.jpg.webp)
C’est quoi, du « bon » sexe ?
Grande question devant l’éternel : qu’est-ce qui fait qu’on tripe au lit ?
On parle de sexualité à qui mieux mieux. On s’inquiète de ne pas en avoir assez ou d’en avoir trop. Mais on prend rarement le temps de se demander : qu’est-ce qui fait du bon sexe ? Quels sont les ingrédients magiques qui nous permettent de vivre un moment sexuel vraiment spécial, voire carrément mémorable ?
Et surtout, existe-t-il une recette pour ça ?
UN NOUVEAU REGARD
Si je vous disais qu’une étude de 2009 en propose une qui a bien du bon sens ?
J’ai pris connaissance de celle-ci via un excellent article d’une collègue de la clinique où je travaille. Dans le papier scientifique en question, on a demandé à plusieurs participant.e.s de nommer ce qui, pour elleux, constituait une expérience de « bon sexe ». Mais pas en termes de techniques ou de prouesses physiques ; plutôt, en se tournant vers les émotions et ressentis internes.
Les résultats sont fort intéressants, mais surtout, assez alignés sur ce que nombre de collègues sexos et moi-même essayons d’inculquer aux gens. Jetons-y un coup d’œil, voulez-vous ?
SEXE SATISFAISANT OU BON SEXE ?
Comme l’indique cette étude de Keinplatz et al. (2009) intitulée The components of optimal sexuality: A portrait of « great sex » (Les composantes de la sexualité optimale : un portrait du « bon sexe »), de nombreuses recherches se sont penchées sur ce qui pouvait mener à une sexualité satisfaisante, mais peu s’intéressent aux éléments qui créent une sexualité vraiment bonne, voire extraordinaire. Car il y a quand même une sacrée différence entre la relation intime suffisante, qui répond à certains besoins, versus celle qui fait dire : « Wow, c’était trop bon ! »
La recherche dont je vous parle, qui a d’ailleurs donné un livre (Magnificent Sex : Lessons From Extraordinary Lovers, Routledge, 2020), s’est d’abord attardée à la définition que la culture populaire donne du soi-disant « amazing sex ». Sans surprise, on est plutôt dans la performance et les scripts sexuels très normatifs. Toutefois, ce qui est ressorti des entrevues avec les participant.e.s — le groupe était majoritairement composé de personnes de 60 ans et plus en couple depuis plus de 25 ans, de personnes issues de groupes de minorités sexuelles et de thérapeutes — est bien loin de ça. Voici pourquoi.
HUIT CLÉS POUR AVOIR DU SEXE INCROYABLE
Le portrait proposé par Keinplatz et al. s’éloigne des stéréotypes. Pas de membres gigantesques et démesurés ni de techniques infaillibles, pas de types de corps précis ni de temps chronométrés.
Voici les éléments qui en ressortent :
1. Être dans le moment présent ;
2. Être en connexion (avec soi et avec sa, son, ses partenaires) ;
3. Se connaître intimement et avoir envie de prendre soin de l’autre (ou des autres) ;
4. Avoir une excellente communication et faire preuve d’empathie ;
5. Être authentique ;
6. Atteindre un état de transcendance ;
7. Avoir un esprit aventureux ;
8. Se montrer vulnérable et être capable de lâcher prise.
SE PRÊTER AU JEU
Bon. J’en entends déjà des : « Ipelaye, c’est ambitieux ! » Je sais, je sais. Ni l’étude ni moi ne disent que c’est facile à faire.
Plutôt, ce qui m’intéresse ici et que j’ai envie de souligner à grands traits, c’est que le bon sexe a très peu à voir avec la sempiternelle idée qu’il faut toujours faire plus et mieux. C’est pas ça le point.
La sexualité, c’est un processus. C’est de l’exploration, du jeu.
Évidemment, on peut avoir une sexualité hygiénique et expéditive fort satisfaisante. Mais si on veut vivre des expériences vraiment mémorables, il faut lâcher prise. Sur les scripts appris, sur les croyances normatives, sur les modèles sexuels en place qui sont souvent basés sur des variantes d’une seule et même chose : la pénétration (et les préliminaires).
Ce que j’apprécie aussi de cette recherche, c’est que ces leçons viennent majoritairement d’adultes âgés, souvent laissés-pour-compte en termes de sexualité (on ne s’étonne pas, surtout quand on sait que beaucoup de gens considèrent la quarantaine comme le déclin [au secours].)
Quelle erreur ! On a pourtant tout à apprendre de personnes expérimentées qui ont connu diverses transformations au courant de leur vie et qui nous rappellent que la sexualité, ça change, ça fluctue.
Bref, ça demande de la fluidité, de l’adaptation, des nuances.
Dans notre époque qui en manque cruellement, je trouve libérateur de penser qu’on a le droit, même (et surtout) dans l’intimité, d’explorer, de tester, de jouer. De savoir que, lorsqu’on embarque dans la vie sexuelle active, peu importe l’âge auquel ça se fait, on est en face d’un tableau sur lequel on peut peindre ce qu’on veut. Qu’on a carte blanche. Et qu’on peut essayer et se tromper aussi. Que tout ça fait partie d’un work in progress.
Et ne vous inquiétez pas ; je sais que ça peut être rassurant d’avoir des réponses toutes faites. De suivre des règles et d’éviter, justement, d’avoir à se casser la tête. Je vois bien à quel point les gens sont à la recherche de solutions pratiques, du meal prep au skin care, en passant par la routine d’exercices parfaite et les outils de productivité qui permettent de mettre le cerveau à off.
Mais ma petite expérience grandissante de sexo me dit que, s’il y a bien une chose de certaine dans la vie, c’est que rien n’est certain. Aussi bien savoir un peu embrasser le chaos. Vous risquez d’y trouver des choses intéressantes et, pourquoi pas, du sexe extraordinaire au passage. Quand même nice, non ?
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
Soyez le premier à commenter!
