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INTÉRIEUR. JOUR.
Une jeune femme légèrement vêtue arrive à son appartement où l’attend son copain. Ô surprise! (#not), elle le surprend les culottes à terre, en train de pilonner allègrement sa belle-mère. La jeune cocue, d’abord horrifiée, finit par se joindre à la partie et s’ensuit un trip à trois qui risque de créer de belles discussions au souper de Noël. Et… coupez!
Une scène du genre, on en a vu une, on en a vu mille. Pourtant, ce type de scénario continue d’être la catégorie la plus prisée – parmi un vaste éventail – des sites de contenu XXX grand public tels que PornHub et Xhamster.
Pourquoi en sommes-nous toujours là, alors que les sexualités sont multiples et plurielles?
Entendons-nous : la question est purement rhétorique. Si nous sommes aux prises avec une porno à la fois conventionnelle et peu imaginative, c’est parce que… ça fonctionne! C’est facilement accessible, à moindre coût – voire carrément gratuit – et exulter en quelques minutes ne demande parfois que ce type de stimulation efficace et, dans certains cas, carrément hygiénique/mécanique. C’est correct; pas de mal à ça!
Le hic, c’est qu’en consommant continuellement des contenus du genre, on entraîne son cerveau et son corps à s’exciter devant des stimuli stéréotypés et potentiellement nocifs pour nos sexualités.
Je sais, je sais; nocif, ça sonne grave.
Toutefois, la consommation (ou surconsommation) de porno fait partie des raisons pour lesquelles de nombreuses jeunes personnes avec un pénis sont aux prises avec des difficultés érectiles. Sans oublier la perte de désir qui peut également survenir à force de voir les mêmes types de corps et de pratiques sexuelles, éléments qui ne reflètent souvent pas la réalité de ce qui se vit à la maison.
Good to know. Mais, est-ce qu’il existe autre chose?
Bien sûr, vous avez sûrement entendu parler de la pornographie féministe ainsi qu’éthique, deux propositions qui veulent révolutionner notre rapport aux contenus pour adultes. Mais, depuis quelques années, c’est plutôt le terme post-porn qui ressort du lot.
La post-porn, c’est un projet artistique, mais surtout politique qui remet en question les normes sexuelles, ainsi que la porno elle-même comme média.
Bon. C’est bien joli tout ça, mais ça fonctionne comment?
Pour mieux comprendre, on peut résumer quelques préceptes de ce mouvement, comme expliqué, entre autres, dans Teaching Post-Pornography, mais également chez le sociologue, militant et transactiviste Sam Bourcier. Je sais, ça peut sonner pompeux tout ça, mais tenez bon, je vous simplifie ça!
Ceci résume – grosso modo – ce projet de post-porn qui, vous vous en doutez peut-être, va plus en profondeur et en complexité que cela. Mais il faut commencer quelque part.
Comme sexologue, je crois fermement que faire éclater les normes (j’en parle d’ailleurs dans mon tout nouveau livre #winkwink 🙃) fait partie des solutions qui vont nous permettre de redéfinir des sexualités plus libres, éclatées et, tout bonnement, l’fun. Juste ça, tsé.
Découlant des deux premières, la post-pornographie souhaite déconstruire la vision étriquée du sexe qui constitue encore trop souvent notre modèle de référence. [Insérez ici n’importe quel scénario cul-cul impliquant un homme et une femme, de la MILF à la jeune étudiante, en passant par tous les clichés racistes et sexistes possibles et imaginables.] Ainsi, la post-pornographie est résolument queer et tournée vers des sexualités décloisonnées et plus permissives, tout en cherchant à communiquer une vision positive du travail du sexe et un féminisme intersectionnel.
Qu’on trouve ça intéressant, dérangeant, enivrant, intrigant, déstabilisant, excitant (name it), la post-pornographie – tout comme le fait la porno féministe et éthique – a le mérite de brasser les idées et de défaire celles qui sont préconçues. Anyway, qu’on y adhère ou non, c’est toujours bon de réfléchir à ce qui dicte nos conduites et préférences sexuelles. Question d’ouvrir ses horizons et, qui sait, peut-être un jour entamer une révolution? 😉