Sainte-Julie

Santa-Hulia Beach (Sainte-Julie). Une ville dans laquelle c’était bon d’être jeune dans les années 90 et où c’est merveilleux d’être vieux dans les années 2000.

1. Le passé était moins contrôlé.

Si tu as grandi (comme moi) à Sainte-Julie dans les années 90, tu vas reconnaître et t’ennuyer des lieux que je vais décrire. Mais si tu es né en 2000 et plus, tu vas regretter de ne pas être né 10 ans plus tôt. L’époque où c’était rempli de bonheur rebelle, aujourd’hui éteint par le surplus d’autorité dans ce village.  Gagnante de la ville la plus heureuse du Québec pour son nombre impressionnant de résidents policiers et sa patrouille de nuit aux sirènes jaunes, Sainte-Julie est la ville d’où je suis parti.

2. Le « Bench »

Sainte-Julie est une ville divisée en deux par un viaduc. Le « Domaine » et le « Village ». Le village est situé plus en hauteur, donc il a une vue plongeante sur le domaine, ce qui est ironique puisque c’est le domaine qui regarde de haut le village. Mais dans ce dit village, il y a un banc, un simple banc de parc situé au bord d’une piste cyclable derrière l’école des Quatre-Vents. À l’époque, ce banc avait une vue magnifique sur tout le domaine. On y voyait le Mont Saint-Bruno illuminé, les commerces, la forêt, les champs, etc. Bref, une vue de carte postale. Idéal pour y partager son premier baiser (Jessica), son premier pique-nique en amoureux (Cindy), sa première peine d’amour (Cindy) et pour recevoir un «c’est correct bro, ça va bien aller». Si vous trouvez ce banc aujourd’hui, vous allez remarquer que la vue a bien changé. Maintenant, c’est une magnifique vue sur un grand mur gris de béton qui se trouve à être le dos du concessionnaire Hyundai. Un peu moins swell sur une carte postale.

3. Les pentes cachées

Tout le monde connaît la pente à glisser. Vous savez, cette butte de terre qui sert à fêter la Saint-Jean, à diffuser des films les mardis soirs estivaux et à glisser l’hiver (elle ne porte pas son nom pour rien). Tout le monde a déjà glissé en trip ou en trois skis sur les pistes artificielles de la pente à glisser. Les plus rebelles d’entre vous se rappelleront de LA piste, pas celle toute tapée dans un environnement sécuritaire entre quatre clôtures, non, non, je vous parle de la petite secrète derrière l’aréna, celle qui descend dans le bois. À chaque année, un rebelle construisait un «Jump» à sa base pour pouvoir sauter le ruisseau. Personne ne sait qui le faisait, mais miraculeusement, à chaque année quand tu montais la pente de neige folle et que tu te retrouvais face à face avec une descente en forêt, armé de ton trois skis d’une main et de ton courage de l’autre, il y avait toujours une butte qui te propulsait de l’autre côté du ruisseau glacial. Peu importe qui est la personne qui formait cette butte, je te dis merci.

4. Les maisons construites par qui?

Sainte-Julie est une ville de banlieue et une VRAIE. C’est-à-dire que le gazon est d’un vert parfait et qu’il y a un set de patio dans chacune des cours. Ce qui manque à Sainte-Julie? Des grands arbres pour se faire des cabanes. En fait, il n’y en a pas sur les terrains, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas dans la ville. Je vous ai déjà parlé de la forêt derrière l’aréna, une forêt de sous-bois dans laquelle il y a un petit ruisseau, des arbres, des feuilles, la classique genre. MAIS il y a aussi un pont, fabriqué de mains inexpérimentées, un genre de tipi fait de branches et de feuilles qui ne réussit même pas à cacher du soleil et une tonne de dessins et de constructions dans le sol qui ne font aucun sens sauf pour nos imaginaires d’enfants. Tout julievillois(e) qui se respecte y a déjà incarné un grand explorateur dans ce gros 800 pieds carrés de jungle. Cabane dans l’arbre? Pas besoin, à Sainte-Julie, on a un village dans l’arbre! Si vous lisez ceci et que vous avez des enfants accros à leur télé, allez les lâcher dans cette «jungle», ils vous remercieront.

5. Les trésors

Quand tu as 13-14 ans, tu n’es généralement pas très fortuné et ton père ne veut pas toujours te donner de l’argent pour acheter tout ce que tu veux (heureusement). À Sainte-Julie, si tu voulais un bon skate pour pas trop cher, t’allais au Empire. Tout le monde connaît le Empire, chaîne de magasins, dont le tout premier était à Sainte-Julie. Phil, le proprio, t’accueillait avec ses gros dreads et te montrait, selon la saison, une vidéo de lui faisant des back flips en motoneige. Ce qui est moins connu, c’est le conteneur du Empire, ce gros contenant métallique dans lequel on jetait les «déchets». En magasinant au Empire, tu pouvais avoir une planche pour 200-300$, mais si tu magasinais plutôt dans le conteneur, tu te trouvais une planche pour 30-40$. Voyez-vous, lorsqu’une planche est endommagée, que ce soit un peu ou beaucoup, on ne peut la vendre, alors on la jette. On la jette où? Dans le conteneur. Malheureusement, pour tous les jeunes qui lisent ceci et qui se préparent à aller piller les poubelles, le Empire de Sainte-Julie a fermé ses portes. Depuis que la plus grosse maison de personnes âgées du Québec a ouvert ses portes juste en face du feu Empire, la clientèle cible semblait ne plus être au rendez-vous.

6. L’étoile qui brille d’un seul feu

Peu importe ton âge tu connais «L’étoile d’or». Le bar où depuis 25 ans, c’est le même chauffeur de taxi qui va prendre sa bière en attendant d’avoir un call (qu’il n’a que très rarement). Le seul bar où c’est normal de demander une Labatt 50 tablette. Le bar où LA barmaid change à chaque saison. Le bar où tu dois rentrer par en arrière parce que les deux entrées principales sont condamnées. Le bar où avoir 18 ans pour rentrer n’est pas une loi, mais une suggestion. Le bar où le Dj booth a couté plus cher que ta maison, mais où la seule musique qui joue sort du jukebox. Oui, oui, ce bar là! Il fut une époque où tu pouvais rentrer dans ce trou, aux planchers collants et aux lumières tamisées, et entendre une douce voix de grand-mère sympathique te demander « Qu’est-ce que je te sers cher? ». Ah Renée, tu seras toujours pour moi la seule barmaid qui vola mon cœur à grands coups de soupes maison et de grosse bière. Parce que comme t’aimais le dire, « Une petite bouteille dans le fond, c’est juste un échantillon de la grosse ». Aujourd’hui, ça a bien changé, un peu plus éclairé, les tables de pool sont fonctionnelles et les toilettes flushent. Le genre de luxe que jadis, il n’y avait pas.

7. Le tunnel

Si tu vas derrière l’école secondaire de Sainte-Julie, tu vas apercevoir un terrain de soccer, du beau gazon et une piste cyclable qui passe sous le boulevard N-P Lapierre. Tout est beau et propre comme ça devrait l’être. Les nouvelles familles s’installent, le quartier est fleurissant, bla bla bla. Cette piste cyclable n’a pas toujours été. Avant, elle s’arrêtait de l’autre coté du boulevard. En fait, son point d’arrêt était ce tunnel qui passe sous le boulevard. Un tunnel qui était ouvert un été sur deux sans que personne ne sache pourquoi. J’irais même jusqu’à dire qu’il était parfois ouvert une semaine sur deux. Quand arrivait l’heure du dîner à l’école du Grand-Coteau, des jeunes disparaissaient en direction de ce tunnel en espérant qu’une chose, que les grillages ne soient pas barrés. Si la voie était libre, ceux-ci y faisaient des graffitis, fumaient leurs premières cigarettes étranges et, quand même, mangeaient leur lunch, avec comme trame sonore les voitures qui passaient sur leurs têtes. On ne compte plus le nombre d’histoires qui débutent par «Te rappelles-tu la fois au tunnel ?»

8. Faire du parking

Avant d’être le fast-food qui se donne des airs de grand restaurant, le McDonald de Sainte-Julie était le point de rassemblement des amis du village et du domaine. Ce resto qui aujourd’hui te fait croire qu’il est de la tranche des Scores et St-Hubert avec son foyer intérieur et ses sofas, était jadis un vrai McDo. Celui avec des sièges en plastique, des commandes aussitôt commandées, aussitôt reçues, suivies du fameux «Suivant!». Les gens se foutaient bien du look de l’endroit; le McDo, ils l’aimaient. La plupart des habitués restaient dans leur voiture à manger une frite en attendant que leur ami arrive de l’autre moitié de la ville. Le fait que 90% des jeunes travaillaient au McDo, expliquait aussi l’achalandage parce que tu te retrouvais toujours à attendre qu’il finisse son shift pour te donner un sac de croquettes congelées «on the side ». Merci McDo pour toute cette bouffe non payée qui fit la fondation de mon bedon.

9. MON St-Bruno, pas le tien

Le Mont Saint-Bruno est situé en grande partie à Saint-Bruno, c’est vrai. Mais le 30% qui est à Sainte-Julie n’est pas négligeable. La pente de ski est de quel coté? Sainte-Julie. La mine est de quel coté? Sainte-Julie. Les entrées cachées pour ne pas payer les droits de Parc nationaux sont de quel côté? Sainte-Julie. Je suis sûr que Saint-Bruno n’est pas en reste, mais Sainte-Julie a un gros bout du bâton. Ah, aller se promener dans le mont, une activité dont le niveau de plaisir dépandait à 100% de l’accompagnement. Avec maman et papa, tu y vas en voiture, tu payes, tu restes dans les sentiers, l’expérience est assez linéaire. Avec tes amis, tu y vas en vélo, tu rentres par le trou derrière l’école, tu te promènes dans le bois jusqu’à ce que tu trouves une sortie qui t’amène quelque part de louche, comme une ancienne usine ou un camp de vacances. Si vous savez de quoi je parle, vous connaissez sûrement le mur d’escalade couvert de bière. Ben c’est les moniteurs de camps… Mais ce n’est pas moi qui vous l’ai dit.

10. La fontaine de jouissance

Encore une fois, on se retrouve derrière l’aréna. Si vous suivez la piste cyclable, elle va vous amener autour d’un petit lac artificiel qui possède deux fontaines. Lors d’une belle journée ensoleillée, ce lac est probablement l’endroit le plus romantique qui existe à Sainte-Julie (depuis la construction du Hyundai du moins). Il y a deux bancs de parc à votre disposition, mais je recommande la traditionnelle couverte. Le pique-nique avec le bruit des fontaines, en pensant toujours à garder une certaine distance d’avec celles-ci, ne pas sentir la puanteur des égouts, et voilà la recette pour ne jamais dormir seul à Sainte-Julie.

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Sainte-Julie en images

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