C’tu normal si… on fait l’amour rarement (et mon chum semble se masturber souvent) ?

Vous avez des questions ? Julie a des réponses !

Salut Julie,

C’tu normal si j’ai l’impression qu’un couple de 80 ans a plus de relations sexuelles que moi avec mon copain?! Après 7 ans ensemble, si on fait l’amour une fois par mois, c’est bien beau… Par contre, Monsieur joue allègrement avec son pénis à tous les jours (je crois, je ne l’ai jamais surpris).

Merci

Valérie

Allô oui!
Oh qu’il y a plusieurs points à aborder dans cette charmante question! J’officialise donc qu’aujourd’hui, nous nous transformerons en Sherlock Holmes de l’union charnelle. INVESTIGUONS!

La situation actuelle semble frustrante pour toi et ici, je ne parle pas nécessairement de la déception liée à la fréquence des relations sexuelles. C’est qu’au-delà cette fréquence, il y a la satisfaction. Il aurait été possible que vous soyez comblés, batifolant mensuellement dans la joie et l’allégresse. Il n’y a pas de nombre de fois par jour / semaine/ mois / année qui puisse témoigner de la qualité d’une union. Je réitère: tout est lié à la satisfaction.
La tienne. La sienne. La vôtre.
Et c’est ici qu’on en sait peu.

Donnez-vous dans l’affection et la tendresse dans des p’tits moments du quotidien?

En lisant ta lettre, je me disais «comment elle se passe, cette fois par mois?
Qui initie le contact?
C’tu l’fun?
Est-ce qu’un des objectifs serait de faire un «copier/coller» de ce qui existe déjà et de vous donner plus d’opportunités de «s’inter-combler» ou on n’en est pas là? »

Et au-delà du «comment se passe la relation par mois?», comment se passe la relation à l’année, hors chambre à coucher (ou tout autre lieu sexé où vous pouvez vous lâcher lousse dans la lascivité)?
Donnez-vous dans l’affection et la tendresse dans des p’tits moments du quotidien?
Êtes-vous du genre à vous encastrer l’un dans l’autre su’l divan, à vous caresser la coiffe avant de vous coucher, à vous tâter l’dos en cuisinant le souper du mardi soir?
Êtes-vous du genre à vous raconter vos journées avec intérêt, à vous encourager dans vos projets de vie, à entretenir une complicité certaine sur plusieurs plans?
Et sur une échelle de 0 à 10, à combien évalues-tu le désir sexuel que t’entretiens pour ton conjoint? Et en général?

Certes, je viens de te bombarder de 40 000 questions et je suis consciente que la prémisse du courrier n’est pas «Vous avez des questions? Julie a des questions!», mais je sens l’appel du débroussaillage pour essayer de voir par quel chemin on pourrait bien passer pour ramener une situation plus jouissive.

J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de non-dits qui sont en train de se faufiler entre ton copain et toi.

C’est que si la solution était strictement comportementale, ma réponse à cette problématique de baisse de fréquence serait «ben faites le plus souvent» et tu me répondrais «ah ben oui! J’y avais pas pensé!» et vous le feriez plus souvent et là tu me dirais «oh wow Julie tu es tellement de bon conseil!» et je scanderais de façon suffisante «oh, je sais!» et on rirait en étant complices à tout jamais.

Mais God knows que l’équation ne se résout pas si facilement!

En fait, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de non-dits qui sont en train de se faufiler entre ton copain et toi. Des maudits p’tits non-dits qui s’accumulent, qui ébranlent la confiance et qui créent une distance faisant en sorte qu’il y a moins de relations sexuelles et plus d’insécurités. Des insécurités qui amènent des soupçons, pouvant laisser planer des doutes tels que «ça y est… il se masturbe, alors il a encore du désir sexuel, mais il ne le dirige pas vers moi… ça y est… il est plus centré sur ses besoins et il ne considère pas les miens…».

Qu’est-ce que ce ça implique qu’il se masturbe avec assiduité?

Mais la question demeure: Y a-t-il ou n’y a-t-il pas de séance d’autotripotage quotidien? Doit-on y aller pour la présomption d’innocence, jusqu’à preuve du contraire? Et si monsieur est «coupable», il est «coupable» de quoi, en fait? Qu’est-ce que ce ça implique qu’il se masturbe avec assiduité?

C’est vrai que quand elle s’immisce dans la relation conjugale, la masturbation peut soudainement sembler moins coquine pour se muter en menace perçue comme moyen de palier à une «inaptitude». Mais il y a différentes raisons du pourquoi-du-comment de se masturber, ne serait-ce que pour se calmer le pompon à la fin d’une exigeante journée. J’en ai déjà parlé dans un texte précédant que je t’invite à consulter ICI.

À travers tous ces questionnements et ces constats, je crois que la situation actuelle nécessite que vous abordiez certaines choses verbalement, concrètement, ne serait-ce que pour faire un bilan de votre relation. Et c’est là que ça peut donner le vertige: on peut avoir peur que ça sorte tout croche, que l’autre fuit et c’est ce qui fait que des fois, on préfère maintenir une situation insatisfaisante en place. Elle n’est pas confortable, mais au moins, on sait à quoi s’en tenir, on reste dans le connu.

Aborder les insatisfactions.

Mais je te le dis, prendre un peu de recul et parler de notre façon de gérer notre union, ça peut clairement avoir un pouvoir de rapprochement. Oui, on met carte sur table. Oui on pointe l’éléphant qui est dans la pièce. Justement, c’te gros éléphant-là, il pourrait finir par prendre toute la place alors mieux vaut le gérer avant qu’il se mette à nous piétiner la vie.
Vous > Éléphant.

C’est ce qu’on vise.

Aborder les insatisfactions, ça peut se faire en nommant ce qui nous amènerait à tendre vers la satisfaction. «Hey… j’trouve qu’on s’éloigne pis j’me dis que ce serait peut-être bien qu’on en parle parce que ben j’tiens à toi et je n’ai pas le goût qu’on se laisse aller à la dérive. Moi, j’aime notre partnership pour XXXX raisons et j’ai envie de XXXX choses. Toi t’en penses quoi, hein?».

D’où vous partez, où vous en êtes et où souhaitez-vous aller?

C’est bien beau dit de même, mais le défi, c’est de «fill in the blanks». Qu’est-ce qu’on met dont, à la place des XXXX?
Parce que si on souhaite que l’autre comprenne ce qu’on veut, faut d’abord savoir ce qu’on veut.
Cette phrase à la syntaxe digne d’un enfant de 5 ans semble d’une simplicité désarmante, mais j’te jure qu’elle est plus deep qu’elle ne le parait.

Pas mal tout part de là. D’où vous partez, où vous en êtes et où souhaitez-vous aller?
Chère Valérie, ça fait 7 ans que vous êtes en couple et par ta lettre, je n’ai pas l’impression que tu as envie de devenir coloc avec ton copain. Je te sens déçue, mais surtout pleine de désir de proximité avec celui que tu appelles Monsieur avec un grand M. J’espère sincèrement que ces conseils vous permettront de vous rapprocher affectivement et sexuellement et si vous êtes bien ensemble, je vous souhaite de former une équipe jusqu’à quoi… 80 ans? Oui, 80 ans! Minimum! À ce moment-là, on réévaluera votre satisfaction sexuelle, mais j’te jure, tu pourrais être surprise!

Allez, bonne discussion!

Vous avez envie de partager un questionnement existentiel affectico-émotivo-relationnel-sexuel? Le courrier du coeur du Filles d’Aujourd’hui vous manque? URBANIA vient à la rescousse! N’hésitez pas à envoyer vos questions en toute confidentialité à Julie Lemay, notre collaboratrice spécialisée en sexologie, qui répondra chaque mois à vos demandes (même les plus hurluberlues) à travers la rubrique «C’tu normal si…»: julielemay@urbania.ca

Pour lire un autre texte de Julie Lemay: «C’tu normal si… J’ai peur de passer à côté de la maternité?»

Hybride académique d’études en théâtre [elle connait le drame] et en sexologie clinique [elle connait vraiment le drame]. Et si vous avez envie de partager un questionnement existentiel affectico-émotivo-relationnel-sexuel? N’hésitez pas à envoyer vos questions en toute confidentialité à Julie Lemay : julielemay@urbania.ca

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