L’impact dangereux de l’administration Trump sur la sécurité des personnes trans

Avec l'aide précieuse de Florence Ashley, on vous explique ce que le gouvernement américain manigance.

Écrit avec la précieuse collaboration de Florence Ashley.

Les personnes trans existent.

Pour une partie de notre lectorat, la phrase va passer comme dans du beurre. «Ben oui les personnes trans existent, voyons, aussi sûr que la terre est ronde.» Peut-être avez vous suivi le parcours de Caroline Trottier-Gascon pour QS ou Michelle Blanc pour le PQ aux dernières élections. Peut-être étiez-vous ému.e.s par la performance de Kama La Mackerel à une récente soirée poésie. Peut-être bounciez vous sur le rap de Lucas Charlie Rose à son dernier spectacle. Peut-être travaillez-vous avec des personnes trans, peut-être êtes-vous parents d’une personne trans, peut-être êtes-vous trans vous-même et trouvez que ce paragraphe commence à être pas mal long.

La terre est ronde, mais pourtant s’en trouve des individus à l’envers du gros bon sens pour penser et dire autrement, ignorer l’évidence, maugréer et comploter. Les personnes trans existent, mais pourtant cette vérité toute simple en dérange plus d’un. Et elle dérange aussi un gros, GROS pan du gouvernement américain.

Le déni du réel a toujours des conséquences désastreuses, mais quand le déni est érigé par des personnes en position d’autorité, la dérape éclabousse tout le monde. Aux États-Unis, la dérape approche et les remous vont aussi ébranler notre côté de la frontière.

L’administration Trump s’apprête à modifier une loi qui protège les personnes trans et intersexes en reconnaissant leur existence.

Pour mieux comprendre la situation, on a demandé à l’activiste Florence Ashley de nous expliquer à la fois les bases de la structure politique et législative aux États-Unis, l’impact du changement de la loi à l’intérieur du pays ainsi que les effets possible de ce changement sur notre quotidien à nous. Une tâche monumentale, remplie avec attention.

Des modifications qui auront des conséquences graves

«[La loi] prohibe la discrimination fondée sur le sexe dans toutes les institutions d’éducation qui reçoivent du financement du gouvernement fédéral des États-Unis.»

Formulée sous le règne d’Obama et intitulée Title IX, la loi présente une forme large et inclusive et tient un rôle prime importance. «Contrairement au Canada, les États-Unis ne bénéficient pas de protections constitutionnelles contre la discrimination équivalentes à celles de la Charte canadienne des droits et libertés. C’est donc vers Title IX que les personnes trans et intersexes se tournent pour faire respecter leurs droits à l’égalité dans les écoles.»

«Normalement, en cour, il ne faut que convaincre les juges que notre interprétation est la meilleure. Toutefois, dans le cas d’une interprétation exécutive aux États-Unis, il faut prouver que l’interprétation est non-seulement inférieure, mais déraisonnable.»

La relecture de Trump contiendra notamment ces passages : « Le sexe recouvre le statut d’un individu étant masculin ou féminin, selon des traits biologiques immuables identifiables à la naissance ou avant. […] Le sexe indiqué sur le certificat de naissance d’origine d’un individu doit constituer la preuve définitive du sexe d’une personne. » On y mentionne aussi qu’un test d’ADN sera l’élément définitif de toutes considérations sur le genre.

Dans le cadre de poursuites, ou de remises en question judiciaires, Title IX aura un poids monumental aux USA. «Normalement, en cour, il ne faut que convaincre les juges que notre interprétation est la meilleure. Toutefois, dans le cas d’une interprétation exécutive aux États-Unis, il faut prouver que l’interprétation est non-seulement inférieure, mais déraisonnable.»

Des zones grises qui doivent être reconnue

La vision étroite du genre selon l’administration Trump est truffée de raccourcis, d’amalgames et s’aveuglement volontairement d’une réalité beaucoup plus complexe. “Les personnes intersexes ont des caractéristiques corporelles à la naissance qui dérogent du modèle socio-médical qui présume erronément que toutes les personnes possèdent des traits correspondants à l’une de deux listes de traits : les hommes ont des chromosomes XY, un pénis, des testicules, aucun seins, et un profil hormonal dominé par la testostérone; les femmes ont des chromosomes XX, une vulve, un vagin, des seins, et un profil hormonal dominé par l’œstrogène.

Comme le rappelle InterACT dans un communiqué opposant la redéfinition trumpienne, les personnes naissent avec une grande variété de combinaison de traits et ne peuvent être réduites à une liste bimodale simpliste. La redéfinition de la notion de sexe sous Title IX aura aussi pour effet de légitimer la discrimination envers les jeunes intersexes.”

On imagine d’avance les interminables poursuites judiciaires par des individus qui ne cherchent qu’à authentifier leur existence, régler des litiges concernant l’usage de vestiaires, limiter l’impact de divisions en binômes pendant les classes, et j’en passe. “Les employaires empêcheront les employæs d’utiliser les toilettes correspondant à leur genre et qui sont les plus sécuritaires.” Même son de cloche au niveau des “refuges pour personnes fuyant les violences conjugales ou qui sont sans domicile.”

Pourquoi cette situation inquiète-elle les personnes trans au Canada?

Pourtant, Florence est catégorique : «Le vrai impact de la loi n’est pas légal, mais social.»

Et c’est socialement que le bât va blesser: «Les personnes hostiles aux personnes trans se sentent légitimées par les instructions gouvernementales.»

On se rappelle, au lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence, de la montée d’attaques islamophobes et transphobes dans l’espace public, […] de la propagande homophobe et islamophobe appelant à « Make Canada Great Again! » en allusion au slogan de Trump, […] autour de l’Université McGill.” On pense tout de suite aux commentaires racistes suite aux annonces de la CAQ concernant l’immigration.

C’est socialement que le bât va blesser. Les personnes hostiles aux personnes trans se sentent légitimées par les instructions gouvernementales.

Je pense à mes deux amies lesbiennes qui se sont fait lancer des roches à Québec quelques semaines après l’élection de Trump. Je pense à Hamza qui s’est récemment rendu à la police pour dénoncer des propos racistes extrêmes tenus sur Facebook. Je pense aux 22 personnes trans tuées cette année aux États-Unis par des personnes transphobes. Je pense à une violence bien réelle, aussi réelle que la terre est ronde. Une violence qui se moque des frontières.

Je pense à Florence. «Les mecs qui me criaient ‘faggot’ dans les rues de Montréal ne seront certainement pas découragés.» Mon impuissance me sidère. Je sais qu’autour de moi, des dizaines et des dizaines d’ami.e.s se demandent comment aider. Je sais qu’on a besoin de nous.

«Je ne peux qu’espérer que cette vague discriminatoire se taira sous la voix de nos alliæs—oui, alliæs : nous ne pouvons pas nous battre sans vous contre les regains du conservatisme. Personnes dyadiques cisgenre, personnes ni intersexes, ni transgenres, soyez là pour nous.»

Quoi faire?

S’informer sur le débat. Ne faire preuve ni d’indifférence, ni de cynisme. Être ouvertement contre la transphobie. Aménager son language (allô, la grammaire épicène et les pronoms neutres). Partager un maximum de ressources. Au final, se montrer aussi tangible que les personnes trans sont réelles.

“Si vous nous aimez, tenez-nous proches. Et si vous avez un cœur, élevez votre voix contre la montée du crypto-fascisme. Le Canada n’est pas exempt de cette tendance : les gouvernements de Doug Ford et de la CAQ en sont la preuve. Nous aurons besoin de vous.”

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