Et si Google était (un peu) evil ?

La concentration d’internet, pire que celle des médias.

Pas mal tout le monde s’entend pour dire que la concentration de la presse, c’est inquiétant. C’est facile à comprendre : si les médias sont entre les mains de seulement quelques propriétaires, ils ont chacun beaucoup plus de contrôle sur ce qu’on va savoir en suivant l’actualité que si la compétition est forte.

On semble toutefois moins s’inquiéter de la concentration d’internet. Facebook et la collecte de données personnelles en général nous stressent de temps en temps, mais en général la panique dure un jour ou deux, on capote sur les pubs sur mesure, et on continue à utiliser les réseaux sociaux comme avant.

Est-ce qu’on se pose parfois des questions sur Google, le site qu’on utilise tellement souvent que quelques mots tapés dans la barre de recherche de notre navigateur web nous mènent directement là?

Oh allez! Google, c’est le moteur de recherche le plus efficace, son excellent service est gratuit, offert sur une belle plateforme épurée sans pub…

SANS OUBLIER LES GOOGLE DOODLE.

Les créateurs de ce site ne peuvent que vouloir la paix sur terre.

Google trône toujours premier au palmarès des sites web les plus visités. Ça se comprend bien : internet est par sa nature un fouillis auquel tout le monde peut ajouter ses petites briques. Sans moteur de recherche, il serait pratiquement impossible à utiliser. Et c’est justement ce côté indispensable qui pose quelques problèmes…

Choisir les survivants du web

Une étude publiée en 2013 dans le Michigan Law Review révélait sans grande surprise que le rang auquel un site apparaît à la suite d’une recherche Google est en corrélation avec le nombre de visiteurs qui le fréquentent. Comme les revenus publicitaires sont le pain et le beurre de la plupart de ces sites, et qu’ils dépendent justement du nombre de visites, on peut affirmer sans trop extrapoler que Google peut décider quels sites web vivront et lesquels mourront.

Les fondateurs de Google étaient probablement au courant du pouvoir que leur algorithme leur conférerait quand ils ont décidé que la devise de la boîte serait « Don’t be evil ».

Les fondateurs de Google étaient probablement au courant du pouvoir que leur algorithme leur conférerait quand ils ont décidé que la devise de la boîte serait « Don’t be evil ». Si on se fie à ce slogan, on peut se dire qu’heureusement, l’algorithme est fait pour séparer le bon grain de l’ivraie et qu’il se base uniquement sur la pertinence pour classer les sites (et sur le talent des rédacteurs SEO, qui ploguent allègrement des mots-clés partout).

Mais regardons un instant cette infographie créée en 2013 par l’agence de marketing Overdrive Interactive, qui regroupe les diverses possessions de Google…

Imaginons maintenant que nous sommes le compétiteur d’un de ces services. Imaginons que nous sommes MapQuest, tiens. En 2007, c’était le site de cartes numériques le plus populaire au monde; il recueillait 57 % du trafic lié à ce secteur d’activité, malgré le fait que Google Maps existait depuis 2004. Mais quand Google a décidé d’intégrer les cartes de Google Maps directement dans son moteur de recherche (une image cliquable plutôt qu’un lien) au sommet des résultats de recherche, ses visites ont augmenté à une vitesse fulgurante, laissant derrière MapQuest.

« Les résultats de recherche dominants des produits Google lui permettent de renverser des leaders d’industrie déjà établis, comme MapQuest, pratiquement du jour au lendemain », résume-t-on dans l’étude.

Non seulement c’est possible, mais Google le fait bel et bien.

Structurer vos idées

Bon, ok, Google peut renverser des compagnies. Mais c’est normal, non? Business is business! Les autres n’ont qu’à créer leur moteur de recherche ultraperformant!

Et si on vous disait que ça avait aussi un impact sur votre façon de penser?

On construit notre conception du monde à partir de l’information que l’on assimile, et on a souvent le réflexe de poser nos questions à Google, puis de consulter les deux ou trois premières pages de résultats (GROS maximum).

On construit notre conception du monde à partir de l’information que l’on assimile, et on a souvent le réflexe de poser nos questions à Google, puis de consulter les deux ou trois premières pages de résultats (GROS maximum). Les auteurs d’un article publié dans le Journal of Education Policy remarquent que « ceux qui contrôlent la production et la distribution de l’information ont une forte influence sur la création de sens ». Comme Google produit de l’information par le biais de ses divers sites et applications, en distribue en la mettant en ligne sur ses plateformes ou en la rendant accessible par son moteur de la recherche, et en plus, la classifie, on vous laisse imaginer le pouvoir qu’il a.

Et tant qu’à se faire peur un peu : Google Scholar est parmi les moteurs de recherche académique les plus populaires au monde. Les critères qui aident à ce qu’un article ressorte au top : avoir eu beaucoup de clics et être référencé par d’autres auteurs, une roue qui s’alimente elle-même et restreint le groupe d’articles les plus consultés.

Toujours selon l’article, le fonctionnement de Google influencerait même les choix de sujets de recherche. « Les étudiants qui comptent sur internet pour leurs travaux sélectionnent les questions qu’ils considèrent comme étant les plus faciles à fouiller sur internet — donc habituellement celles sur lesquelles il y a le plus d’information disponible —, et qui peuvent être abordées par une stratégie de recherche simple. »

Tout ça sans compter sur le fait que la recherche se fait souvent seul devant son ordi avec ses mots clés et ses biais, sans fréquenter des lieux comme une bibliothèque où la confrontation des idées est plus fréquente…

C’est beaucoup de confiance à accorder à un moteur de recherche, tout ça.

À l’échelle mondiale

On a donné ici des exemples concrets et faciles à observer, mais les géants du web comme Google n’affectent pas juste ce qui se passe sur nos écrans. Un article du Guardian relevait il y a deux ans que Google avait embauché au moins 65 responsables gouvernementaux de l’Union européenne depuis 2005, et que la compagnie était pas mal best buds avec Washington.

On peut peut-être commencer par méditer là-dessus : la devise « Don’t be evil » a été remplacée en 2015 par « Do the right thing ». Ça sonne comme une drôle de cloche.

Avec ses multiples sous-branches, Google joue de plus en plus dans des secteurs régulés par le gouvernement (comme avec les voitures qui se conduisent elles-mêmes, pour ne choisir qu’un exemple). Internet s’imbrique toujours davantage dans nos vies (pensons aux maisons intelligentes). La concentration des grands acteurs du web est donc plus préoccupante que jamais… mais toujours aussi difficile à appréhender.

On peut peut-être commencer par méditer là-dessus : la devise « Don’t be evil » a été remplacée en 2015 par « Do the right thing ». Ça sonne comme une drôle de cloche.

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