En avril, ne te découvre pas d’un fil!
En mai, touche-toé!

Semble-t-il que ce proverbe soit tout à fait approprié puisque OUI, mai est le mois officiel de la masturbation!

À quoi ça sert, un mois de la masturbation? À faire la promotion de l’auto-érotisme et à organiser des évènements pour amasser des fonds pour des causes rattachées à la sexualité. Fait hurluberlu : c’est à ce temps-ci de l’année qu’ont lieu les masturbathons, évènements ayant permis au Japonais Masanobu Sato de décrocher le record de la plus longue séance d’auto-érotisme avec un chrono de 9h58.

Cet audacieux monsieur Sato pourrait probablement en témoigner, la pratique de la masturbation présente de nombreux avantages. Elle permet, entre autres, de mieux connaître son corps, de se détendre, d’améliorer la qualité de son sommeil, de jouir quand on veut, si on veut!

On en parle de plus en plus et c’est tant mieux!

Go pour la promotion du plaisir et du bien-être!

Par contre, est-ce qu’il se peut que des fois, à trop vouloir bien faire, on skippe des incontournables dans le discours promasturbatoire, ce qui peut activer la culpabilité de la poblaciòn?!
Je crois que oui.

Profitons donc de ce mois thématique pour mettre le focus sur des réalités moins abordées dans la sphère de l’auto-érotisme.

Tout d’abord, voici un fait biologique concret : les organes génitaux des hommes sont là, devant eux, et touchés chaque fois que besoin d’uriner il y a. Le tripotage de la zone va davantage de soi très tôt dans leur vie et se fait ainsi moins tabou, vous comprendrez…

Les femmes, quant à elles, doivent se pencher, s’écarter, s’ausculter la génitalité pour se représenter concrètement la physionomie. Elles doivent penser éventuellement à laisser de côté le Cottonelle triple épaisseur et la p’tite débarbouillette pour avoir accès à la texture de leurs organes génitaux. 

Oui, il y a des femmes moins à l’aise avec ce type de toucher direct et non, ça ne découle pas nécessairement d’une aversion pour son corps ou d’un manque d’affirmation libidinale quelconque.

S’autostimuler demande quelques fois un apprivoisement, une exploration graduelle.

Ça peut prendre plus de temps avant d’apprécier pleinement la pratique comme ça peut aussi juste ne pas nous allumer.

On en parle peu, mais certains (hommes, femmes et autres) n’aiment pas s’autostimuler ou ne possèdent pas un fort intérêt pour la chose.
Et c’est correct!
Après tout, c’est une pratique sexuelle comme une autre, donc encore faut-il ressentir de l’aisance et s’autodonner l’consentement pour enjoyer la chose!

J’aurais beau dire « FAITES-LE COMME ÇA! C’EST L’FUN! Checkez-moi! J’le fais comme ci ou comme ça et je jouis telle la femme jouissante! », mais considérer le corps comme étant un assemblage standardisé de zones érogènes, c’est oublier qu’on n’est pas tous sensibles de la même façon, qu’on ne réagit pas tous pareil aux stimulations, même parfaitement imitées, même si elles proviennent du même p’tit objet vibrant.

Conseil du jour : En matière de masturbation (comme pour n’importe quoi!), on peut s’inspirer du vécu des autres, mais si ça ne fonctionne pas pour nous, il ne faut pas non plus se culpabiliser, se trouver poches et tomber dans la pression de performance.

Quand on pense auto-stimulation, on pense souvent à la stimulation manuelle, mais il n’y a pas de bonnes ou de moins bonnes façons de s’exciter la génitalité. Chacun a sa façon de procéder et ça peut varier en termes de fréquence, de pression tactile, de vitesse d’exécution et j’en passe!

Certains et certaines préfèrent se frotter sur des couvertures, des oreillers, des objets.
« C’est pas un peu bizarre? »
Non.

D’autres se stimulent par-dessus leurs vêtements.
« Ça ne témoigne pas d’une aversion pour le corps? »
Pas nécessairement! Ça produit des sensations différentes!

D’autres ont recours à des accessoires, qui vibrent ou qui ne vibrent pas.
« Est-ce un objectif à atteindre? »
Si ça t’intéresse, oui! Si t’en as rien à battre, non!

D’autres la pratiquent fréquemment lorsqu’ils sont en couple.
« Mais attends une minute… quand on est en couple, on ne devrait pas automatiquement moins se masturber? »

C’est vrai que quand elle s’immisce dans la relation conjugale, la masturbation peut soudainement devenir moins coquine pour se muter en menace perçue comme moyen de palier à une « inaptitude » :
« Comment ça elle se caresse le clitoris en même temps que je la pénètre?! »
« Comment ça il se masturbe chaque jour en prenant sa douche?! »
« Il/Elle manque de quoi, voyons!? »

Gardons en tête que niveau féminin, le seul et unique but du clitoris est de générer de l’excitation.

Oh oui! Il sert juste à ça, donner du plaisir, alors pourquoi le laisser choir seulâtre sous prétexte que la pénétration devrait suffire? Elle ne « suffit » pas pour certaines et ce n’est pas nécessairement parce que le/la partenaire est inadéquat/e!

Et pour la séance quotidienne, si la pratique permet de se détendre, de se gérer la tension interne, de se satisfaire soi-même, pourquoi ne pas la concevoir comme étant un complément aux pratiques de couple? Comme quelque chose de différent?

Parce que c’est exactement ce qu’est la masturbation : une pratique à part entière qui est différente et qui amène une satisfaction unique.

Pratique-la, pratique-la pas, accorde-lui 4 minutes ou 9h58, vas-y à ton rythme, avec le moyen qui te ressemble, explore ce que tu veux explorer, avec qui tu veux explorer et surtout, rappelle-toi que t’es libre de te toucher (ou pas) comme tu le désires!

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Pour lire un autre texte de Julie Lemay : « Jusqu’à ce que la mort vous sépare »