Pierre-Nicolas Riou

L’espace (et les étoiles)

Tu es apparu dans ma vie un après-midi d’automne.

Je t’ai trouvé beau. Et gentil. Solide et sensible. Intelligent. C’est curieux, quelque chose d’indéfinissable chez toi m’a rappelé des hommes que j’ai aimés dans le passé : un grand-oncle, un père. Tu sentais bon.

Pendant que nous discutions à la table d’un café, j’ai vu, dans tes yeux agrandis, que tu voyais aussi du beau chez moi. Le lendemain tu m’as écrit que tu étais charmé par mon “énergie bienveillante et passionnée”. Ça a fait doux, ces mots-là, sur mon cœur écorché.

De rencontre en rencontre, le beau a continué.

Le doux a déferlé.

De la neige qui tombe sur une musique de Bach.

Au fil du temps, on a entraîné nos enfants dans cette tempête douce…

Avec, parfois,  la peur au ventre.

Généralement, je ne parle plus beaucoup de ma vie amoureuse.

C’est difficile de parler de ces choses-là.

On a peur de les faire disparaître en les nommant.

Moi qui ai raconté à mes copines dans le menu détail mes histoires ratées et souvent humiliantes de rencontres sans lendemain, je ne parle plus beaucoup de ma vie amoureuse.

Je ne sais plus quoi dire.

Si je devais tout de même définir l’amour comme je le vis avec toi, je pense que je parlerais en premier lieu d’espace.

Je veux parler de ce qui fait que je me sens bien avec toi.

Je me sens avec toi comme dans un grand espace de liberté. Où j’ai la possibilité d’être moi, d’accomplir ma danse personnelle sans entrave. Sous un regard indulgent et aimant.

Je sais, je ne suis pas en train de parler de ce que j’aime de toi (même s’il y a beaucoup de choses que j’aime de toi). Je suis en train de parler – peut-être égoïstement – de ce qui fait que je me sens bien avec toi.

Mais c’est peut-être ça l’amour?

Parce qu’en retour de ce sentiment de liberté que tu m’apportes, j’ai tellement envie de te donner aussi…

Et c’est là, je crois, dans ce désir que l’autre soit bien et exécute sa danse personnelle sans entrave, que nos étoiles se touchent.

L’autre jour, ça sortait de nulle part, ma fille me lance sur un ton courroucé : “Et qu’est-ce qui va arriver si jamais tu n’es plus l’amoureuse d’Hubert? On ne verra plus Léo? Il ne pourra plus venir chez nous?” Et sa sœur de renchérir : “C’est parce que c’est notre ami!” Mes deux filles me fixaient l’air de dire : “Tu ne nous feras pas ça!”.

Et si tout ce beau s’écroulait sous la pesanteur du quotidien?

Depuis deux ans et demi, nous créons tranquillement, délicatement, cette constellation d’êtres humains attachés ensemble par des liens autres que ceux du sang. Comme on crochèterait une grande couverture. On entend presque le bruit des aiguilles qui se croisent, cling cling cling. Sous deux toits, on se sent de plus en plus… comme une famille.

Mais on a encore peur d’aller habiter ensemble! Et si tout ce beau s’écroulait sous la pesanteur du quotidien?

Il y a d’autres peurs.

Des fois, je suis devant mon ordi en train de travailler, et j’aperçois dans l’écran le reflet de mon visage en larmes. Je suis en train de penser au fait que je pourrais te perdre. Que tu pourrais me glisser entre les doigts comme un fantôme. Comme d’autres hommes que j’ai aimés. Cet amour d’adolescence qui n’est pas resté parce que mon romantisme intempestif était si lourd! Ou cet autre homme de ma vie, mon père, qui a été arraché à nous par une cruelle maladie.

Bien sûr, aimer, c’est risquer de perdre.

Il me semble néanmoins aujourd’hui que ce qu’on y gagne est plus important que ce qu’on risque d’y perdre. Et que… même si on perd un jour, on aura possédé un moment, au moins. Ce sentiment qui adoucit. Qui répare. Qui épanouit.

Je sais, ce n’est pas à la mode de dire ça. Mais c’est ce que j’ai envie de dire quand même.

Depuis que tu es entré dans ma vie, tout est plus beau.

Je ne voudrais pas donner l’impression que notre relation est parfaite. Elle ne l’est pas (tu le sais comme moi)! Il y a des moments où on se sent moins proches. Des négociations. De petits agacements. Des doutes même.

Mais en gros, depuis que tu es entré dans ma vie (avec ta culture, tes façons d’être, tes passions qui enrichissent mon univers…), je dois reconnaître que tout est plus beau, plus facile. Ton existence, ta présence dans mon espace, me donne des ailes. Oui, c’est ça. Des ailes.

Comme le dit Anaïs Barbeau-Lavalette à la fin de son magnifique roman La femme qui fuit, avec toi (et aussi avec nos enfants), je me sens “libre ensemble”.

C’est sûr, on ne peut pas savoir jusqu’où on se rendra comme ça, mais… c’est bon mon amour.

Pour lire un autre texte d’Émilie des Rosemomz : “La tendresse comme une fusée”

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