Le mot du Président : Il faut taxer le junk food

Il faut taxer le junk food. Ce n’est probablement pas la première fois que tu entends quelqu’un dire ça. Et ce n’est probablement pas la dernière fois, non plus. Pourquoi?

Parce qu’avec le manque de volonté politique actuelle concernant la question, ce n’est pas de sitôt que le junk food va se faire taxer. Par contre, parallèlement, de plus en plus de personnes vont commencer à demander un changement sur la situation, un peu comme quand le public général a commencé à tranquillement se réveiller par rapport à la cigarette et à demander une action politique. Toutefois, on est encore loin de la prise de conscience nécessaire pour faire pression sur les politiciens. Je ne crois pas que bien des gens défendent le junk food aujourd’hui comme étant une nourriture bonne pour la santé, mais j’ai définitivement l’impression que beaucoup de monde pense que ce n’est pas si pire que ça. Excusez le terme, mais le junk food, c’est littéralement de la marde en boîte. Les effets néfastes sur la santé que ça entraîne ne sont pas du tout proches d’être négligeables, autant au niveau individuel que collectif.

Je suis né en 1988, je n’ai donc jamais vécu la fameuse époque où le tabac était publiquement présenté comme un produit pouvant améliorer la santé. Mais je me souviens très bien du changement que j’ai pu observer quant au junk food. C’est quelque part au début du secondaire, il me semble, que j’ai commencé à remarquer une modification dans l’indifférence qui régnait précédemment. Une sorte de début de commencement d’avertissement du genre : n’en mangez pas trop souvent les amis.

Depuis ce temps-là, ce que j’ai pu observer dans l’espace public, c’est une augmentation graduelle de la gravité de l’avertissement et le développment d’une forme de consensus abstrait sur la question. Aujourd’hui, pas mal tout le monde est d’accord pour dire que du junk food, c’est pauvre d’un point de vue nutritif, même si pas mal tout le monde en mange pareil, par-ci par-là ou même fréquemment. Paradoxe humain classique. Mais bon, malgré les bonnes intentions des gens, je trouve que tout ça demeure encore bien trop suggestif. À mon humble avis, le junk food ne reçoit pas le même traitement intransigeant que la cigarette. À mon humble avis encore, je crois que ce serait définitivement une bonne chose qu’elle reçoive un traitement similaire.

À la base, le combat contre la nourriture néfaste a de fortes chances d’être plus ardu que celui contre le tabagisme. La raison est simple : la nourriture est obligatoire, et on a le choix entre de la nourriture bonne ou mauvaise pour la santé. Fumer, c’est pas indispensable à la survie, et il n’existe pas vraiment de tabac qui soit bon au sens de « bon pour la santé ». Certains tabacs seront moins pire pour la santé que d’autres, mais aucun tabac ne sera déclaré comme simplement bon à fumer. Parce que fumer, ce n’est pas bon pour la santé. Point. Donc on peut dire au fumeur : arrête de fumer. Avec le tabac, tu peux être intransigeant et ça risque de fonctionner.

Mais on ne peut pas dire au mangeur de junk food : arrête de manger. Il faut lui dire : arrête de manger du junk food. Et ça, ça nécessite d’avoir un minimum de connaissances afin de pouvoir déterminer si quelque chose est ou n’est pas du junk food. Pour la cigarette, c’est plus facile. Toute cigarette est une cigarette.

Et donc, on arrive en réalité face à quatre options : soit ça reste pareil, soit on éduque davantage la population sur la question, soit on taxe le junk food, ou soit on le bannit littéralement.

Voici pourquoi je souhaiterais beaucoup voir une combinaison des trois derniers choix énumérés.

Mise en situation : quand j’étais au secondaire, il y avait des machines à Coke dans le corridor principal. Ça coûtait une ou deux piastres environ pour une bouteille de 600ml. La quantité de sucre raffiné là-dedans est tout simplement abominable. La machine faisait fureur.

Si on nous avait simplement éduqué beaucoup sur les effets du junk food pendant les cours, ça aurait été une très bonne chose, mais je pense que bien des étudiants auraient quand même acheté du Coke à la pause.

Si le Coke avait été taxé et que la bouteille avait coûté entre cinq et dix piastres, je pense que très peu de gens en auraient acheté. (En passant, ce serait une augmentation de prix similaire à l’augmentation du prix des paquets de cigarettes, qui à l’époque ne coûtaient qu’une piastre ou deux aussi.)

Et si la machine avait tout simplement été retirée, on n’aurait juste pas bu de Coke.

C’est assez désolant que malgré toute l’information disponible sur les effets désastreux du junk food, il n’y ait ni mobilisation citoyenne massive pour changer la situation, ni plan d’action politique pour intervenir.

D’ici là, je crois que la seule manière de voter personnellement sur la question, c’est de ne pas en acheter soi-même et de s’informer sur les conséquences réelles d’une mauvaise alimentation.

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