Le bulletin de fin d’année de la CAQ

Après une première année au pouvoir, quoi retenir de l'armée de la banlieue ?

C’est la fin de l’année scolaire, mais surtout, c’est la fin de la session parlementaire. Les médias devront passer le reste de l’été à parler de l’importance de mettre de la crème solaire, parce que les politiciens s’en vont en vacances. 

Et on va tous avoir besoin de se reposer, parce que l’année politique 2018-2019 a été chargée. Il y a eu la fin de la lune de miel de Justin Trudeau, les frasques idiotes de Maxime Bernier, mais surtout, les Québécois ont élu pour la première fois au pouvoir un parti dont le nom ne commence pas par «P». 

En effet, la CAQ, après des années dans l’opposition, est entrée au pouvoir par la grande porte le 1er octobre dernier, en obtenant une écrasante majorité. 

Alors, qu’est-ce qu’on peut dire des troupes de François Legault, après leur première année de pouvoir? 

C’est le temps des bilans de fin de session. 

Un gouvernement qui tient ses promesses

La grande qualité de la CAQ, jusqu’à maintenant, c’est qu’elle tient ses promesses. 

Le gros défaut de la CAQ, toutefois, c’est aussi qu’elle tient ses promesses. 

Dépendamment d’où vous vous positionnez par rapport à la CAQ, vous êtes surement dans un état de satisfaction variable. Ceux qui ont voté pour la CAQ n’ont pas à se plaindre. 

La Coalition avenir Québec avait promis de baisser les seuils d’immigration; elle a utilisé le bâillon la fin de semaine dernière pour s’assurer que sa loi sur l’immigration serait votée avant la fin de la session parlementaire. 

La grande qualité de la CAQ, jusqu’à maintenant, c’est qu’elle tient ses promesses.  Le gros défaut de la CAQ, toutefois, c’est aussi qu’elle tient ses promesses. 

Oui, la CAQ a aussi dit qu’elle remonterait les seuils dans les prochaines années, mais ça aussi c’était dans le programme depuis le début. Y’a juste des gens «un peu racistes», pour reprendre les mots de François Legault, qui refusaient de voir cette partie de la promesse. 

La CAQ avait aussi promis d’interdire les signes religieux pour les personnes en position d’autorité, et là-dessus aussi elle a tenu parole. En fait, on pourrait même dire qu’ils ont dépassé les attentes, si comme moi vous ne considérez pas les enseignants comme des personnes en position d’autorité (en tout cas, certainement pas les remplaçantes). 

Mais encore une fois, il n’ya pas tellement de surprise. 

On a été un peu étonnés quand ils ont décidé d’enlever le crucifix à l’Assemblée nationale. Ça, je vais l’avouer, je ne l’avais pas vu venir. Mais François Legault n’arrête pas de marteler dans tous les médias que si ça avait été juste de lui, il aurait gardé le crucifix. D’ailleurs, leur loi stipule également que la croix peut demeurer dans tous les endroits publics. 

Bref, c’est une loi sur la laïcité, mais encore une fois, c’est surtout une laïcité musulmane qu’ils recherchent. 

Quelques dérapages

Si on se fie aux sondages qui placent le gouvernement de François Legault dans une encore bien meilleure position qu’en octobre dernier (et QS comme opposition officielle, comme quoi y’a des poules qui vont devoir s’acheter des brosses à dents bientôt), les électeurs caquistes n’ont pas grand-chose à reprocher au gouvernement. 

En fait, plusieurs de ceux qui ne voteraient pas pour la CAQ se disent quand même satisfaits, ce qui est une maudite bonne nouvelle si vous avez François Legault tatoué sur le coeur (ça serait un drôle de tatouage, mais y’a ben une madame qui s’est fait tatouer le logo d’En mode Salvail, fait que toute se peut).

Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu quelques erreurs par-ci par-là.

Une ministre étoile filante

Tout d’abord, il y a eu MarieChantal Chassé qui a été ministre de l’Environnement pendant à peu près 10 minutes avant d’être démise de ses fonctions par le premier ministre. Mais honnêtement, elle avait tellement l’air mêlée, je ne sais pas si elle s’en est rendu compte. 

Le ministre du pot

Il y a également eu Lionel Carmant qui s’est retrouvé avec le dossier du cannabis. En tant que médecin, monsieur Carmant n’a jamais caché être plutôt tiède su la légalisation du pot. En fait, c’est pas dur à savoir, parce que ça fait un an qu’il fait juste répéter sa cassette : «Le cannabis c’est légal, mais ce n’est pas banal». 

Il veut donc vraiment modifier la loi sur le cannabis, surtout qu’on a appris qu’elle est à peu près inapplicable; une seule contravention a été donnée sur 433 rapports remplis. 

Pourtant, même si c’est ben urgent pour le ministre Carmant, la loi semble piétiner et le ministre a surtout l’air d’un «mononcle» parano… même s’il a sûrement raison de dire que le pot c’est pas trop bon pour la santé des jeunes. 

Le ministre de l’Agriculture dans le champ

Il serait également difficile de passer sous silence les gaffes du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. 

Le trouble a commencé pour lui quand Louis Robert, un éminent expert du MAPAQ, a été renvoyé après avoir dénoncé que les études du ministère sur les pesticides sont contrôlées par l’industrie. 

Ce qu’on retient surtout, c’est que ça ressemble à de l’improvisation, ou au pire comme un ministre sous la botte de l’industrie. 

Dans un premier temps, le ministre a dit avoir décidé personnellement de renvoyer Louis Robert, pour après dire qu’il n’avait pas vraiment de bonnes raisons de le renvoyer, mais qu’il s’était fié à son intuition, pour ensuite affirmer que ce n’était pas vraiment sa décision, pour finalement revenir sur sa décision et avouer que le ministère voudrait bien le reprendre. 

Ce qu’on retient surtout, c’est que ça ressemble à de l’improvisation, ou au pire comme un ministre sous la botte de l’industrie. 

À surveiller l’an prochain

Les plus gros dossiers de la CAQ, l’immigration et la laïcité, sont maintenant chose du passé, pour le meilleur et pour le pire. 

Évidemment, la prochaine patate chaude de la CAQ sera l’éducation. François Legault n’était pas capable d’arrêter de parler des maternelles 4 ans pendant 2 minutes lors de la campagne électorale, et il essaie maintenant de les implanter, malgré la grogne du milieu scolaire, et malgré la pénurie de locaux et d’enseignants. 

Il sera également intéressant de voir comment François Legault continuera de se positionner par rapport à l’environnement. On aurait dit lors du conseil que le premier ministre s’était découvert une vocation écologiste, mais il s’est immédiatement mis à défendre GNL, un projet d’usine de transformation du gaz naturel extrêmement polluant. 

Mais personnellement, ce que je suivrai avec le plus d’intérêt, c’est le dossier de la réforme du mode de scrutin. 

Le premier ministre avait promis lors de son élection que dès 2022, nous aurions un mode de scrutin proportionnel mixte. 

Pourtant, on a appris qu’à l’intérieur du caucus caquiste (essayez de dire caucus caquiste à voix haute, voir) une opposition se formait. Certains réclament qu’on tienne un référendum sur la question.

François Legault dit maintenir le cap et ferme la porte à un référendum, mais Justin Trudeau nous avait également dit que les élections de 2015 seraient les dernières avec le système actuel… et nous irons pourtant voter l’automne prochain avec le même vieux système qu’à l’habitude. 

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