Tim Regan

Conduire pour les autres

La semaine dernière, je suis arrivé à ça de me ramasser sur la couverture du Journal de Montréal. En fait, pas moi personnellement. Non, je n’ai pas fait de croisière en Australie. Non, je ne suis pas propriétaire d’une entreprise d’emballage à Trois-Rivières.

Mais je suis arrivé à deux cheveux de heurter une fille en Bixi. Et on parle d’une collision qui aurait été assez solide merci.

Voici comment ça s’est passé :

Je roule normalement sur Papineau. Arrivé à l’angle Saint-Joseph, la lumière est verte et je poursuis mon chemin. Et c’est là que boom, un obstacle arrive. Pareil comme dans les émissions de conduite, quand le chevreuil en carton saute sur la piste.

C’est juste que le chevreuil en carton prend plutôt la forme d’une fille en Bixi. Elle sort de nulle part et s’engage sur Saint-Joseph, en pleine lumière rouge au moment où j’arrive à l’intersection. Surpris et un peu paniqué, les réflexes et l’adrénaline embarquent et sans avoir eu le temps d’y penser, j’appuie de toutes mes forces sur le frein. Un pied, deux pieds, je pousse et j’espère. Je regarde le film au ralenti, sachant que je ne peux rien faire de plus. Et l’auto s’arrête. Juste devant le Bixi. Heureusement, il n’y a pas d’auto derrière moi.

C’est à ce moment que tu ressens une fricassée d’émotions. Et un début de syncope.

Colère : Ben voyons tabarnak, quessé que fait là elle à traverser sur la rouge?!?

Crainte : Heille, j’espère qu’elle est correcte. J’pense pas l’avoir frappée. Accotée un peu?

Soulagement : Fiou, elle n’a rien du tout. Elle retourne sur le trottoir pour attendre la verte.

Incompréhension : C’est quoi son rapport? Elle était au coin de la rue, pis elle a juste décidé de tourner? Elle pensait que la lumière verte sur Papineau était une lumière verte sur St-Joseph? Elle devait être distraite pas à peu près.

Rage : J’ai passé proche de lui foncer direct dedans l’hostie de malade mentale.

Réalisation du drame : Avoir réagi une fraction de seconde plus tard, la madame aurait été mal amanchée. Ou s’il y avait eu une auto en arrière. Ou si mes freins ne fonctionnaient pas bien. Ou si, ou si, ou si.

“Partager la route, c’est l’affaire de tous”, qu’ils disent dans les publicités.

Ce n’est pas toujours le partage ou la non-disposition à partager la route qui est le problème. Le réel problème ce que beaucoup de monde est distrait, voire cave.

Et avant de dire que les cyclistes sont ceci, que les automobilistes sont cela, mettons les choses au clair.

Il y a 3 types d’utilisateurs de la route et pour chacun, 3 catégories de gens.

  • L’automobiliste prudent, le distrait et le cave
  • Le cycliste prudent, le distrait et le cave
  • Le piéton/joggeur prudent, le distrait et le cave

Et on peut facilement passer d’un à l’autre. L’automobiliste prudent peut facilement devenir distrait, et même cave à l’occasion.

Je suis autant automobiliste que cycliste que piéton que joggeur. J’ai donc beaucoup d’occasions d’être distrait et même cave.

Pour moi, partager la route, être prudent, c’est un peu conduire pour les autres. C’est d’être en mesure de voir et même de prévoir ce que les gens autour de nous feront. J’avoue que c’est sacrement pas évident, mais si c’était si simple, l’âge pour obtenir un permis serait établi à 8 ans.

Conduire pour les autres. Parce qu’il y a bien des gens qui ne savent pas conduire. Ou devrais-je dire ne savent pas SE conduire.

Les pubs-chocs, les chantiers et détours, les contraventions, les casques et les lois ne peuvent rien contre les distractions.

Quand on conduit une voiture, un vélo ou quand on marche, on est dans notre bulle, on a souvent la tête ailleurs. Parfois, on ne se rend même pas compte du trajet que l’on fait.

Une toune à la radio, un nouveau panneau d’affichage, le téléphone sonne, non je vais le prendre après, heille j’ai-tu oublié de barrer la porte? Ah oui, faut que je me souvienne que j’ai un meeting à 10 h…

On est dans une ère d’information overload.

Donc on se concentre sur la tâche à effectuer, soit de se rendre à destination. Et le reste, on le laisse pour plus tard. Conduisez bien, conduisez pour vous, pour les autres. Et surtout conduisez-vous bien sur la route, les pistes cyclables, les trottoirs, les intersections, pis devant la visite aussi.

Votre mère serait bien fière de vous.

Pour lire un autre texte de Fred Simard : “Profession : Chasseuse de vedettes”

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