C’est en tant qu’enfant que j’ai entendu l’expression selon laquelle rien n’est certain dans la vie à part la mort et les taxes. Mais c’est en tant que travailleur autonome que j’ai vraiment compris à quel point c’est vrai.
La première fois que j’ai entendu l’expression, je devais avoir dans le coin de onze ans, et je me souviens avoir trouvé la combinaison étrange. Death and taxes ? À cet âge précoce, je comprenais déjà la certitude de la mort, mais je ne saisissais pas comment les taxes pouvaient être comparables à la mort en terme de choses terriblement inéluctables. Pour moi, les taxes, ça signifiait principalement ajouter environ cinquante sous au prix de base de mon achat au dépanneur. What’s the big deal ?
Un peu plus tard, dans les discussions d’adultes et dans la culture populaire, j’ai commencé à entendre des affaires du genre : « le gouvernement m’en enlève la moitié ». Avec du recul, je dois admettre qu’à l’époque je ne comprenais absolument pas en quoi consistait ce concept. Les gens se plaignaient du fait que le gouvernement en prenait beaucoup, mais en même temps je ne voyais jamais le gouvernement débarquer chez quelqu’un pour réquisitionner la moitié des choses achetées durant l’année. Je me disais donc que ça devait juste être une façon de parler pour évoquer son insatisfaction envers le gouvernement.
Quelques années plus tard, mon rapport aux impôts a tranquillement commencé à changer. J’ai décroché ma première job d’étudiant. Je confectionnais des sandwiches dans un restaurant local de Québec, mon premier réel contact avec le monde économique. Quand j’ai eu mes premières payes, je regardais juste le chiffre final, celui du dépôt. Je pense qu’au début je n’avais même pas remarqué qu’un montant m’était enlevé à chaque talon. Et puis le moment béni est arrivé : l’année d’après, j’ai eu un retour d’impôts de mille piastres. À ce moment là, sans chercher à mieux comprendre ce qui m’était arrivé, j’ai décidé que les impôts, dans le fond, c’était pas mal cool.
C’est quelques années plus tard que la vraie vie a finalement commencé à me rattrapper. Parce qu’un beau jour, j’ai commencé à faire un peu plus d’argent. Sauf que là, je n’avais plus d’employeur pour s’occuper de tout et simplement me refiler un T4 à la fin de l’année. J’étais entré dans le merveilleux monde du travail autonome, et je n’y comprenais absolument rien.
« Hein, de quoi ? Je peux pas dépenser tout l’argent que je ramasse ? Pourtant, c’est MON cash ! Je suis supposé mettre de côté plusieurs centaines de dollars, voire des milliers, en prévention de ce moment fatidique à chaque année !? Tu te fous de ma gueule, j’arrive déjà juste flush à chaque mois ! Hein !? Si je garde les factures de mes repas sur la route, ça va me coûter moins cher ? C’est quoi le rapport !? »
Et c’est à ce moment là que tu dois essayer de faire comprendre à ton cerveau que si tu joues mal tes cartes et que tu fais plus d’argent que d’habitude dans une année, une des conséquences possibles est que tu aies moins d’argent que d’habitude à la fin de cette année là.