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Bien que j’aie stipulé très clairement dans cet article que, comme sexologue, je ne vous parlerais jamais de ma vie sexuelle (et cette résolution tient toujours), ce début de texte sera tout de même un peu plus personnel. C’est que, dans les dernières années, j’ai pu constater un phénomène aussi fascinant que troublant. En effet, du haut de mes petits (je fais 5 pieds 1, quand même) et tout récents 46 ans, la société m’a appris que j’étais vieille.
Oui, vieille.
Personnellement, avant que je ne saisisse la pléthore de messages plus ou moins subtils qui m’étaient envoyés par l’univers pour me faire sentir croulante (rien de moins), je me considérais encore jeune. En fait, je me bats quotidiennement pour rappeler — à moi-même et aux autres — que la quarantaine, c’est jeune. Point barre. Cela dit, notre monde absurde ne semble pas du tout d’accord sur ce point.
Tout ça a commencé avec quelques phrases âgistes, lancées ici et là.
« Je ferai ça quand je serai vieille et casée, genre 40 ans. »
« C’est pus de mon âge de sortir aussi tard ! »
Dans des reels Instagram quand même drôles et, à mon grand dam, relatable :
Ou, encore, dans un passionnant épisode du balado Pas peu fières avec Vanessa DL* :
« C’est comme, par exemple, le midlife crisis ; genre, à 40 ans, là, matante Rolande s’achète une moto. »
Et, le pire du pire, j’ai MOI-MÊME commencé, il y a quelques années déjà, à parler de mon âge comme d’un chiffre vénérable. De mes petits bobos. De mon éternelle fatigue. (Bon, sérieux, qui n’est pas claqué, dites-moi ?) De mon corps qui change. Du brain fog qui se fait parfois (souvent) sentir. De ma mémoire pas toujours aussi top qu’elle était. Et oui, de la fameuse périménopause (0 out of 10, would not recommend).
Mais, à un moment donné, j’ai fait : wô minute, là.
Entendons-nous : je ne suis pas profondément en déni sur le fait d’avancer en âge. Ça fait partie de la vie. Mais là où j’ai un problème, c’est de voir à quel point ça affecte énormément de gens qui pensent sincèrement que la vieillesse commence à 40 ans.
Dans quel monde vit-on — où, d’ailleurs, on peut aisément devenir centenaire — pour croire que, déjà, dans la quarantaine, on est bons et bonnes pour la dompe ? (Je beurre épais, mais vous voyez le topo.)
Bref, qui nous a fait croire que 40 ans, c’est le début de la fin ?
Cibole.
La réalité ? Je vois et j’entends des gens éviter de dater par peur d’avoir à se retrouver nu.e devant un.e partenaire qui jugerait leur corps changeant. Ou se comparer à des images photoshopées à mort sur Instagram ou aux vedettes de plus en plus minuscules et aux faciès figés sur les tapis rouges.
Et, ceci dit, no shame. Ces vedettes sont tellement scrutées avec minutie et condamnées au moindre faux pas (qu’il soit esthétique ou idéologique), qu’on peut tout à fait les comprendre d’aller vers des solutions amaigrissantes et des transformations chirurgicales. Avoir mon visage sur d’aussi grands écrans, je ferais probablement pareil. Le problème n’est pas là ; il est plus profond.
La bonne nouvelle ? Ça peut changer ! Mais toujours faut-il qu’il y ait assez d’options pour contrecarrer cette « nouvelle normalité ». À l’heure actuelle, c’est assez difficile.
Fait que, on fait quoi ?
On a besoin de diversité, de variété, d’ouverture. Toujours revenir aux modèles normatifs de la jeunesse munie de corps capables et idéalisés, c’est lassant. D’ailleurs, les jeunes n’ont pas tous l’air de ça et n’ont pas tous une sexualit comme dans les films et séries. Il y a des jeunes en situation de handicap, avec des enjeux de santé physique ou mentale, par exemple. Raison de plus pour faire éclater les normes.
Quand je disais qu’être vieille ou vieux, c’est avant tout dans la tête.
Je nous souhaite donc de stopper cet âgisme décomplexé et de profiter de chaque moment, sans se demander constamment si on est trop ci ou trop cela. La vie est trop courte pour qu’on n’en profite pas pleinement.
* Que j’aime beaucoup, no hard feelings.
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Inutile de chercher loin pour comprendre d’où viennent ces messages aussi répétitifs qu’ils sont bien ancrés : le culte de la jeunesse est omniprésent. Crèmes rajeunissantes et raffermissantes, injections préventives de botox, masques au collagène, peeling, vitaminothérapie intraveineuse ; les trends pullulent sur les plateformes sociales, promettant une jeunesse conservée ou retrouvée. Les routines de skincare s’allongent de plus en plus et il n’est pas rare de voir de jeunes personnes à l’air momifié sous un attirail toujours plus complexe pour s’assurer que jamais, ô jamais, on ne verra sur leur corps des signes de vieillissement. Ça touche particulièrement les femmes, mais les messieurs ne sont pas en reste. Je vois d’ailleurs de plus en plus de contenus sur TikTok à propos de greffes de cheveux non chirurgicales pour ces derniers.
Sans oublier les messages véhiculés via, entre autres, les publicités. On nous enfonce dans la tête l’idée que vieillir est la pire chose qui puisse nous arriver. C’est une menace sourde, qui nous attend au détour, si on ne fait pas attention. Pourtant, vieillir, surtout à notre époque weird et dystopique, c’est un privilège. Vous êtes en santé ? Achetez un Gagnant à vie. Avec l’état de notre planète, ça veut aussi dire qu’on peut encore exister, ce qui n’est pas rien.
On doit aussi constamment produire, être efficaces, performant.e.s. Ralentir, c’est être mis.e à l’écart. Être oublié.e. Ça se voit même dans les bureaux. La Presse rapportait récemment que les gens qui avancent en âge sont de plus en plus portés à avoir recours à des investissements esthétiques pour paraître « reposés et en forme » au boulot. Comme l’indique la journaliste : « […] le marketing de soi-même, et l’apparence parfaite ont envahi des professions où, en principe, la compétence devrait suffire. »
Maintenant, prenez tout ça et appliquez-le à la sexualité. Vous l’aurez deviné, le constat n’est pas nécessairement jojo. Comment se sentir désirable, compétent.e, adéquat.e, quand des messages nous indiquent qu’au contraire, il faudrait ressentir de la gêne et de la honte à ne plus faire partie de la jeunesse ? Ça rend les changements corporels encore plus difficiles et la relation à l’image de soi, un solide défi. De plus, les seules références et modèles disponibles mettent en scène des jeunes. (Et, en plus, des jeunes qui correspondent à des critères précis : minces, beaux, musclés, etc.). Mais à 40, 50 ou 60 ans, on n’est plus nécessairement à la même place.
La sexualité s’arrête-t-elle après 40 ans ? Que nenni ! D’après une récente étude menée auprès de 3 200 femmes, celles-ci ont non seulement encore du désir pour la sexualité, mais elles considèrent que c’est un aspect important de la vie. Il semble même que, chez ces dernières, la satisfaction sexuelle trouverait son apogée… à 80 ans ! Du côté des hommes ? Il atteindrait des sommets à la quarantaine.
En fait, c’est pas sorcier. Avancer en âge peut signifier qu’on se connaît mieux. Qu’on a une meilleure capacité à mettre ses limites, à nommer ses besoins. Ce n’est pas une garantie, mais ça peut vachement aider d’avoir cheminé. Les gens ont l’impression de devoir performer comme avant, alors que les corps et ce qu’on a dans la tête et le cœur peuvent grandement changer. Cependant, la sexualité qu’on a à 15 ans versus 25 ans n’est pas la même. Ni celle de 35 versus 45 ans. Les besoins vont souvent varier, les envies aussi et, dans bien des cas, les limites également. On accepte peut-être plus certaines choses, moins d’autres.
On ne tolère plus la normalité, la banalité. Nos cerveaux, comme l’explique cet article dans The Conversation, ont une plasticité qui permet de s’adapter et d’apprendre de nouvelles choses. Lorsqu’on lui soumet une quantité astronomique de visages et de corps à la plastique parfaite, que se passe-t-il ? Eh bien, il recalibre ses repères, et intègre qu’il s’agit de la nouvelle « normalité ». On parle aussi de beauty overstimulation.
Être vieille ou vieux, c’est avant tout un état d’esprit. Parce qu’on peut avoir 20 ans et un horaire de pépère ou 102 ans et enseigner le yoga, comme Charlotte Chopin, une Française de la région de la Loire. Évidemment que vieillir vient avec son lot de difficultés et d’enjeux. Mais l’expérience humaine n’est pas un long fleuve tranquille à la base. Alors, peut-on arrêter d’employer un langage négatif face à l’avancement en âge, please ?
La sexualité, ÇA CHANGE TOUT AU LONG DE LA VIE. Peut-on se le répéter ? Un déménagement, une rupture, un changement de travail, un deuil, l’arrivée d’un.e enfant ; ce sont tous des événements pouvant affecter la sexualité, et qui peuvent arriver à différents moments de la vie, pas juste à la vieillesse. Conséquemment, il faut laisser la place aux fluctuations, aux adaptations, à l’exploration, et ce, peu importe l’âge (tant qu’on peut consentir, évidemment).
Il n’y a pas d’âge pour éprouver du plaisir sexuel. Y compris sur notre lit de mort. Est-ce que, rendu.e là, c’est notre priorité? Peut-être pas. Mais, même si notre capacité est toujours là, il semblerait qu’à partir d’un certain âge, il faudrait s’en priver. Vous savez que les enfants des parents placés dans les RPA sont souvent les premiers à refuser que leurs parents puissent avoir de l’intimité ? Qu’ils puissent fréquenter une nouvelle personne ?