Le front de libération numérique du Bas-Canada

Une personne raisonnable pourrait potentiellement être portée à croire qu’une période électorale est un moment propice pour entendre parler d’enjeux importants.

Il va sans dire qu’une telle personne serait fort probablement déçue par les développements récents du dialogue politique présentement en cours à travers la province.

Pathétique paradoxe, monsieur Philippe Couillon fait son possible pour parler de référendum le plus souvent possible tandis que madame Mauline Parois déploie encore plus d’efforts pour esquiver le sujet. Pendant ce temps, François Bingo talk shit littéralement et Françoise David contre Goliath tente tant bien que mal d’ajouter un grain de sel de pertinence dans le débat, mais un petit peu dans son coin, malheureusement.

La présente campagne électorale est un frappant rappel du fait qu’une très large portion de la classe politique ne semble pas vraiment préoccupée par les enjeux les plus pressants à considérer pour l’ensemble de la population. La proportion qu’occupe la question environnementale au sein du débat politique actuel est sans aucun doute risible quand on considère réellement l’urgence de la situation écologique. On n’entend pas grand chose non plus sur la façon dont nous pouvons à nouveau être affectés par l’industrie prédatrice et chaotique de la finance mondiale, et à en croire par la récente vague de suicides louches de riches banquiers internationaux influents, il y a toujours une bonne raison de s’inquiéter sérieusement à ce niveau-là.

La liste des sujets d’importance capitale à peine effleurés est longue, mais je souhaite accorder une importance particulière à un de ceux qui souffre le plus d’un flagrant manque d’attention, c’est-à-dire le numérique.

Je ne vous apprends rien, en quelques années à peine, le numérique a infiltré quasiment toutes les couches de nos vies privée, professionnelle et publique. En effet, qui aujourd’hui n’utilise pas un ordinateur au travail et à la maison à tous les jours ?

Très bonne question.

À partir de ce moment-ci, les conclusions sont multiples. Soit on capote et on s’inquiète du fait que bientôt toutes les secrétaires à travers le monde vont avoir des Google Glass ou bien soit on est réaliste et on prend un moment pour s’avouer quelque chose. Si la vaste majorité des gens utilise bel et bien un ordinateur à la maison et au travail de façon quotidienne, c’est pratiquement seulement pour faire les quelques choses suivantes : aller sur Internet (Google, Email, YouTube, Facebook, etc.), charger son mp3, décharger son cellulaire de photos et faire du traitement de texte sur Word ou Excel. C’est bien chouette avoir un laptop Mac à 2000$, mais si tu ne fais que les choses énumérées ci-haut, tu paies pour un casing en aluminium et un écran vraiment clair.

Je fais partie des gens qui ne possèdent pas un Mac, car quand j’utilise un ordinateur je ne fais que les quelques actions de base citées plus haut. C’est la raison pour laquelle depuis des années j’utilise Ubuntu, le système d’exploitation open source et gratuit le plus répandu au monde. En d’autres mots, quand j’allume mon ordi, ça ressemble beaucoup au tien, sauf que je ne suis pas sur Windows ou sur Mac (deux options payantes), mais sur Ubuntu, que j’ai téléchargé gratuitement et légalement. Franchement, c’est tout autant user friendly que Mac OS ou Windows, c’est plus sécuritaire et tous les programmes sont des logiciels libres entièrement gratuits. De plus, l’installation est vraiment facile. Après une utilisation personnelle étalée sur plusieurs années, je peux dire que si tu n’es pas un gamer et que tu ne fais pas de montage vidéo ou de musique électronique, il n’y a aucune bonne raison de ne pas utiliser gratuitement avec Ubuntu ce que Apple et Microsoft t’offrent à plein prix. Ça vaut pour l’usage personnel, mais ça vaut également pour l’usage professionnel et gouvernemental.

Étant donné que les fonctionnaires du Québec ne sont pas supposés jouer à World of Warcraft pendant les heures de bureau, ni être en train de faire du montage sur Premiere ou enregistrer des chansons sur Cubase, il est regrettable que le gouvernement paie des sommes faramineuses à des multinationales afin d’obtenir les licenses pour utiliser des logiciels propriétaires lorsqu’il existe clairement des logiciels libres équivalents, gratuits et libre d’accès capables d’accomplir la même chose.

À cet égard, le logiciel libre avait remporté une victoire importante en 2010, quand la RRQ s’était fait remettre à l’ordre après avoir posé un geste illégal en achetant des logiciels Microsoft sans faire d’appel d’offres. Une réforme de la gestion des ressources informatiques avait été amorcée en 2011 afin de favoriser le logiciel libre et amoindrir les dépenses gouvernementales, mais la même année le gouvernement libéral de Jean Charette a fait passer un décret autorisant l’attribution de contrats sans appel d’offres à des géants de l’informatique, Microsoft et IBM entre autres. Le PQ, une fois élu, s’est quant à lui contenté de renouveller le décret l’an passé.

L’avancée du logiciel libre au sein de la structure gouvernementale du Québec est beaucoup plus longue et lente qu’elle ne devrait l’être. Il faut mettre une chose au clair, en 2014 il n’est pas particulièrement révolutionnaire pour un gouvernement de passer officiellement au logiciel libre. La liste des organisations gouvernementales et des compagnies privées faisant l’usage de Linux inclue notamment le Parlement français, le Département de la Défense des États-Unis ainsi que Google et Amazon. Que le passage au logiciel libre soit lent à ce point soulève immanquablement des questions. Le gouvernement est-il simplement tout à fait ignorant quant à la réalité numérique actuelle ? Est-ce que certains intérêts privés ou ententes néfastes empêchent l’avancée du logiciel libre ?

Dans tous les cas c’est un sujet qui concerne littéralement tout le monde (ou du moins ceux et celles qui font usage de l’objet dénommé ordinateur). C’est pourquoi j’invite tous les candidats aux élections présentes à bien vouloir signer le Pacte du logiciel libre. J’invite par la même occasion tous les Bas-Canadiennes et Bas-Canadiens à bien vouloir ajouter leur signature au Manifeste Pour un Québec numérique libre et ouvert.

On s’entend qu’on parle de passer, sociétairement parlant, d’une option payante à une option gratis, et ce pour un service équivalent. On économise tous de l’argent et on encourage l’informatique libre et ouverte. J’veux dire, c’est qui l’cave qui veut continuer à donner des millions à Bill Gates juste pour pouvoir taper son texte sur Microsoft Word au lieu de Open Office !?

Ajout :

D’ailleurs, voici un exemple percutant et très récent du gaspillage de fonds publics (50 millions dans ce cas-ci) accordés au renouvellement de systèmes informatiques privés :

On peut entre autre y lire l’aberration suivante : « Sur l’avis de consultants externes, la STM a décidé de “poursuivre l’utilisation des produits Microsoft” et de ne pas opter pour l’implantation de logiciels libres (et gratuits) comme Linux, par exemple. »

Des consultants externes qui doivent faire bien plaisir à Microsoft, qui doit certainement les remercier en bonne et dûe forme en retour…

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