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La console la plus sous-estimée «ever», c’est la PlayStation

Pierre-Luc Racine est dans le champ, laissez-moi vous expliquer pourquoi.

Par
Benoît Lelièvre
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Il y a quelques semaines, mon collègue Pierre-Luc Racine a publié un texte nostalgique, vendant les mérites de la console Nintendo 64 comme étant la plus sous-estimée de l’histoire des jeux vidéos.

Bon.

C’est adorable et c’est presque convaincant, mais faut se dire les vraies affaires : y’est dans le champ pas à peu près. Il devrait aller se faire refaire sa prescription de nostalgia goggles.

La console la plus sous-estimée de tous les temps, tout le monde sait que c’est la PlayStation.

L’originale.

Celle qui a fait de moi un homme.

L’expérience qui a changé ma façon de voir les jeux vidéos

Moi aussi, je pourrais vous dropper des noms de jeux vidéos qui ont fait de la PlayStation une console inoubliable : Crash Bandicoot, la série Cool Boarders, Driver, Metal Gear Solid, PaRappa The Rapper (OK, peut-être y avait-il quelques substances illicites impliquées dans l’appréciation de ce jeu), la PlayStation ne manque pas de classiques. Ce n’est cependant pas le nombre de jeux qui fait d’elle la console la plus sous-estimée, mais la puissance des expériences qu’elle a su offrir.

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Laissez-moi vous raconter la première fois où j’ai joué à Silent Hill.

J’avais 17 ans. Mes chums et moi avions l’habitude de louer un jeu vidéo le vendredi soir et se taper des marathons de gaming les fins de semaine, parce qu’en hiver sur la Côte-Nord, y’a pas grand-chose de plus constructif à faire.

Personne ne voulait louer Silent Hill au départ, parce qu’on venait de finir Resident Evil 2 et que les gars ne comprenaient pas trop la différence entre les deux. C’est moi qui ai payé la location avec mon argent de poche. La pochette du jeu avait quelque chose de complètement différent des autres jeux vidéos que j’avais connu jusque là :

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Pas de guns. Pas de monstres. Pas de dude à l’air badass brandissant des armes aux formes phalliques. Deux visages, la silhouette d’une petite fille et une ville enneigée sur un fond monochrome. Le genre de portrait sombre et inquiétant qui semblait cacher beaucoup plus qu’une série de zombies à descendre.

Lorsqu’on est arrivés chez mon chum Alex et qu’on a mis le jeu dans la PlayStation, notre vie a changé, ne serait-ce qu’un petit peu.

Je vous explique, au cas où vous ne seriez pas familiers avec Silent Hill. Le personnage incarné par le joueur se nomme Harry Mason. Il est un simple père de famille monoparental en vacances avec sa fille Cheryl. Cependant, sa vie chavire lorsqu’il fait un accident de voiture tout près d’un petit bled perdu nommé Silent Hill en essayant d’éviter une enfant sur la route.

Pas de guns. Pas de monstres. Pas de dude à l’air badass brandissant des armes aux formes phalliques.

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Harry se réveille seul, dans une atmosphère embrumée et enneigée, il n’est pas blessé, mais Cheryl n’est nulle part. Il croit l’apercevoir au loin, entendre le bruit de ses pas, mais tout ce qui l’entoure, c’est ça :

Mettez-vous à notre place. On était cinq jeunes hommes pour qui les jeux vidéo, ça voulait dire sauter par-dessus des trous, effoirer des tortues, gunner du monde et faire des saisons à NHL. En quelques minutes on est devenus responsables du sort d’une petite fille disparue.

En quelques minutes on est devenus responsables du sort d’une petite fille disparue.

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On s’est tout d’abord senti cheap. Extrêmement cheap, comme si on venait de découvrir une tragédie par erreur. On aurait pu aller reporter le jeu et demander un remboursement, mais c’est pas ça qu’on a fait. On s’est tous assis autour d’Alex, qui maniait la manette et on s’est donné comme mission de retrouver Cheryl. Silent Hill, ça se joue à un seul joueur, mais on a passé trois fins de semaine consécutives ensemble à réfléchir, essayer des affaires et à résoudre les énigmes du jeu.

Ceux qui connaissent Silent Hill savent que le jeu contient son lot de monstres et de batailles sanglantes, mais il diffère de la norme sur cet aspect aussi. Harry Mason est loin d’être une machine à tuer. Ses mouvements son larges et maladroits. Il utilise des armes de fortunes comme une hache d’incendie ou un bout de tuyau. Des fois, il a une arme à feu, mais jamais beaucoup de balles. Un combat, dans Silent Hill, c’est aussi paniquant que ce qu’on peut s’imaginer dans la vraie vie.

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On a fini par trouver Cheryl Mason. Trois fois plutôt qu’une, parce que Silent Hill était l’un des premiers jeux à offrir des fins alternatives, dépendant des décisions prises par les joueurs. Et disons que la première fin n’a pas été la plus concluante.

Un jeu vidéo nous a réunis, une gang d’ados morveux, et nous a fait sentir responsables de polygones animés. Pour la première fois en jouant à un jeu vidéo, j’étais investi d’un sens du devoir.

De la catharsis à l’empathie

La PlayStation fut la première console de sa génération à offrir des expériences plus ambitieuses. Des jeux vidéos qui sollicitaient l’empathie et l’intellect de ses joueurs et non ses réflexes et ses connaissances des mécaniques de jeu.

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Silent Hill a été l’expérience la plus puissante, mais la PlayStation m’en a offert plusieurs : Metal Gear Solid, Resident Evil 2, la série Tomb Raider, Oddworld, Syphon Filter et j’en passe. Devant le succès de cette nouvelle forme de jeux vidéos plus complexe et nuancée, les autres consoles ont vite emboîté le pas. C’est sûr qu’il a eu de la normalisation depuis, les mécaniques de jeu se sont standardisées, mais cela ne fait que rendre le règne de la PlayStation encore plus unique.

Oui, la Nintendo 64 avait plusieurs bons titres dans sa librairie. C’était une bonne console, mais celle qui a livré les vraies innovations et changé le monde des jeux vidéos, c’est la PlayStation.

Aucune autre console ne m’a demandé de m’investir aussi émotionnellement dans le sort d’un ti-tas de polygones que la PlayStation. C’est celle qui m’a récompensé avec les expériences les plus déroutantes et immersives.

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