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La nouvelle nostalgie de « Challengers »

Un film sexy et ensoleillé, comme l’été de vos 18 ans.

Par
Benoît Lelièvre
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Tout le monde aime Zendaya.

Avec raison, d’ailleurs, puisque la jeune actrice aux allures d’éternelle adolescente est beaucoup plus qu’un joli visage. L’intensité et le charisme de la Californienne traversent l’écran et évoquent une époque de liberté et de promesses où tout semblait possible. Un seul de ses regards bien étudiés fait office de fontaine de jouvence et donne envie de déplacer des montagnes. Comme lorsqu’on regardait notre premier amour.

La présence transcendante de Zendaya inspire une nostalgie des plus particulières. Que ce soit à travers son rôle d’ado en détresse dans Euphoria ou de guerrière intergalactique dans Dune, on a invariablement l’impression de contempler une personne d’exception au potentiel infini lorsqu’elle est à l’écran. C’est un talent qui ne s’apprend pas. On l’a ou on l’a pas, et peu de personnes l’ont comme Zendaya.

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Cette présence transcendante est quelque chose que le réalisateur italien Luca Guadagnino comprend non seulement très bien, il a réussi à la saisir et à l’incarner avec brio dans son nouveau film Challengers, dont tout le monde parle dernièrement. Une œuvre sexy (et sexu) qui vous redonnera 18 ans pendant exactement 131 minutes.

Le sentiment d’une soirée magique

Challengers raconte l’histoire du champion de tennis en fin de carrière Art Donaldson (Mike Faist) et de son ex-meilleur ami Patrick Zweig (Josh O’Connor) qui s’affrontent en finale d’un tournoi de deuxième ordre. Raconté de manière non-linéaire, Challengers raconte comment les deux hommes autrefois inséparables sont devenus des frères ennemis après leur rencontre avec Tashi Duncan (Zendaya), une jeune joueuse athlétiquement et romantiquement beaucoup plus forte qu’eux.

À travers la réalisation tendre et coquine de Luca Guadagnino et le jeu stratosphérique de ses trois acteurs principaux, Challengers évoque une nostalgie différente.

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Une résurgence d’un sentiment de liberté absolue et d’éveil sexuel qui ne se produisent qu’une seule fois dans toute une vie. Pendant la première scène où le trio se rencontre, la magie des premiers moments entre deux (ou ici trois) jeunes personnes crépite dans l’air. Les mots planent, les regards sont chargés de tension érotique. On s’abandonne à la puissance du désir.

Là où Challengers diffère du film de coming of age conventionnel et où (à mon avis) il prend tout son intérêt, c’est que Tashi, Art et Patrick continuent de poursuivre la béatitude exquise de leurs sentiments de jeunes ados au fil des années. Lesté par le poids des responsabilités et des attentes qui les lient, le trio refuse la normalité du présent au profit de la recherche des sentiments ayant uni leur destin. Avec dextérité et nuance (mais beaucoup d’énergie), Challengers fait mine de mirage au bout de l’arc-en-ciel.

Le personnage de Tashi en est le meilleur exemple. Compétitive et acharnée, elle obtient systématiquement tout ce qu’elle désire, malgré le mauvais sort (une blessure au genou catastrophique) sans jamais retrouver la légèreté ressentie la seule fois où elle s’est laissée porter au rythme d’une rencontre impromptue. Tashi est à la fois tragique et impérieuse.

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« Le tennis, c’est une relation entre deux personnes »

Bien sûr, le tennis joue aussi un rôle crucial au cœur de l’intrigue et de la structure de Challengers. Le trio de protagonistes ne cesse d’y jouer, dans leurs interactions comme sur le court.

Tashi joue avec puissance et conviction, de manière à positionner ses adversaires exactement là où elle les veut. Patrick est flexible, créatif et naturellement disposé à improviser des solutions à ses problèmes alors que Art est tendu et rigide et se laisse dicter le tempo par ses adversaires. Il se développe entre les trois une relation de puissance qui perdure parce que Tashi vit son rêve de jouer au tennis professionnellement à travers Art, son mari, qu’elle entraîne depuis sa blessure.

Bon. On pourrait dire qu’ils sont devenus trois personnes au caractère questionnable au fil des années. Tashi est rigide et contrôlante, Patrick est arrogant et paresseux et Art semble avoir délégué son libre arbitre à sa femme en échange de son amour. Elle lui rappelle d’ailleurs sèchement à plusieurs reprises qu’il est un homme adulte en mesure de faire ses propres choix, ce qu’Art accueille à chaque fois comme si Tashi venait soudainement de lui adresser la parole en Klingon.

Leur dynamique est néanmoins captivante, à l’image d’un furieux échange sur le court. Chaque petite erreur menaçant de faire basculer l’équilibre précaire qui régit leur relation.

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Comme vous pouvez le constater, j’ai été pas mal conquis par Challengers. C’est un film intelligent, charmant, et par-dessus tout, accessible. Luca Guadagnino est un goût qui se développe, mais si vous voulez traîner votre petit cousin Brayden au cinéma pour voir Challengers, il risque de ne pas s’ennuyer lui non plus. C’est la marque d’un grand film d’avoir la capacité de plaire à tout le monde et Challengers coche pas mal toutes les cases.

Attendez-vous à quelques mises en nomination aux Oscars, dont Zendaya et la sublime bande sonore signée Trent Reznor et Atticus Ross. Garrochez-vous en salle, ça en vaut la peine. Si vous êtes de l’autre côté de la trentaine, préparez-vous à vous sentir jeune et plein d’hormones pour une nouvelle fois!

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