suite de pointer les boomers du doigt. Tu es un fier héritier de l’irresponsabilité des boomers que tu dénonces. Tu partages la même vision de l’état providence.

Si au contraire, t’en as marre de cet état pilleur et que tu souhaites restaurer un peu d’équité entre les générations, bienvenue dans la droite politique québécoise! Ensemble, battons-nous pour réduire la taille de l’état afin que la génération montante vive plus riche et plus longtemps que celle qui la précède.

Ok millénial?

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